Les manifestations anti-Maduro ont fait deux nouveaux morts au Venezuela, jeudi, portant le total à 108 depuis le début du mois d'avril.

Deux autres morts au Venezuela

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a proposé jeudi un dialogue à ses adversaires avant l'élection contestée dimanche de l'Assemblée constituante, contre laquelle l'opposition a appelé à une grève générale et à manifester malgré l'interdiction du gouvernement, une situation explosive qui a fait deux nouveaux morts.
«Je propose à l'opposition politique vénézuélienne qu'elle abandonne le chemin de l'insurrection [...] et que nous instaurions dans les prochaines heures, avant l'élection et l'installation de l'Assemblée constituante, un cadre pour dialoguer», a déclaré le chef de l'État, tout en affirmant que son projet de modifier la Constitution irait jusqu'au bout.
«L'opposition a intérêt à accepter cette proposition», a prévenu le président socialiste devant des milliers de sympathisants réunis dans le centre de Caracas.
Face aux appels répétés du chef de l'État à négocier, les antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, dont Nicolas Maduro est l'héritier) exigent avant tout des élections générales. Ils n'ont pas encore répondu à cette nouvelle offre, alors que fin 2016 un dialogue sous l'égide du Vatican entre le pouvoir et l'opposition avait échoué.
Au deuxième jour de la grève générale contre le scrutin de dimanche, un homme de 49 ans et un mineur de 16 ans sont morts dans des manifestations, a annoncé jeudi le parquet. Ces décès, les quatrième et cinquième de cette grève générale de 48 heures, portent à 108 le nombre de morts depuis le début des manifestations contre M. Maduro au début d'avril.
Dans une ville en partie paralysée et jonchée de barricades et de décombres, de nouveaux incidents ont opposé manifestants et forces de l'ordre à Caracas : gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et arrestations ont répondu aux cocktails Molotov et projectiles.
Les rues au peuple
Défiant l'interdiction du gouvernement de manifester, l'opposition a appelé jeudi à défiler vendredi dans tout le pays contre le projet de Constituante.
«Les rues du Venezuela appartiennent au peuple, pas à la dictature», a rétorqué sur Twitter la coalition de l'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD).
Les contrevenants risquent de cinq à dix ans de prison, a prévenu le ministre de l'Intérieur, le général Nestor Reverol.
Les antichavistes tentent à tout prix d'empêcher la désignation dimanche des 545 membres d'une Assemblée constituante voulue par le président, accusé par l'opposition de vouloir réécrire la Constitution à son profit.
L'appel à la grève a été suivi à 92 % dans le pays au cours des premières 24 heures, s'est félicité la MUD, à l'origine du mouvement. Côté gouvernement, on assure que la grève est un échec.
Les principales centrales syndicales ont apporté leur soutien à la mobilisation. Signe de la paralysie d'une partie du pays, des magasins fermés étaient visibles à Caracas, où les longues voies rapides paraissaient presque vides.
M. Maduro fait face depuis plus de quatre mois à des manifestations quasi-quotidiennes pour réclamer son départ, mais le chef de l'État, dont le mandat s'achève en janvier 2019, a réaffirmé sa détermination de mener à bien son projet.
Au coeur du cyclone
«La Constituante va protéger toutes les réussites du processus révolutionnaire [...] Dimanche, nous serons dans l'oeil du cyclone et nous démontrerons au monde que le peuple du Venezuela [...] dira oui à la Constituante», a déclaré à l'AFP Jelitza Gonzalez, habitante de la banlieue de Caracas.
«C'est l'atout majeur, le va-tout d'un gouvernement qui, pour se maintenir au pouvoir, doit suspendre la démocratie», juge l'analyste Colette Capriles.
L'opposition boycottera cette élection, dernier rebondissement de la violente crise politico-économique qui secoue le Venezuela depuis la victoire des antichavistes fin 2015 aux législatives.
L'opposition voit dans ce projet de réécrire la Constitution un moyen pour M. Maduro de se cramponner au pouvoir, de contourner le Parlement élu et d'éviter la présidentielle de fin 2018.
Le gouvernement assure que la future Assemblée sera un «super pouvoir» qui aura la capacité de dissoudre le Parlement, qu'elle apportera la paix et permettra au pays de se redresser économiquement.
Quelque 70 % des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80 % rejettent la gestion de Nicolas Maduro, selon l'institut de sondage Datanalisis.
Sur le front diplomatique, les États-Unis ont annoncé mercredi des sanctions contre 13 hauts responsables gouvernementaux vénézuéliens actuels et anciens, gelant leurs comptes bancaires et avoirs aux États-Unis. Nicolas Maduro a rejeté cette sanction, qualifiée d'«insolente».
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Les familles des diplomates américains quittent le pays
Les États-Unis ont ordonné jeudi aux familles des diplomates en poste au Venezuela de quitter le pays, en raison de la crise politique et des violences qui le secouent, indique un communiqué du département d'État.
La diplomatie américaine a également précisé qu'elle «autorisait le départ volontaire des employés gouvernementaux» travaillant à l'ambassade des États-Unis à Caracas.
Les employés locaux de l'ambassade et leurs familles se sont également vu imposer des restrictions à leurs déplacements à Caracas et dans le reste du pays, selon le communiqué du ministère américain des Affaires étrangères.
À quelques jours de l'élection contestée dimanche d'une Assemblée constituante voulue par le président vénézuélien Nicolas Maduro, le département d'État redoute une situation politique et sécuritaire imprévisible.
Il fait également état de l'arrestation, de la détention de ressortissants américains, certains ayant été victimes de vols, près des manifestations qui secouent Caracas.
Les États-Unis ont pris depuis longtemps fait et cause pour l'opposition, le président Donald Trump traitant son homologue vénézuélien de «dictateur» et imposant des sanctions contre 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux.