En Californie, où a été prise cette photo, le gouverneur Gavin Newson a assuré que la décision d’ouvrir les écoles serait basée sur la sécurité et non les demandes de Trump.
En Californie, où a été prise cette photo, le gouverneur Gavin Newson a assuré que la décision d’ouvrir les écoles serait basée sur la sécurité et non les demandes de Trump.

États-Unis: vers une rentrée scolaire très virtuelle

Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON — New York, Los Angeles, Houston... De grandes villes américaines ont décidé que la rentrée scolaire serait largement, voire totalement en ligne, optant pour le principe de précaution. Mais dans des États comme la Floride, qui a encore déploré jeudi de très lourds bilans, le débat tourne au bras de fer politique.

L’école est une responsabilité très décentralisée aux États-Unis, et les décisions se prennent par district scolaire (plus de 13 000), mais les gouverneurs des États interviennent aussi, créant un patchwork de situations, parfois dans des villes voisines, au risque d’accentuer les inégalités. Sans compter que Donald Trump pousse pour une réouverture totale.

Une formule hybride, entre présentiel et virtuel, est le compromis choisi par de plus en plus de juridictions. Même en cas de réouverture, beaucoup n’obligeront pas les élèves à être présents.

New York s’est dite prête à rouvrir en septembre avec trois jours maximum en classe par semaine. Mais les écoles de Houston, 200 000 élèves, et de Los Angeles, 600 000 élèves, resteront totalement fermées à la rentrée, pour six semaines et jusqu’à nouvel ordre, respectivement. Les cours reprendront en ligne.

Près de Washington, à Fairfax, les parents opteront entre 100 % virtuel et deux jours par semaine en classe — un choix dénoncé par la secrétaire à l’Éducation de Donald Trump, qui a affirmé que le printemps d’enseignement à distance y avait été un «désastre».

«C’est trahir les contribuables qui paient beaucoup d’impôts pour leur éducation», a déclaré Betsy DeVos.

Le cas de la Floride illustre la politisation du débat : le gouverneur Ron DeSantis a fait publier un décret obligeant les écoles à rouvrir cinq jours par semaine, mais à Miami et dans le sud de la Floride, les responsables ont dit qu’ils ne rouvriraient pas tant que l’épidémie ne serait pas sous contrôle.

Et elle est loin de l’être. Les autorités sanitaires de l’État ont annoncé jeudi qu’elles avaient enregistré 156 morts de la COVID-19 dans les 24 dernières heures, un chiffre record. Parallèlement, 14 000 nouveaux cas ont été rapportés, ce qui fait du grand État du sud-est du pays le nouvel épicentre américain de la pandémie. Au niveau national, les États-Unis ont franchi jeudi le cap des 3,5 millions de cas confirmés.

Dilemme national

La science n’apporte pas de réponse définitive pour résoudre le dilemme des responsables d’établissements :

Ouvrir pourrait augmenter le risque de contagions, bien que les premières études se contredisent sur la contagiosité effective des enfants;

Rester fermé réduirait probablement le risque de contaminations, mais accroîtrait indiscutablement le décrochage scolaire et les inégalités entre les enfants de familles aisées et ceux qui n’ont pas le matériel, la place ou l’aide parentale pour travailler correctement à la maison.

Seulement 5 % des cas identifiés de COVID-19 sont des enfants, et 90 % d’entre eux ont peu ou pas de symptômes. 1 à 5 % des enfants contaminés ont des symptômes sévères, voire critiques, mais des études indiquent que la majorité avaient des facteurs de risque ou étaient des nourrissons.

Les Académies américaines des sciences ont pesé les risques et les bénéfices et conclu que la réouverture était préférable au moins pour les plus jeunes et les enfants handicapés.

Encore faut-il que les écoles aient les moyens de mettre en place la distanciation des élèves, et d’améliorer la ventilation pour renouveler l’air.

Aux États-Unis, les écoles sont financées par les impôts locaux, et celles des quartiers pauvres sont bien moins dotées que celles des banlieues riches. Les démocrates ont réclamé à Donald Trump des crédits supplémentaires.