Les mesures de sécurité ont été renforcées à Homs après les attaques qui ont touché le siège du service de la Sûreté de l'État et celui des renseignements militaires.

Des kamikazes font 42 morts à Homs, en Syrie

Plusieurs kamikazes se sont fait exploser samedi contre deux sièges de la Sécurité à Homs en Syrie, faisant 42 morts dont le chef du renseignement militaire, dans une attaque audacieuse revendiquée par l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.
Ces attentats interviennent au moment où des négociations laborieuses se tiennent à Genève sous l'égide de l'ONU entre régime et opposition pour tenter de trouver un règlement au conflit en Syrie qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés depuis six ans.
Selon les médias officiels, les attaques ont visé le siège du service de la Sûreté de l'État et celui des renseignements militaires, situés respectivement dans les quartiers de Ghouta et de Mahatta dans le centre de Homs, troisième ville du pays sous contrôle du régime.
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme a fait état de 42 morts, tandis que le gouverneur de la province centrale de Homs, Talal Barazi, a évoqué un premier bilan de 30 morts et 24 blessés dans les attaques contre des bâtiments généralement bien défendus.
Parmi les morts figurent le chef des Renseignements militaires de Homs, Hassan Daaboul, un proche du président Bachar al-Assad et l'une des personnalités les plus connues des milieux des renseignements syriens.
Selon la télévision d'État, plusieurs kamikazes ont lancé l'attaque. «L'un des kamikazes a spécifiquement visé le général martyr».
«Ces attaques sont les plus audacieuses perpétrées» depuis l'attentat contre le bâtiment de Sécurité nationale à Damas en juillet 2012, a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.
«L'opération a échoué»
Parmi les morts en 2012 figuraient le ministre de la Défense, son adjoint et beau-frère de M. Assad, ainsi qu le chef de la cellule qui était en charge de mater la révolte transformée en guerre brutale.
A Homs, les attaquants sont parvenus à s'introduire à l'intérieur du bâtiment des renseignements militaires, selon M. Abdel Rahmane. «Il y a eu des tirs contre les gardes. Des officiers ont accouru et un premier kamikaze s'est fait exploser. D'autres membres des renseignements se sont précipités et un deuxième puis un troisième kamikaze se sont fait exploser».
«L'objectif était de s'emparer des QG mais l'opération a échoué», a-t-il souligné, ajoutant que «des affrontements se sont déroulés pendant deux heures durant les attaques».
Dans son communiqué de revendication, Fateh al-Cham a précisé que «cinq kamikazes ont pris d'assaut les sièges de la Sûreté d'Etat et des renseignements, tuant plus de 40 personnes dont Hassan Daaboul».
Ce groupe, classé «organisation terroriste» par l'ONU, se faisait appeler auparavant Front al-Nosra. Mais il a changé de nom après avoir renoncé à son rattachement à Al-Qaïda.
Deuxième plus important groupe djihadiste après l'organisation rivale État islamique (EI), Fateh al-Cham était jusqu'au début 2017 le principal allié des rebelles qui cherchent à renverser M. Assad.
Mais en janvier, des combats sanglants opposent les deux camps dans le cadre d'une guerre d'influence notamment à Idleb, la seule province sous leur contrôle. La rébellion se scinde alors en deux: des groupes insurgés qui rejettent le processus de paix fusionnent avec Fateh al-Cham sous le nom «Tahrir al-Cham», alors que d'autres ouverts aux négociations s'allient avec le groupe salafiste Ahrar al-Cham.
Message
Les attentats de Homs interviennent au moment où l'ONU tente à démarrer les négociations à Genève entre régime et opposition, dans le cadre d'un quatrième round après trois tentatives avortées.
Au troisième jour de ce nouveau processus, aucune discussion détaillée ne s'est encore engagée avec l'ONU, et encore moins entre les deux belligérants.
Comme l'EI, Fateh al-Cham est exclu des négociations, mais les attaques des deux groupes illustrent la fragilité de toute «normalisation» dans le pays, où interviennent des acteurs multiples aux agendas différents.
«C'est un message aussi bien au régime qu'à l'opposition et à la communauté internationale que Fateh al-Cham est là et que personne ne peut l'isoler», a expliqué M. Abdel Rahmane.
Plusieurs attentats suicide meurtriers ont frappé la ville de Homs ces dernières années, en majorité revendiqués par l'EI.
La province du même nom a été reprise totalement par le régime en 2014, à l'exception du quartier rebelle Waer, visé samedi par des raids aériens après les attaques suicide, selon l'OSDH.
La guerre, qui a commencé après la répression sanglante de manifestations prodémocratie en mars 2011, a fait plus de 310 000 morts et dévasté le pays. Elle s'est complexifiée avec la montée en puissance de groupes jihadistes et l'implication des puissances régionales et internationales.