Les démocrates voient Joe Biden comme un chef de parti qui peut mettre en place une coalition métropolitaine pouvant contrebalancer la domination républicaine dans les campagnes.
Les démocrates voient Joe Biden comme un chef de parti qui peut mettre en place une coalition métropolitaine pouvant contrebalancer la domination républicaine dans les campagnes.

États-Unis: les démocrates souhaitent accélérer la transformation politique du Sud

Bill Barrow
Associated Press
ATLANTA — Les dirigeants du Parti démocrate souhaitent que le vent nouveau qui s'est levé sur le sud pour balayer des vestiges d'un passé raciste souffle aussi dans les urnes.

L'État du Mississippi a retiré l'emblème des Confédérés de son drapeau. Plusieurs gouvernements locaux ont enlevé des statues représentant des héros des États du Sud pendant la Guerre de Sécession.

L'électorat se transforme dans le Sud. Il devient plus jeune, plus urbain et moins blanc. Il s'éloigne de la clientèle-cible du président Donald Trump. Dans la région, les démocrates associent une liste de candidats démographiquement diversifiés à celui qui représentera fort vraiment le parti à l'élection de novembre, Joe Biden, qui peut rassurer une frange de l'opinion la plus conservatrice des États-Unis.

«Il y a tellement d'occasions pour tout le monde dans cette région», lance Jaime Harrison, le démocrate noir âgé de 44 ans qui tentera de renverser le sénateur de la Caroline du Sud, Lindsey Graham.

Des décennies de développement économique ont attiré de nouveaux résidents dans le Sud. Il y a des Blancs provenant d'autres régions du pays, des familles noires qui reviennent après avoir migré vers le nord à l'époque de la ségrégation et une population latino-américaine grandissante.

Selon M. Harrison, les jeunes électeurs natifs du Sud, blancs ou noirs, épousent moins les idéologies partisanes de leurs parents et grands-parents.

«Parfois, nous sommes freinés par un leadership qui est toujours ancré à l'ancienne, déplore-t-il. Tous ces changements commencent à faire bouger la dynamique dans tant de communautés. Cela ne veut pas dire que nous oublions notre passé. Mais ils ne nous y ramèneront pas.»

L'État du Mississippi a retiré l'emblème des Confédérés de son drapeau.

Les élections de novembre détermineront l'ampleur du changement. Les scrutins dans le Sud influencent les résultats de la présidentielle, déterminent qui aura le contrôle du Congrès fédéral et jouent un rôle dans l'équilibre des pouvoirs dans les capitoles d'État, de la Caroline du Nord au Texas.

Des victoires démocrates relanceraient notamment les débats sur l'élargissement de l'accès à l'assurance-maladie et la révision des procédures pénales. Ces élections sont également cruciales, car les prochains élus d'État traceront les limites des différents districts fédéraux après le recensement de 2020.

Les républicains ne sont pas aussi prompts que leurs adversaires pour dire que 2020 est une année de changements. Pourtant, ils reconnaissent que la situation a changé. La croissance suburbaine dans le nord de la Virginie s'est étendue vers le sud, le long de la côte, et vers l'ouest, jusqu'au Texas.

«La Caroline du Nord, la Géorgie, le Texas: ils deviennent de véritables États à deux partis», constate le sondeur républicain Brent Buchanan.

La directrice de campagne de M. Biden, Jen O'Malley Dillon, parle avec enthousiasme d'une «carte élargie» qui place la Caroline du Nord et la Floride dans les États-pivots, au même titre que le Michigan, la Pennsylvanie et Wisconsin qui avaient contribué à envoyer Donald Trump à la Maison-Blanche en 2016.

La course sera aussi plus serrée qu'elle ne l'a pas été depuis fort longtemps en Géorgie ou au Texas, ajoute-t-elle.

