Des horreurs dans un salon funéraire soulignent le peu de réglementation

DÉTROIT - Les morts ne peuvent pas se plaindre, mais il leur arrive d’utiliser un autre moyen pour réclamer justice contre les vivants chargés de les incinérer ou de les enterrer promptement: la puanteur.

Parmi les 10 cadavres découverts dans le garage non réfrigéré d’un salon funéraire de Flint, au Michigan, l’an dernier, un n’avait pas été embaumé et reposait là depuis environ six semaines. Une forte odeur de putréfaction émanait du bâtiment alors que les asticots grouillaient sur le sol près des boîtes de carton renfermant les cadavres empilées le long des murs.

Le procureur général de l’État a déposé des plaintes contre la compagnie, mais celle-ci a poursuivi ses activités jusqu’en juillet dernier, moment où des inspecteurs ont trouvé d’autres corps dans le garage.

Le salon funéraire Swanson est l’une des nombreuses entreprises de pompes funèbres américaines à avoir été forcées de fermer leurs portes au cours des dernières années en raison de macabres découvertes faites habituellement à la suite de plaintes.

Le salon funéraire Swanson est situé à Flint, au Michigan.

La réglementation de ce type de compagnie varie énormément d’un État à l’autre. Certains États, comme l’Ohio, exigent que les salons funéraires soient inspectés une fois par année alors que d’autres, tels l’Alaska, le Delaware et l’Iowa, n’imposent aucune inspection. Le Michigan fait partie des États qui inspectent les salons funéraires au moment de leur délivrer un permis, puis seulement en cas de plainte.

«Je crois qu’une meilleure supervision de la part des États est certainement la solution, mais je pense que c’est surtout une question de budget, affirme Scott Gilligan, directeur des affaires juridiques de l’association des directeurs de salons funéraires des États-Unis. La plupart des États ont des problèmes avec leur budget. Embaucher des inspecteurs et du personnel pour mieux faire respecter les règlements, ça coûte de l’argent.»

Le salon funéraire Swanson a reçu plusieurs amendes et fait l’objet de multiples plaintes avant que les autorités ne suspendent son permis et celui de son directeur, O’Neil Swanson II. Cette décision est survenue à la suite d’une inspection surprise menée en mai après que l’entreprise eut été de nouveau accusée par la famille d’une femme décédée en 2012 d’avoir confondu le corps de cette dernière avec celui d’un autre défunt.

Lorsque les proches de Myrna Duffer se sont présentés au salon pour réclamer ses restes, un employé a mis 45 minutes avant de revenir avec un sac de papier blanc rempli de cendres, raconte Patricia Williams, la fille de la disparue. Rien n’indiquait que ces cendres étaient bien celles de Mme Duffer.

«C’est tout ce qu’on a eu, explique Mme Williams. C’est à ce moment que nous avons su que nous n’avions pas maman.»

Elle ajoute que sa famille a porté plainte auprès des autorités, mais que ces dernières n’ont pas réagi. L’organisme de l’État du Michigan responsable du dossier a refusé de commenter l’affaire et le propriétaire du salon funéraire n’a pas répondu aux demandes d’entrevue.

Patricia Williams