Des résidants de Saint-Pétersbourg sont venus mardi déposer des gerbes de fleurs à l'extérieur des stations de métro situées à proximité de l'attentat.

Derrière l'attentat de Saint-Pétersbourg, l'islamisme en Asie centrale

Attribué à un kamikaze né au Kirghizstan, l'attentat qui a fait 14 morts lundi dans le métro de Saint-Pétersbourg vient rappeler le risque que fait courir la progression de l'islamisme radical en Asie centrale.
Selon le Comité d'enquête russe, Akbarjon Djalilov est l'homme qui s'est fait exploser dans un wagon du métro de Saint-Pétersbourg. Né en 1995 à Och, dans le sud du Kirghizstan, il était toutefois de nationalité russe, assurent les autorités kirghizes.
Les motifs d'Akbarjon Djalilov demeurent obscurs et l'attentat de Saint-Pétersbourg n'a pas été revendiqué pour l'instant, mais la région d'Och est connue pour avoir fourni d'importants contingents à l'organisation État islamique (EI) en Syrie et en Irak.
Un problème russe 
Les grandes villes russes, où résident dans des conditions souvent précaires de nombreux jeunes migrants d'Asie centrale ou du Caucase, sont des plates-formes idéales de recrutement pour les groupes islamiques radicaux.
Mais alors que les autorités avaient jusqu'à présent dans leur collimateur les ressortissants des instables républiques russes du Caucase, marquées par des années de rébellion islamiste, l'Asie centrale est devenue leur principal sujet de préoccupation.
«La situation en Russie a radicalement changé ces deux dernières années», explique Andreï Soldatov, rédacteur en chef du site Agenta.ru spécialisé dans les affaires de renseignement. Selon lui, «un vrai réseau jihadiste composé de personnes originaires d'Asie centrale est revenu de Syrie».
Or, ajoute-t-il, «les immigrés d'Asie centrale se rassemblent dans des appartements pour prier, ils sont plus difficiles à identifier et contrôler».
Se battre ailleurs 
Les cinq pays d'Asie centrale -Tadjikistan, Kirghizstan, Kazakhstan, Turkménistan et Ouzbékistan- sont des républiques laïques à majorité musulmane. Toutes, sauf le Kirghizstan secoué par deux révolutions au cours des dix dernières années, sont dirigées par des dirigeants autoritaires faisant peu de cas des droits de l'homme.
Ceci, associé à une situation économique sinistrée, a conduit de nombreux jeunes hommes à partir à l'étranger à la recherche d'un meilleur avenir. Le PIB du Tadjikistan et du Kirghizstan dépendent ainsi en grande part des transferts d'argent des travailleurs migrants.
Mais d'autres ont été tentés de rejoindre des groupes radicaux. L'an passé, la Russie estimait à plusieurs milliers le nombre de combattants des ex-républiques soviétiques en Irak et en Syrie.
Le Kirghizstan estime que 600 de ses ressortissants ont quitté le pays pour combattre en Syrie et en Irak, le Tadjikistan établissant ce chiffre à un millier pour ses propres citoyens.
Surtout, ceux-ci se distinguent par leur motivation. Selon le Centre international du contre-terrorisme, basé à La Haye, il y a eu plus de Tajdiks impliqués dans des attentats suicides revendiqués par l'EI que de citoyens de n'importe quel autre pays, Irak et Syrie exclus.
Abdulkadir Masharipov, l'auteur présumé de l'attentat revendiqué par l'EI contre une boîte de nuit d'Istanbul ayant fait 39 morts la nuit de la Saint-Sylvestre, est de nationalité ouzbèke. Et l'auteur des attentats de Boston en 2013, Djokhar Tsarnaev, était lui aussi né au Kirghizstan.
Enfin, le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (IMU), qui a émergé à la fin des années 90 en Ouzbékistan a d'abord rejoint les talibans en Afghanistan, mais a prêté allégeance à l'EI en 2015. Il est surtout actif en Afghanistan et au Pakistan.