Des soldats mexicains escortent Joaquin «El Chapo» Guzman à un hélicoptère qui le conduira à une prison à haute sécurité.

Dix ans de guerre contre les cartels mexicains, pas de paix à l'horizon

La guerre contre les cartels de drogue au Mexique entre dans sa dixième année, sans que le gouvernement ne prévoie aucun événement commémoratif, et tandis que la violence augmente sur fond de ras-le-bol de certains militaires.
Arrivé au pouvoir en décembre 2012, le président Enrique Pena Nieto avait promis un «Mexique en paix» après que son prédécesseur eut déployé l'armée dans le pays.
Mais à deux ans de la fin de son mandat, la stratégie de sécurité reste inchangée, en dépit des critiques des organisations internationales de défense des droits de l'Homme.
Si le nombre de militaires dans les rues a augmenté pour atteindre 65 000 hommes, le nombre d'homicides a explosé.
Entre 2007 et 2011, durant le mandat de Felipe Calderon, les homicides ont plus que doublé, passant de 10 253 à 22 852 cas. Après l'arrivée au pouvoir de M. Pena Nieto, les homicides ont diminué avant de repartir à la hausse pour s'élever à 17 063 cas entre janvier et octobre 2016, selon des chiffres officiels qui ne précisent toutefois pas combien de ces morts sont liées au crime organisé.
Les têtes de l'hydre
Si les grands cartels ont été décapités, de petits groupes criminels sont apparus.
«La guerre est devenue plus complexe, augmentant le nombre de morts» indique à l'AFP l'expert en sécurité Raul Benitez Manaut, qui estime que le résultat «n'a pas été celui espéré».
Cette stratégie militaire, ajoutée aux luttes fratricides entre groupes rivaux, a décuplé les violences. Des cadavres suspendus à des ponts, décapités, calcinés ou encore enterrés dans des fosses communes sont devenus des images presque familières pour les Mexicains, tandis que les militaires ont été accusés de pratiquer la torture, de se livrer à des exécutions sommaires ou des disparitions.
L'armée n'est pas «à l'aise»
«Nous ne nous sentons pas à l'aise, nous ne sommes pas formés pour arrêter des délinquants», a confié jeudi le ministre de la Défense Salvador Cienfuegos dans une déclaration très inhabituelle.
Faisant valoir que la violence criminelle ne s'enrayera pas «avec des cartouches», ce général a assuré qu'il serait le premier à lever «pas une, mais deux mains» pour que l'armée rentre dans ses casernes.
Les militaires sont «déterminés à continuer à poursuivre les délinquants», a réagi vendredi le président Pena Nieto en présence de M. Cienfuegos.
Le déploiement permanent des forces armées avait été décrété le 11 décembre 2006 par Felipe Calderon, dans son état natal de Michoacán, une région historiquement marquée par le narcotrafic.
Le déploiement permanent des forces armées avait été décrété le 11 décembre 2006 par Felipe Calderon, dans son état natal de Michoacán, une région historiquement marquée par le narcotrafic.
Depuis lors, le gouvernement a obtenu certains succès tels que la capture du baron de la drogue et roi de l'évasion Joaquin «El Chapo» Guzman et la chute des dirigeants de Los Zetas, un cartel ultra-violent créé par d'anciens soldats d'élite. Samedi, la police a annoncé l'arrestation du neveu de «El Chapo», membre d'un cartel concurrent.
Mais selon Javier Oliva, expert en sécurité et universitaire à la London School of Economics, «il n'y a aucune stratégie» gouvernementale.
En attendant, le Mexique continue d'importer de la coca d'Amérique du Sud pour produire de la cocaïne à destination des États-Unis.
Si le trafic de la marijuana est en baisse depuis sa légalisation dans certains États aux États-Unis, celui des drogues synthétiques est au contraire en forte augmentation.
Les victimes, les oubliés
Dans son sillage, cette guerre fait des milliers de déplacés, de disparus, et de personnes massacrées ou torturées.
En 2010, les cadavres de 72 migrants venus en majorité d'Amérique centrale ont été découverts à Tamaulipas, dans le nord-est du pays. Selon les autorités, ils auraient été tués par les redoutables Zetas.
Quatre ans plus tard, le Mexique a été bouleversé par la disparition et le massacre présumé de 43 étudiants, livrés au cartel des Guerreros Unidos par des policiers corrompus.
«Les chiffres sont terribles. On ne sait même plus où commence l'État et où termine le crime», déplore Javier Sicilia, un poète qui a fondé le «Movimiento por la Paz» (Mouvement pour la Paix), après l'assassinat de son fils.
Désenchanté, il assure qu'il n'attend plus rien du gouvernement.
Les victimes n'ont pas obtenu «un gramme» en compensation, dénonce Javier Sicilia, qui considère les monuments érigés en leur mémoire comme «une insulte aux victimes».
Le Memorial - pans de murs métalliques au milieu du parc de Chapultepec à Mexico - «c'est le monument de la fosse commune. Sans noms ni histoires», déplore-t-il.