Au cours d’une rébellion surprise qui a semblé n’avoir recueilli qu’un soutien militaire limité, des soldats ralliés à la cause de l’opposant Juan Guaidó ont pris position devant la base aérienne de Carlota.

Des soldats insurgés se rallient à Guaidó au Venezuela

CARACAS — Au moins 69 personnes ont été blessées, dont deux par balle, dans les heurts survenus à Caracas mardi au cours de manifestations en soutien au groupe de soldats qui a fait défection pour rallier l’opposant Juan Guaidó, ont annoncé les services de santé locaux.

Selon les médias vénézuéliens, une troisième personne a été blessée par balle au cours de ces échauffourées survenues lors de ce que le gouvernement de Nicolas Maduro a qualifié de «tentative de coup d’État». Selon le gouvernement, un soldat loyal au président a aussi été blessé par arme à feu.

Selon les services sanitaires de la municipalité de Chacao, qui appartient à Caracas, une jeune femme de 32 ans a été blessée de deux balles pendant la manifestation partie de l’appel de Juan Guaidó à l’armée de faire défection et de le rejoindre dans son projet de déloger Nicolas Maduro de la présidence.

La victime se trouvait sur l’avenue Francisco-de-Miranda, dans l’est de la capitale vénézuélienne, lorsque des personnes masquées s’en sont pris au cortège, selon les manifestants.

Un autre manifestant, de 31 ans, a été blessé par balle au bras dans la même municipalité de Chacao.

Sur les 69 blessés recensés par les services sanitaires, 41 personnes souffrent de lésions causées par des tirs de balles en caoutchouc.

Peu après l’appel de Juan Guaidó lancé depuis la base aérienne militaire de La Carlota, des milliers de personnes se sont massées sur l’autoroute qui la longe et des échauffourées ont éclaté. Pendant ces heurts, des véhicules blindés ont foncé dans des manifestants antigouvernementaux alors que les troupes fidèles au président vénézuélien Nicolas Maduro tentaient de rétablir l’ordre.

La rébellion surprise, baptisée «Opération liberté», semblait n’avoir recueilli qu’un soutien militaire limité.

Lopez réapparaît

Les événements ont commencé mardi matin lorsque M. Guaidó, qui s’est autoproclamé président par intérim avec le soutien des États-Unis et de dizaines d’autres pays, a diffusé une vidéo de trois minutes tournée près d’une base aérienne de Caracas, dans laquelle il exhorte les civils et les membres des forces armées à un dernier effort pour renverser le régime socialiste de M. Maduro.

À la surprise de tous, Leopoldo Lopez, son mentor politique et le plus influent militant de l’opposition vénézuélienne, se tenait à ses côtés. Arrêté en 2014 pour avoir dirigé une précédente vague de manifestations antigouvernementales, M. Lopez a déclaré qu’il avait été libéré de son assignation à domicile par les forces de sécurité ayant obéi à l’ordre de M. Guaidó.

«Je veux dire au peuple vénézuélien : c’est le moment de descendre dans la rue et d’accompagner ces soldats patriotiques», a lancé M. Lopez.

Tandis que les deux chefs de l’opposition coordonnaient les actions de véhicules garés sur un viaduc routier, les troupes fidèles au président Maduro tiraient sporadiquement des gaz lacrymogènes à partir de la base aérienne adjacente de Carlota.

Une foule qui a rapidement atteint quelques milliers de personnes s’est précipitée pour se mettre à l’abri, pour réapparaître plus tard avec Juan Guaidó sur une place à proximité, à l’écart des perturbations.

«Maintenant ou jamais»

Un groupe plus restreint de jeunes gens masqués est resté sur l’autoroute, lançant des pierres et des cocktails Molotov vers la base aérienne et mettant le feu à un autobus gouvernemental. Au milieu du chaos, un véhicule blindé a foncé à toute vitesse dans la foule. Deux manifestants, la tête et les jambes ensanglantées, ont été emmenés sur une moto.

«C’est maintenant ou jamais», a déclaré l’un des jeunes soldats rebelles, le visage couvert du bandana bleu porté par les quelques dizaines de soldats insurgés.

Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, a condamné le geste de M. Guaidó, qu’il a qualifié d’acte «terroriste» et de «tentative de coup d’État».

Au fil de la journée, les gouvernements de plusieurs pays ont exprimé leur soutien à Juan Guaidó, tout en réitérant leurs appels à éviter les affrontements violents.

Le groupe de Lima, une coalition de pays latino-américains dont fait aussi partie le Canada, a une fois de plus exhorté l’armée vénézuélienne à appuyer M. Guaidó et à cesser d’être «les instruments du régime illégitime» au Venezuela.

Le gouvernement espagnol a quant à lui appelé à la retenue, tandis que Cuba et la Bolivie ont réitéré leur appui à Nicolas Maduro.

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WASHINGTON MET LE PAQUET POUR CHASSER MADURO

Des véhicules blindés du gouvernement de Nicolas Maduro

WASHINGTON — Menaces d’embargo «total» contre La Havane, mises en garde contre Moscou, révélations sur des négociations secrètes entre cadres du régime vénézuélien et opposition : l’administration Trump a lancé mardi une offensive tous azimuts pour pousser le président Nicolas Maduro à lâcher le pouvoir.

L’un après l’autre, le président Donald Trump, son conseiller à la sécurité nationale John Bolton et le chef de diplomatie Mike Pompeo ont —tweets, points de presse et entrevues à l’appui — fait monter la pression au moment où, à Caracas, des militaires se soulevaient, dans une certaine confusion, en faveur de l’opposant Juan Guaidó.

«Nicolas [Maduro] avait un avion sur le tarmac, il était prêt à partir ce matin, d’après nos informations, et les Russes lui ont dit de rester», a lancé M. Pompeo sur CNN, précisant que l’homme fort de Caracas avait l’intention de trouver refuge à Cuba.

Quelques minutes plus tôt, Donald Trump avait soudainement durci le ton contre La Havane, menaçant l’île située au large de la Floride d’un «embargo total» si «les troupes et les milices cubaines» ne cessaient pas immédiatement leurs opérations militaires au Venezuela.

«Espérons que tous les soldats cubains rentrent rapidement et pacifiquement sur leur île!» avait-il ajouté.

Autre développement spectaculaire dans une journée à l’issue incertaine, John Bolton a affirmé que des «figures-clés» du régime vénézuélien avaient mené, en secret, des discussions avec l’opposition ces dernières semaines en vue d’un changement de régime, leur lançant du même coup un ultimatum.

«Pas un coup d’État»

Soutiens indéfectibles de Juan Guaidó depuis trois mois, les États-Unis estiment que le soulèvement militaire en cours ne peut être qualifié de coup d’État.

«Ce n’est clairement pas un coup d’État (...) Le fait que Juan Guaido prenne le contrôle de l’armée vénézuélienne n’est pas un coup d’État», a déclaré M. Bolton.