L'archéologue Rémi Martineau souligne que le site fouillé par son équipe est antérieur de 1500 ans aux pyramides d'Égypte.

Des grottes funéraires millénaires intactes au coeur de fouilles

Entre le vignoble de Champagne et la forêt, un site archéologique unique sur lequel se terminent des fouilles révèle plusieurs sépultures collectives presque intactes depuis le Néolithique, des hypogées, creusées dans la craie d'une carrière de silex.
«Ce que vous voyez ici est antérieur d'au moins 1500 ans aux pyramides d'Égypte», compare le chercheur Rémi Martineau, en contre-haut de ces fouilles qui s'étalent sur la pente escarpée d'une butte à Vert-Toulon, dans la Marne, au nord-est de la France.
Après cinq années de chantier à raison de quelques semaines par an aux beaux jours, le site archéologique n'a pas fini de livrer tous ses secrets. «Il faudrait trois générations pour terminer les recherches, rien que pour le Néolithique», estime ce passionné volubile de 47 ans.
Cette dernière campagne - financée par le ministère français de la Culture, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l'université de Bourgogne Franche-Comté en partenariat avec l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) - s'achèvera le 8 juillet.
Les précédentes ont permis de mettre en évidence trois hypogées, des grottes funéraires qui font partie des différentes formes de sépultures collectives ancestrales, à l'image des dolmens.
«On enterrait quelqu'un, on refermait la grotte et ainsi de suite. Les corps étaient posés les uns à côté des autres puis au-dessus des autres quand il n'y avait plus de place. A la fin, l'entrée était condamnée avec des sédiments», explique M. Martineau, à genoux dans un hypogée de 10 mètres carrés, les mains blanchies par le sol crayeux.
«Il y avait des hommes, des femmes et des enfants, mais très peu de nouveau-nés», précise-t-il, ajoutant que des bijoux, des outils, de la poterie et des carquois de flèches accompagnaient les défunts.
À l'intérieur de ces vestiges, les murs portent toujours des centaines de traces, intactes, témoins des coups d'herminettes et de pics de bois de cerf venus entailler la craie au Néolithique récent, soit 3500 à 3000 ans avant notre ère.
Grande qualité de conservation
«Ce site est exceptionnel par la qualité de sa conservation» car «les blocs qui sont là n'ont jamais bougé», insiste l'archéologue, entouré d'une équipe d'une quinzaine de personnes, des étudiants pour la plupart. C'est aussi «le seul site fouillé, à ce jour, où il y a une minière [une carrière] de silex et des hypogées».
Environ 120 monuments funéraires souterrains de ce genre - nommés hypogées - sont recensés dans la région de la Marne, dans le nord-est de la France.
«On ne s'attendait pas à trouver un site de grande ampleur. Quand on tombe sur un objet aussi ancien, on est content...», se réjouit Guillaume Lépine, 24 ans, titulaire d'un master d'archéologie, au pied d'une ramure de bois de cerf qu'il vient de découvrir emprisonnée dans la pierre.
Dans la Marne, les premiers hypogées ont été trouvés «par hasard» en 1806 lors de travaux d'agrandissement d'un château à Chouilly. Puis en 1873, le baron de Baye, un riche aristocrate, a fait fouiller le site de Vert-Toulon, dévoilant ces tombes qui suscitèrent l'intérêt de la communauté scientifique, retrace M. Martineau.
Après le baron, les fouilles ont pourtant été stoppées et le site s'est endormi jusqu'en 2012, année d'une vaste campagne de prospection menée pour retrouver les hypogées perdus, «noyés dans ce contexte de minière de silex».
Environ 120 monuments funéraires de ce type ont ainsi été répertoriés dans ce périmètre. Ils recelaient en moyenne quelques dizaines de squelettes de nos ancêtres.
Les chambres funéraires ont été vidées et tout ce qu'elles contenaient est en cours d'analyse, certains objets n'étant pas encore datés.
L'objectif ultime du programme de recherches est de réussir à déterminer «comment les sociétés s'organisaient dans l'espace» et quelle était «leur structure à l'époque» alors que les populations néolithiques se sédentarisaient, indique l'archéologue, qui a déjà prévu d'autres fouilles dans ce secteur.
Le site de la butte de Vert-Toulon n'est pas ouvert à l'occasion des Journées nationales de l'archéologique prévues en France du 16 au 18 juin, mais Rémi Martineau espère qu'il sera aménagé pour le grand public dans les prochaines années.