Momcilo Krajisnik, condamné pour crimes de guerre lors des conflits en ex-Yougoslavie

Des criminels de guerre serbes sous les feux de la rampe

Ils ont été emprisonnés pour crimes de guerre lors des conflits des années 1990, mais font leur retour en politique, notamment en Serbie, conseillent les puissants, prêchent parfois dans les églises.
Des sourcils se sont haussés en janvier quand le président serbe, Tomislav Nikolic, a reçu Momcilo Krajisnik, 72 ans. Ce Serbe de Bosnie, ancien bras droit de Radovan Karadzic, a été libéré en 2013, aux deux tiers de sa peine de 20 ans.
Aux yeux du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), «Momcilo Krajisnik voulait que les civils musulmans et croates quittent en masse les régions contrôlées par les Serbes de Bosnie et il avait accepté que la domination serbe» ne s'obtienne «qu'au prix de souffrances, de morts et de destructions.»
Pour le président Nikolic, lui-même ancien collaborateur de l'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj, il ne s'agissait que de discuter «protection des droits du peuple serbe dans la région» avec un homme qui, pour son retour au pays en 2013, avait été ramené en hélicoptère officiel devant une foule de Serbes de Bosnie en liesse.
Plus de deux décennies après le début des conflits qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie au prix de 130 000 morts, des Serbes condamnés, désormais libres, ont repris une vie publique.
Le contre-exemple allemand
Pour Izabela Kisic, du Comité serbe d'Helsinki pour les droits de l'Homme, la Serbie, malgré sa volonté d'adhérer à l'Union européenne, n'est jamais «entrée dans un processus de dénazification comme ont pu le faire les Allemands» après la Seconde Guerre mondiale. «Une telle participation de criminels de guerre dans la vie publique en Allemagne aurait été inconcevable», assure-t-elle.
En janvier, de jeunes activistes ont déployé une banderole lors d'une réunion publique du parti au pouvoir, le SNS (centre-droit populiste), où il était écrit: «Les criminels de guerre doivent se taire pour que l'on puisse parler des victimes». Participait Veselin Sljivancanin, 63 ans, condamné à dix ans de prison pour sa participation au massacre d'Ovcara, proche de Vukovar, en Croatie.
Aux yeux de Vladimir Gak, un responsable local du SNS, Sljivancanin est aujourd'hui «un citoyen libre de Serbie». Quant aux perturbateurs, expulsés sans ménagement, ils ont été décrits par des responsables SNS comme des «fascistes» et des «hooligans».
Aux yeux d'Izabela Kisic, le pouvoir «envoie un message d'impunité et fait fi des familles de victimes».
Libéré en 2015 après une condamnation à 18 ans de prison pour crimes de guerre au Kosovo, l'ancien vice-premier ministre Nikola Sainovic, 68 ans, s'est recueilli un an plus tard sur la tombe de Slobodan Milosevic. Il a aujourd'hui rejoint les instances dirigeantes du SPS (socialiste), partenaire de coalition du SNS.
«Ses électeurs de l'est de la Serbie ne le considèrent pas comme un criminel de guerre. Ils l'aiment beaucoup», explique sous couvert d'anonymat un responsable socialiste qui évoque un homme «expérimenté et très utile au parti».
T-shirt Mladic
Pour le politologue Boban Stojanovic, rien de tout cela ne relève de dérapages, mais d'une stratégie destinée «à remporter des points politiques», avant la prochaine présidentielle: «Le SNS a convaincu un très grand nombre d'électeurs du Parti radical de Seselj. Parmi eux, il y a certainement des gens qui continuent de considérer les criminels de guerre comme des héros.»
Dans la principale rue commerçante de Belgrade, les échoppes de souvenirs proposent des T-shirts à l'effigie de Ratko Mladic, ex-chef militaire des Serbes de Bosnie. «Le boucher des Balkans» attend son verdict devant le TPIY en particulier pour son rôle lors du massacre de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en 1995.
La vie politique serbe reste contrôlée par des responsables déjà au premier plan dans les années 1990. Le président Nikolic, comme le premier ministre Aleksandar Vucic, furent des ultranationalistes, le second servant comme ministre de l'Information de Milosevic.
Ils ont été proches du tribun Seselj, acquitté par le TPIY l'an passé après 12 ans de détention. Son parti d'extrême-droite est depuis 2016 la principale formation d'opposition au Parlement. Il est candidat à la prochaine présidentielle.
Si c'est en Serbie que le phénomène est le plus visible, ses voisins n'y échappent pas. Condamné pour avoir dirigé des camps de concentration où 300 personnes sont mortes, le Bosniaque Fikret Abdic vient d'être élu maire de Velika Kladusa. Selon les médias locaux, Dario Kordic, un Croate de Bosnie, prêche désormais dans des églises catholiques. Il a passé 16 ans en prison pour sa participation au massacre de 116 civils en 1993.