Selon M. Buchanan, les démocrates peuvent s'emparer du contrôle des congrès au Texas et en Géorgie. Au Sénat fédéral, les sièges républicains sont menacés en Caroline du Nord, en Géorgie et peut-être au Texas. Même les courses pour les sièges de sénateur en Caroline du Sud, en Alabama et au Mississippi ressembleront davantage aux élections typiques locales.

«La Géorgie et le Sud évoluent plus rapidement que la plupart des gens ne le pensent, soutient DuBose Porter, président du parti démocrate en Géorgie. C'était déjà en cours avant M. Trump, mais sa présidence a accéléré le processus.»

Les principes d'abord

Les anciens États de la Confédération ont historiquement été le bastion d'un seul parti. Après la guerre, ce sont les démocrates blancs qui dominaient le Sud profond, les électeurs y rejetant de façon viscérale le Parti républicain d'Abraham Lincoln. À partir du mouvement des droits civiques des années 1960, la plupart des électeurs blancs ont dérivé vers les républicains. Cette tendance a culminé pendant les deux mandats du démocrate Barack Obama, le premier président noir des États-Unis. Plus que l'identité au parti, la force dominante commune était le conservatisme culturel blanc.

«Les électeurs s'alignent d'abord sur les principes, puis sur la partisanerie», rappelle M. Buchanan.

Les démocrates voient Joe Biden comme un chef de parti qui peut mettre en place une coalition métropolitaine pouvant contrebalancer la domination républicaine dans les campagnes. «M. Biden peut être un choix sûr pour ces électeurs blancs qui auraient pu être d'accord avec M. Trump quand tout allait bien, mais qui cherchent maintenant un leader stable qui fera ce qu'il doit être fait», avance Zac McCrary, un sondeur démocrate établie en Alabama.

Joe Biden devra répéter les exploits d'anciens présidents démocrates qui ont réussi à rassembler des modérés blancs et des électeurs noirs. Jimmy Carter, par exemple, se qualifiait de progressiste sur le plan racial, ce qui ne l'avait pas empêché de courtiser le gouverneur de l'Alabama George Wallace, un ségrégationniste. M. Carter a gagné plusieurs États du Sud.

Les dirigeants du Parti démocrate espèrent que la vague antiraciste qui s'est levée sur le sud se traduise jusque dans les urnes.

Bill Clinton, qui a remporté plusieurs États du Sud en 1992, a mené une campagne sans faille parmi les électeurs noirs tout en faisant preuve de son soutien à la peine de mort en retournant en Arkansas pendant la campagne pour l'exécution d'un détenu noir. Barack Obama a remporté la Caroline du Nord et la Virginie en 2008 en s'appuyant davantage sur les villes et les banlieues diversifiées.

Joe Biden cherche un point d'équilibre. S'il dénonce des siècles d'injustice et d'inégalités systémiques, il refuse de donner moins d'argent aux services de police. S'il souhaite le retrait des symboles confédérés, il ne veut pas que ce soit sous l'impulsion d'une foule. Il établit des distinctions entre des confédérés traîtres à la nation et les fondateurs nationaux qui possédaient des esclaves, comme George Washington et Thomas Jefferson. Leurs monuments, a déclaré le démocrate, devraient être protégés.

Selon M. McCrary, cette approche, associée au positionnement de centre-gauche de Joe Biden sur la scène politique, devrait empêcher un contrecoup qui profiterait à Donald Trump.

M. Buchanan a fait valoir que la question demeure ouverte. Quel candidat choisiront les Sudistes blancs inquiets ? «Ces électeurs se préoccupent toujours avec crainte de l'orientation de leur pays», a-t-il fait valoir.

En Caroline du Sud, M. Harrison voit des progrès, même si les luttes politiques plus tangibles demeurent.

«Presque toute ma vie, le drapeau confédéré a flotté au-dessus du Capitole de l'État ou sur le terrain de l'Assemblée législative, observe-t-il. Mes fils, eux, n'en garderont aucun souvenir.»