Le président américain, Donald Trump, se rendra à Londres mardi pour le sommet de l'OTAN.

En pleine campagne électorale, Trump à Londres dans un jeu de quilles

LONDRES — Attendu à Londres pour le sommet de l’OTAN, Donald Trump débarque au Royaume-Uni à quelques jours de législatives cruciales pour le Brexit et en plein scandale ébranlant la famille royale, autant de sujets brûlants sur lesquels ses potentielles saillies seront scrutées.

À priori, une réunion pour célébrer les 70 ans de l’Alliance atlantique, mardi et mercredi, avec serrages de main et dîner à Buckingham Palace, pourrait servir l’image d’homme d’État du premier ministre britannique Boris Johnson, plutôt réputé pour sa désinvolture.

C’est sans compter sur le caractère imprévisible de Donald Trump.

Si le président américain, détracteur de l’OTAN, a quelque peu mis en sourdine ses critiques de l’Alliance née en 1949, il ne manque pas une occasion de donner son avis sur la vie politique britannique et la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, dont il est fervent partisan.

En pleine ligne droite de la campagne pour les législatives du 12 décembre, convoquées justement pour sortir le Brexit de l’impasse, il aura de quoi dire.

«M. Trump a une capacité incroyable à créer de l’inattendu», relève Richard Whitman, politologue à l’Université du Kent.

«Boris Johnson sera probablement content de la séance photo, mais je pense que le Parti conservateur sera nerveux de tout ce que M. Trump pourrait tweeter», explique-t-il à l’AFP.

Manifestations

Les conservateurs ont d’autant plus à perdre que les sondages les créditent d’une confortable avance sur les travaillistes. Ces derniers devraient profiter de la visite du milliardaire américain pour accuser de nouveau Boris Johnson de vouloir brader, après le Brexit, le système de santé gratuit chéri des Britanniques, le NHS, aux multinationales américaines.

Selon Richard Whitman, la visite de Donald Trump permet au Labour «de maintenir le sujet du NHS en tête de l’actualité» et donc de «renforcer son message essentiel», centré sur la défense des services publics.

«Quand vous êtes des amis et alliés proches comme les États-Unis et le Royaume-Uni, la meilleure chose à faire est de ne pas s’impliquer dans la campagne électorale de l’autre», a estimé vendredi matin Boris Johnson, démentant de nouveau vouloir inclure le système de santé dans des négociations commerciales avec Washington.

Des manifestations sont néanmoins prévues à Londres mardi, en présence de médecins du service public.

Début juin, le président américain avait déjà été accueilli par des manifestants lors d’une visite juste avant la démission de la première ministre Theresa May, qu’il n’avait cessé de tacler dans les mois précédents. Il en avait profité pour courtiser les candidats à sa succession, Boris Johnson en tête.

Ce dernier est désormais au pouvoir et Donald Trump ne cesse de dire tout le bien qu’il pense de lui, relevant même qu’on le surnommait parfois «le Trump britannique».

Il lui a promis un «magnifique» accord commercial bilatéral après la sortie de l’UE, argument de poids des partisans du Brexit pour garantir que l’économie britannique ne souffrira pas de la séparation.

Tensions à Buckingham Palace

Depuis, le milliardaire s’est montré plus réservé, jugeant que cette perspective était compromise par le contrat de divorce négocié par Boris Johnson avec Bruxelles, lors d’une intervention dans l’émission de radio de l’europhobe Nigel Farage qui avait fait sensation en début de campagne.

Il en avait alors profité pour dire tout le mal qu’il pense du très à gauche chef de file de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, qui avait crié à l’ingérence.

Il avait en revanche couvert d’éloges la reine Elizabeth II, «une femme formidable», qu’il va retrouver mardi soir lors du dîner servi au palais de Buckingham.

Parmi les invités annoncés ne figurent ni le prince Harry et son épouse Meghan, en vacances après avoir critiqué la pression médiatique, ni le prince Andrew, qui vient de démissionner de ses fonctions officielles en raison de ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, accusé de viols sur mineures et retrouvé mort en prison début août.

Avant ces mondanités, la BBC doit diffuser lundi soir une interview de Virginia Giuffre, qui affirme voir eu à trois occasions des relations sexuelles avec le fils de la monarque de 93 ans, auquel le financier l’aurait contrainte, lorsqu’elle avait 17 ans.