Des responsables de deux agences de voyage à Téhéran ont affirmé qu'ils avaient reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain. 

Des musulmans interdits de prendre leur vol pour les États-Unis

Sept migrants qui s'apprêtaient à se rendre aux États-Unis - six Irakiens et un Yéménite - n'ont pas pu monter à bord de leur vol d'EgyptAir à destination de l'aéroport JFK, samedi, ont annoncé les autorités du Caire.
Des Iraniens et Irakiens ont été empêchés samedi de prendre des vols pour les «États-Unis quelques heures après la décision du président américain Donald Trump d'interdire l'arrivée de ressortissants de sept pays musulmans, d'où s'élèvent inquiétudes et critiques.
L'Iran, dont plusieurs ressortissants n'ont pu s'envoler pour les États-Unis, a annoncé en soirée sa décision d'appliquer une mesure de réciprocité après la décision «insultante» des États-Unis.
La Maison Blanche a annoncé vendredi avoir interdit pendant trois mois l'arrivée de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.
Cette mesure, visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux», a suscité immédiatement l'inquiétude de l'ONU qui a demandé aux États-Unis de conserver sa tradition d'accueil.
À Téhéran, les médias iraniens ont rapporté plusieurs cas d'Iraniens qui n'ont pas pu embarquer pour les États-Unis.
Des responsables de deux agences de voyage ont affirmé avoir reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.
Impact sur les étudiants
Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait retourner le 4 février aux États-Unis. «J'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé», a-t-elle déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.
L'Iran et les États-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis plus de 37 ans, mais environ un million d'Iraniens vivent aux États-Unis, selon les estimations officielles iraniennes. De nombreux Iraniens se rendent également chaque année aux États-Unis pour voir leur famille.
Au Caire, un couple irakien et leurs deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol de la compagnie EgyptAir ont été informés qu'ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles, ont indiqué à l'AFP ces responsables.
Selon eux, cette famille disposait cependant de visas pour les États-Unis.
Plusieurs associations de défense des droits civiques américaines ont attaqué samedi en justice le décret, après l'arrestation notamment de deux Irakiens dans un aéroport de New York.
Mohamed Eljareh, un chercheur libyen à l'Atlantic Council, craint que ce texte n'affecte notamment des gens qui se rendent régulièrement aux États-Unis pour leurs études ou travail.
«Il est probable que cette mesure ait un impact sur les étudiants libyens aux États-Unis et leurs familles, ou des universitaires et chercheurs avec des liens avec les institutions américaines», a-t-il dit à l'AFP.
Trump «n'a pas le droit»
La compagnie Qatar Airways a indiqué que les citoyens des sept pays concernés par la décision américaine pourront toujours embarquer vers les États-Unis s'ils y possèdent un permis de résidence permanent.
Le décret ne concerne pas les ressortissants détenteurs de visas diplomatiques et officiels et qui travaillent pour des institutions internationales.
Selon ce texte, les réfugiés syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont 18 000 ont été acceptés aux États-Unis depuis 2011, seront interdits d'entrée jusqu'à nouvel ordre.
Certains d'entre eux, réfugiés au Liban, dénonçaient une mesure injuste.
Trump «n'a pas le droit de prendre une telle décision», souligne Ibtissam Youssef al-Faraj, une mère de famille de 41 ans, dans un camp informel dans la Bekaa. 
«Nous sommes des réfugiés, où est son problème si on entre légalement aux États-Unis? Qu'est-ce que ça lui fait?» dit cette femme originaire de la Ghouta orientale, bastion rebelle près de Damas.
Au Soudan, autre pays concerné par le décret, le ministère des Affaires étrangères a exprimé son «regret» d'une telle décision, déplorant qu'elle intervienne notamment après la levée «historique» de sanctions économiques américaines qui avaient été prises .
Le 13 janvier, l'ancien président américain Barack Obama avait annoncé la levée de certaines sanctions contre le Soudan, relevant des avancées «positives» ces six derniers mois de la part de Khartoum, qui avait été accusé par le passé par les États-Unis de soutenir des groupes islamistes armés.
Des forces irakiennes patrouillent à Al-Quds, repris au groupe armé État islamique.
Des soldats irakiens choqués
À Mossoul, des soldats irakiens pestent contre le décret du président américain Donald Trump, ne comprenant pas pourquoi ils seraient empêchés d'aller aux États-Unis alors qu'eux mêmes luttent contre un groupe terroriste.
La Maison-Blanche a annoncé vendredi avoir interdit pendant trois mois l'arrivée aux États-Unis de ressortissants de sept pays musulmans, dont l'Irak, une mesure visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux».
Ces restrictions pourraient s'aliéner les citoyens et les responsables d'un pays en guerre contre le groupe djihadiste État islamique (EI), d'autant qu'ils ont déjà peu apprécié les déclarations de M. Trump affirmant que les États-Unis auraient dû voler le pétrole irakien avant de retirer leurs troupes de ce pays en 2011.
«Ce n'est pas juste! (...) Je devrais avoir le droit de visiter ma famille», plaide Assem Ayad, un soldat de 23 ans déployé dans la grande cité septentrionale qui dit avoir trois cousins vivant au Texas, dans le sud des États-Unis.
