Des gens se recueillent devant des chandelles installées au Albert Square, à Manchester, en solidarité avec les victimes de l'attentat.

Deux Québécois ont frôlé l'explosion à Manchester

Soirée libre à Manchester. Veille de représentation. Les danseurs québécois Daphnée Laurendeau et Mickaël Spinnhirny assistent au spectacle d'Ariana Grande avec des milliers d'autres. Ils choisissent de quitter avant le rappel. Possiblement la meilleure décision de leur vie.
«Le spectacle était super, on était très bien placé. On est parti avant la fin pour éviter la cohue», raconte Daphnée Laurendeau, danseuse professionnelle de la troupe Cas public, qui mène une tournée en Angleterre. «On est passé devant la multitude de parents qui attendaient leurs petites de 15 ans. On s'est passé la remarque que c'était mignon».
Elle et son collègue atteignent enfin la sortie. Ils avaient à peine fait quelques pas à l'extérieur quand l'horreur a frappé. «On a entendu la détonation, la bombe éclater. On a juste couru», relate la jeune femme. «C'était l'instinct, on a senti que ça n'allait pas. Le bruit était tellement fort que ça ne pouvait être un problème technique», ajoute Mickaël. 
Daphnée se souvient même d'avoir senti le sol vibrer sous ses pieds. Le duo accroche le premier taxi qu'il peut et roule vers son hôtel. À ce moment-là, les deux Québécois n'avaient aucune idée du sort auquel ils venaient d'échapper. «Ça nous a pris du temps pour comprendre, explique le danseur de 28 ans. La nuit a été longue et pénible».
Pour tout dire, Daphnée Laurendeau et Mickaël Spinnhirny n'avaient pas encore fermé l'oeil lorsqu'ils ont raconté leur histoire au Soleil, via FaceTime, après leur spectacle de mardi soir à Salford, une banlieue à moins d'une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Manchester. Pour les danseurs, il était hors de question d'annuler.
Besoin de vivre
«(Ce drame) est inhumain. Il faut continuer et c'est pour ça qu'on a décidé de danser ce soir (mardi), c'était important. Notre spectacle est aussi adressé à des adolescents et c'est pour eux qu'on le fait. Notre devoir maintenant, puisqu'on a eu cette chance-là, c'est d'honorer cette chance et de continuer», a exprimé Mickaël.
Cas public revisite le classique de Roméo et Juliette dans Symphonie dramatique. Une pièce, on le sait, grande en symboles. La prestation de mardi, la 133e, restera à jamais gravée dans leur esprit. «Ç'a pris une dimension encore plus forte. On ne pourra plus jamais danser ce spectacle-là pareil. Il a trop de valeurs, il est trop important», assure-t-il. 
«C'était la fois la plus émotionnelle, la performance la plus importante», a poursuivi Mickaël. Un besoin viscéral ressenti aussi par sa partenaire. «Tout ce que je pouvais faire, c'était donner tout ce que j'avais», a assuré Daphnée. Pas moins de 200 billets supplémentaires ont d'ailleurs trouvé preneur au lendemain de l'attentat. 
«Je pense que les gens avaient besoin de sortir, de se soutenir et de prouver qu'ils ne vont pas arrêter de vivre. Les Britanniques sont sortis ce soir (mardi), en grand nombre», lance le Montréalais. Les mesures de sécurité ont néanmoins été renforcées au théâtre où se produisait la troupe. «On nous a dit que c'était comme la NASA», blague Mickaël.
Daphnée Laurendeau et Mickaël Spinnhirny avouent avoir hâte de rentrer au pays, mais pas avant la fin de leur tournée de spectacles.
Cas public doit encore se produire dans trois autres villes de l'Angleterre au cours des prochains jours avant de rentrer au pays. «On a vraiment hâte, on a besoin de nos proches», concède Mickaël Spinnhirny. Lui et son amie songent aussi rencontrer «les bonnes personnes» à leur retour au Québec pour mieux savoir «comment vivre avec ça».
Ne pas céder à la peur
«Ça va changer nos vies ce qu'on a vécu hier parce qu'on était trop proche. C'est la première fois qu'on fait face littéralement à la mort. J'étais à côté», réaffirme le danseur. Ils appréhendent aussi déjà la prochaine occasion où ils se retrouveront dans une grande foule ou dans un concert, mais ils refusent de céder à la peur.
«Il est hors de question qu'on s'arrête. Quand on danse, on est libre. On danse pour ça et ça, personne ne nous le prendra. On dansera jusqu'au bout», conclut-il.