Le président du Conseil privé et ministre chargé de veiller à la santé de la démocratie au Canada, Dominic LeBlanc, a soutenu que le gouvernement libéral fédéral avait beaucoup appris des mesures défensives déployées l’an dernier pour contrer les «fausses nouvelles» avant les élections d’octobre 2019.
Le président du Conseil privé et ministre chargé de veiller à la santé de la démocratie au Canada, Dominic LeBlanc, a soutenu que le gouvernement libéral fédéral avait beaucoup appris des mesures défensives déployées l’an dernier pour contrer les «fausses nouvelles» avant les élections d’octobre 2019.

Dominic LeBlanc appelle les démocraties à s’allier pour lutter contre la désinformation

WASHINGTON — Le Canada, les États-Unis et les démocraties du monde ont des leçons à partager et beaucoup plus à apprendre pour lutter contre le fléau de la désinformation en ligne, a estimé lundi le ministre fédéral Dominic LeBlanc, qui a appelé à un effort collectif et international.

Le président du Conseil privé et ministre chargé de veiller à la santé de la démocratie au Canada a soutenu que le gouvernement libéral fédéral avait beaucoup appris des mesures défensives déployées l’an dernier pour contrer les «fausses nouvelles» avant les élections d’octobre 2019.

L’expérience, a-t-il déclaré, serait d’ailleurs utile aux États-Unis, un pays qui n’est pas étranger à l’ingérence électorale d’acteurs malveillants nationaux et étrangers — et qui se précipite tête baissée vers une élection présidentielle, en novembre, largement considérée comme la plus importante de son histoire.

«L’expérience du Canada, c’est qu’il faut un effort au sein de tout l’appareil gouvernemental et de toute la société», a déclaré M. LeBlanc lors d’une table ronde virtuelle organisée par l’Institut des données, de la démocratie et de la politique, à l’Université George Washington, dans la capitale américaine.

«La défense la plus forte contre les menaces à la démocratie est évidemment une population engagée et informée, et donc une population résiliente. En effet, les citoyens, à notre avis, peuvent constituer — avec les bons outils et la sensibilisation — le meilleur rempart contre la désinformation.»

L’Initiative conjointe pour la recherche en matière de citoyenneté numérique, un projet fédéral, a mobilisé les efforts des milieux universitaires et locaux pour aider les Canadiens à mieux comprendre, reconnaître et éliminer la désinformation, a rappelé lundi M. LeBlanc. De leur côté, des agences de renseignement ont rendu publiques les évaluations des menaces potentielles à la saine vie démocratique — une première mondiale, a soutenu le ministre.

M. LeBlanc a déclaré que le gouvernement avait également rationalisé ses systèmes pour identifier les menaces, les tactiques et les vulnérabilités, et pour partager les informations avec ses adversaires politiques et ses partenaires du G7. Ottawa a aussi créé un groupe de travail sur la sécurité nationale afin de reconnaître rapidement les ingérences étrangères. «Avec la menace qui évolue constamment, aucun pays ne peut rester là sans rien faire», a déclaré M. LeBlanc.

L’Appel de Paris

Le Canada s’associe également à Microsoft et à l’Alliance pour la défense de la démocratie, un organisme de la société civile établi aux États-Unis, afin de lutter contre l’ingérence électorale, dans le cadre de l’«Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace», lancé en 2018 par le président Emmanuel Macron.

Sasha Havlicek, directrice générale de l’Institute of Strategic Dialogue, un groupe de réflexion mondial visant à lutter contre la haine, l’extrémisme et la désinformation, a applaudi la stratégie du Canada, qui a atténué, selon elle, la propagation potentielle de fausses informations.

Mais l’effort sera en grande partie inutile, a-t-elle ajouté, jusqu’à ce que les plateformes de médias sociaux elles-mêmes accordent à leurs gestionnaires la possibilité d’explorer et d’évaluer les systèmes internes qui, selon Mme Havlicek, sont conçus pour favoriser les messages sensationnalistes ou extrémistes — qui titillent le lecteur.

«Nous avons désespérément besoin d’un examen par un tiers indépendant des systèmes, et d’une transparence et d’une surveillance véritablement solides des protocoles qui régissent les flux d’informations», a-t-elle soutenu.

«L’accent a été mis sur le contenu — et sur la suppression de contenu, ce qui n’est pas le bon angle. L’accent doit être mis plutôt sur les systèmes de recommandation, de conservation et de modération utilisés par la plateforme — à la fois algorithmique et humaine —, afin que nous puissions vraiment comprendre quel est l’impact sur nos sociétés.»

En l’occurrence, l’hôte du forum en ligne Reddit a fermé lundi 2000 de ses controversés subreddits, dont un populaire forum auprès des partisans du président Donald Trump, dans le cadre d’une récente politique sur les discours haineux, visant à blanchir la réputation de cette plate-forme souvent qualifiée de repaire d’extrémistes.

Twitter a signalé, voire censuré, au cours des dernières semaines, des publications du président Trump quand elles violaient ses politiques régissant la désinformation ou incitant à la violence.

Facebook a pris un mois pour rattraper son retard: il a supprimé vendredi dernier les messages considérés comme incitant à la violence ou destinés à empêcher le vote, et a promis de «signaler» les messages haineux.

«J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose sur Twitter — que nous avons peut-être atteint la dernière goutte qui a fait déborder le vase chez ses dirigeants», a déclaré le représentant démocrate Adam Schiff, président du comité du renseignement à la Chambre. «J’ai encore l’impression que Facebook devra toujours se faire tirer l’oreille dans cette ère de responsabilité d’entreprise.»

Mais le Congrès américain pourrait très bientôt prendre des mesures législatives, a ajouté M. Schiff.