Le gouvernement russe de Vladimir Poutine nie toute ingérence et pourrait ne pas être en mesure d'affecter le résultat du vote aux États-Unis. Il a cependant plusieurs raisons de s'intéresser à ces élections.

Des signes d'ingérence des Russes

Alors que les Américains se préparent à voter aux élections de mi-mandat de mardi, des fauteurs de troubles russes essaient de nouveau d'exacerber les divisions entre les électeurs et de miner la démocratie des États-Unis.

L'activité semble centrée sur l'utilisation abusive des médias sociaux par le biais de publications et de sites qui semblent être d'origine américaine plutôt que sur des cyberattaques de grande ampleur ou des perturbations du système de vote. Jusqu'à présent, la portée serait moindre que la campagne d'influence que la Russie est accusée d'avoir menée en 2016, et Moscou ne serait qu'une source parmi d'autres de manipulations en ligne en vue du scrutin de mardi.

Le gouvernement russe nie toute ingérence et pourrait ne pas être en mesure d'affecter le résultat du vote. Il a cependant plusieurs raisons de s'intéresser à ces élections.

Des responsables américains et des sociétés de technologie tentent d'améliorer la sécurité du processus électoral et de lutter contre les campagnes de désinformation en ligne. Voici ce qu'ils ont à dire sur les interventions russes.

Une Russe accusée aux États-Unis

Jusqu'à présent, les autorités américaines ont accusé une Russe d'ingérence dans la campagne électorale de 2018 : Elena Khusyaynova, comptable de l'Internet Research Agency (IRA), une organisation soupçonnée d'être l'«usine à trolls» qui a manipulé la campagne américaine de 2016.

Mme Khusyaynova est accusée d'avoir mené une campagne secrète sur les réseaux sociaux pour les scrutins de 2016 et de 2018 aux États-Unis. La plainte au criminel dit qu'elle aurait commencé à acheter des publicités sur les médias sociaux en 2015, notamment sur Facebook et Instagram, et à dépenser pour des services internet qui permettent de masquer l'activité en ligne. Elena Khusyaynova a également acheté des produits d'analyse des médias sociaux, qui mesurent la performance des publications en ligne, et payé des blogueurs et des activistes établis aux États-Unis.

Le budget de fonctionnement qu'elle a supervisé de janvier 2016 à juin 2018 s'élevait à plus de 35 millions $ US, dont 10 millions $ US pour le premier semestre de cette année, indique la plainte.

On ignore combien d'Américains ont vu des publications financées par Mme Khusyaynova.

Faux sites américains

La Federal News Agency, propriétaire de l'«usine à trolls» russe, a enregistré en avril trois noms de domaine destinés au marché américain, selon la base de données SPARK-Interfax. Les sites web dirigent tous les lecteurs vers un site appelé USAReally, qui a pour objectif de montrer aux Américains des informations qui auraient été «étouffées» par les médias traditionnels.

Les origines russes du site ne sont pas difficiles à trouver. Son rédacteur en chef russe, Alexander Malkevich, critique ouvertement les démocrates et affirme que «l'Amérique a gagné» lorsque Donald Trump est devenu président.

Son lectorat reste faible, dans les dizaines de milliers, une situation que M. Malkevich impute à la «censure» faite par Facebook et Twitter. Il essaie d'amplifier sa voix par l'entremise de liens sur d'autres médias.

Ces derniers jours, il a mis l'accent sur la caravane de migrants en Amérique latine, sur des courses serrées au Congrès et sur une tentative pour recruter Megyn Kelly, dont l'émission sur NBC a été annulée en raison d'une controverse suscitée par ses commentaires sur les gens qui choisissent de se «déguiser» en Noir pour l'Halloween.

Gazouillis piégés

Même après l'inculpation en février par les autorités américaines d'une douzaine de Russes liés à la IRA, l'«usine à trolls» a continué son travail pour leurrer les internautes américains, notamment en cherchant à mobiliser des militants pour qu'ils participent à des manifestations.

Le mois dernier, Twitter a dévoilé des millions de gazouillis et d'autres contenus destinés aux Américains qui, selon l'entreprise, provenaient de la IRA, et ont été publiés durant la course présidentielle de 2016, mais aussi au cours de l'été 2018 et de la campagne des élections de mi-mandat de novembre.

Parmi ces gazouillis figurent ceux du compte [AT]TEN—GOP, qui prétendait être le Parti républicain du Tennessee, et qui a diffusé une photo de James Comey lorsqu'il était toujours directeur du FBI avec le message «démissionnez maintenant».

On ignore combien de personnes ont vu ces contenus, qui ne sont plus disponibles sur Twitter.

En août, Facebook et la société de sécurité FireEye avaient révélé l'existence de campagnes d'influence sur le réseau social en provenance de Russie et d'Iran. Les experts affirment que les actions présumées de Moscou lors de l'élection américaine de 2016 pourraient avoir encouragé Téhéran à l'imiter.

Tentatives de piratage de campagnes

Des responsables de Microsoft ont récemment annoncé que la société avait détecté des tentatives par l'agence de renseignement militaire russe (GRU) pour pirater les campagnes de deux sénateurs américains, et qu'elle avait désactivé des sites web lancés en Russie et déguisés en des sites du Sénat et de groupes de réflexion américains.

L'une des tentatives concernait la sénatrice démocrate Claire McCaskill, du Missouri, qui tente de se faire réélire dans un État ayant voté massivement pour Donald Trump en 2016. Microsoft a repéré une tentative de vol du mot de passe d'au moins un membre du personnel de Mme McCaskill par l'entremise d'un faux site de connexion au Sénat, l'exemple le plus remarquable de la tentative d'ingérence par la Russie dans la campagne à avoir été rendu public cette année.

Il est difficile de savoir si les Russes ont décidé de cibler de nouveau le système de vote américain. Des responsables ont déclaré qu'avant les élections générales de 2016, des agents russes avaient enquêté sur le système d'au moins 21 États.