Dans le dernier droit avec les élections de mi-mandat, Donald Trump a prévu plusieurs rassemblements dimanche et lundi dans des États clés, dont la Géorgie (photo), l'Indiana et l'Ohio.

Des batailles éreintantes s'intensifient

COLOMBUS, Ohio — Les élections de mi-mandat américaines auront lieu mardi après une campagne électorale éreintante pour les démocrates et les républicains, marquée par des envois de bombes par la poste, une fusillade dans une synagogue ainsi que par les attaques incessantes du président Donald Trump

D'un côté, les démocrates, qui pourraient reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, promettent de défendre la couverture des soins de santé pour les gens ayant des conditions préexistantes qui, selon eux, pourraient être la cible des élus républicains après les élections.

De l'autre, les républicains, ragaillardis par une économie forte et forts d'une réforme des impôts et de deux nominations à la Cour suprême, font campagne sur l'immigration et espèrent au moins garder la majorité au Sénat.

Mais peut-être que le plus difficile est à venir. Dans les prochains mois, les démocrates pourraient mener une bataille acharnée au Congrès en bloquant toute démarche législative et en multipliant les assignations à comparaître ainsi que les enquêtes.

Tout cela pourrait culminer en une course à la présidence beaucoup plus acrimonieuse que celle de 2016.

Les démocrates ont fait de l'enjeu de la santé l'une des pierres angulaires de leur campagne, rappelant toutes les fois où les républicains ont tenté d'abolir la loi sur les soins de santé de l'ex-président Barack Obama. Ils ont prévenu que leurs adversaires voudraient maintenant s'attaquer aux protections pour ceux qui ont des conditions de santé préexistantes.

Pour neutraliser l'attaque, les républicains, dont le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, ont changé de cap, promettant de protéger ces personnes.

«Certes, dans l'Ohio, j'ai beaucoup entendu parler des soins de santé comme étant l'enjeu principal, et les démocrates tentent d'attirer l'attention des gens sur cela», a déclaré Michael Ensley, un professeur de sciences politiques à l'Université d'État de Kent, en Ohio.

«Maintenant, vont-ils y arriver, à cause de tout ce qui se passe d'autre? C'est une question intéressante.»

Les candidats n'ont d'ailleurs pas pu échapper aux interventions quotidiennes du président.

«L'énorme facteur des élections de 2018 a été Trump», a indiqué le professeur de l'Université d'État de l'Ohio, Paul Beck.

«Il a réussi à faire en sorte que les élections tournent autour de sa présidence et des réactions à celle-ci. Les autres enjeux sont devenus secondaires», a-t-il ajouté.

Certains aspects du bilan de Donald Trump sont positifs. Les données sur l'emploi dévoilées vendredi démontrent que 250 000 emplois ont été créés au cours du dernier mois, stabilisant le taux de chômage à 3,7 %, le meilleur niveau en près de 50 ans.

Ces données risquent d'être du bonbon pour le président, qui a prévu plusieurs rassemblements dimanche et lundi dans des États clés, dont la Géorgie, l'Indiana et l'Ohio.

Mais son message économique positif risque d'être obscurci par la «crise» à la frontière américano-mexicaine. M. Trump a en effet promis de déployer jusqu'à 15 000 soldats pour défendre la frontière, s'engageant même à mettre fin à la citoyenneté par la naissance, une règle protégée par la Constitution qui fait que toute personne née en sol américain devient citoyenne.

La question des droits de douane, une préoccupation majeure au Canada, au Mexique, en Europe et dans d'autres pays dans la mire du président américain, a été largement ignorée grâce à une économie en pleine effervescence. Cela changera si ces tarifs persistent, ce que certains observateurs considèrent comme une possibilité réelle.

«À mon avis, nous nous trouvons devant une nouvelle normalité», a soutenu John Senese, directeur du Consortium économique et commercial du nord-est de l'Ohio.

«Ce qui me préoccupe, c'est que lorsque ces types de tarifs sont imposés de la façon dont ils l'ont été, il y a une action et une réaction, et malheureusement, parfois, lorsque vous entrez dans ce cycle, il est difficile de vous en sortir.»

Un autre enjeu qui est passé sous le radar est tout le branle-bas de combat qui a mené à la confirmation du juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh, qui a accédé à son poste alors qu'il faisait l'objet d'allégations d'agression sexuelle, des faits qui remonteraient à son adolescence.

Malgré tout, le juge Kavanaugh a été confirmé par le Sénat, au grand dam des démocrates. Les républicains ont fouetté leurs troupes en accusant leurs adversaires d'avoir traîné dans la boue un homme innocent.

«Les (démocrates) ont tenté de détruire la vie de cet homme, de laisser vacant ce siège pour le combler eux-mêmes. Ils ne reconnaissent pas que le président Trump a gagné les élections et qu'il a trouvé une personne qualifiée et cela résonne partout au pays. Cela unifie les républicains et met les démocrates sur la défensive», a déclaré le sénateur Lindsey Graham, lors d'une entrevue avec le réseau Fox News.

Cette stratégie, qui a eu un effet boomerang, pourrait, selon certains experts, dissuader les démocrates d'entamer un processus de destitution, même s'ils contrôlent le Congrès. La tactique avait d'ailleurs nui aux républicains qui avaient tenté le coup contre Bill Clinton dans les années 90.