«Cette décision a été prise car il y a des groupes terroristes en Irak, mais il y a aussi des gens innocents», et parmi eux ceux qui combattent contre les djihadistes, poursuit le soldat, un fusil d'assaut américain sous le bras.
Les États-Unis sont à la tête depuis septembre 2014 d'une coalition internationale antidjihadiste soutenant les forces irakiennes dans leur guerre contre l'EI qui s'était emparé en juin 2014 de Mossoul, deuxième ville d'Irak.
«Jusqu'à la dernière goutte de sang»
Washington, qui compte aujourd'hui plus de 4800 soldats dans ce pays, apporte une aide importante aux forces irakiennes qui ont lancé le 17 octobre une vaste opération militaire pour chasser les djihadistes de leur fief.
«Pourquoi nous interdire l'entrée aux États-Unis alors que (leurs soldats) sont dans mon pays et y ont des bases», soulève Haider Hassan, un soldat de 45 ans.
Hamza Kadhim, un autre soldat de 34 ans, ne comprend pas la mesure américaine et souligne que les actes des terroristes ne reflètent pas l'islam.
«Le jour de son investiture, Trump a affirmé qu'il allait combattre le terrorisme islamique. En tant que soldats irakiens qui défendons notre pays et combattons les terroristes, nous lui disons: l'islam n'est pas le terrorisme. L'islam est une religion d'amour et de fraternité», dit-il.
«Nous n'envoyons pas de terroristes vers l'étranger (...) En revanche, des personnes venant de l'étranger sont arrivées en Irak pour tuer, violer et voler, et nous allons les combattre jusqu'à la dernière goutte de sang», ajoute-t-il, en référence aux combattants de l'EI.
Abou Mohamed, père de trois enfants ayant fait une demande d'immigration vers les États-Unis il y a quatre ans, avait l'intention de déménager dans un mois ou deux mais craint aujourd'hui que son voyage ne soit remis en cause.
«Pourquoi nous fermer la porte au nez?», lâche-t-il.
Les cas recensés
AUTRICHE
Au moins trois Iraniens ont été interdits d'embarquer samedi à l'aéroport de Vienne, alors qu'ils s'apprêtaient à s'envoler pour les États-Unis, a indiqué un porte-parole d'Austrian Airlines.
Les trois passagers, un couple de personnes âgées et une jeune femme étaient tous en possession de visas pour les États-Unis, a déclaré Peter Thier à l'agence de presse autrichienne (APA).
Le couple est toujours à Vienne, tandis que la jeune femme est retournée en Iran, selon lui.
ÉGYPTE
Au Caire, un couple irakien et ses deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol de la compagnie EgyptAir ont été informés qu'ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles, ont indiqué à l'AFP des responsables de l'aéroport.
Selon eux, cette famille disposait de visas pour les États-Unis.
Selon un responsable d'EgyptAir, la compagnie n'a pas été officiellement informée des nouvelles régulations et son site ne donnait aucune précision sur les nouvelles règles en vigueur pour les voyages aux États-Unis.
ÉTATS-UNIS
Deux citoyens irakiens ont été interpellés vendredi soir à l'aéroport JF Kennedy de New York sur la base du décret qui venait à peine d'être promulgué.
Ils sont détenteurs de visas leur permettant d'entrer légalement aux États-Unis, qui attestent que les autorités américaines ont estimé qu'ils ne représentaient pas de menace pour les États-Unis.
L'un d'eux a travaillé pour des entreprises américaines et pour le consulat des États-Unis à Erbil (nord de l'Irak), notamment comme interprète.
L'autre devait rejoindre sa femme et son enfant arrivés légalement aux États-Unis avec le statut de réfugiés, après que leur famille eut été «associée à l'armée américaine» en Irak.
Une plainte a été déposée samedi devant un tribunal fédéral de New York par l'American Civil Liberties Union et d'autres associations de défense des droits et des immigrés contre le décret de M. Trump. Elles exigent notamment la libération de ces deux Irakiens.
IRAN
Des responsables de deux agences de voyage ont affirmé avoir reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.
Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait ainsi retourner le 4 février aux États-Unis. «J'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé», a-t-elle déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.
L'Iran a annoncé sa décision d'appliquer une mesure de réciprocité après la décision «insultante» des États-Unis.
PAYS-BAS
La société aérienne néerlandaise KLM a refusé d'embarquer sept personnes à bord de ses avions qui comptaient se rendre aux États-Unis, en raison du décret signé par le président américain.
«Nous aurions bien aimé les faire voyager avec nous mais cela n'a pas beaucoup de sens, l'entrée du pays leur aurait été refusée», a affirmé à l'AFP une porte-parole de KLM, Manel Vrijenhoek.
Sur les sept personnes, cinq ont pu être prévenues avant leur embarquement, a-t-elle ajouté, refusant de donner des détails sur la nationalité de ces voyageurs, leur aéroport d'origine ou leurs destinations.
SUISSE 
La compagnie aérienne Swiss applique «dès à présent» le décret Trump. Elle n'a «pas le choix», a affirmé samedi son directeur général pour la Suisse romande.
«Nous avons l'obligation légale d'appliquer ce décret», a ajouté Lorenzo Stoll sur la Radio télévision suisse (RTS).
Il précise toutefois qu'il y a «très peu» de ressortissants des sept pays concernés qui transitent par Zurich et Genève sur des vols de Swiss.