Reste à savoir si la «méthode Macron» fonctionnera avec des cheminots partis pour un printemps de mobilisation contre la réforme de leur entreprise, un des derniers bastions du mouvement syndical.

Depuis son élection, Macron pulvérise les résistances

PARIS — Quel est son secret ? Depuis son élection il y a moins d’un an, le président français Emmanuel Macron a mené la charge des réformes, pulvérisant (jusqu’à présent) les résistances dans un pays réputé rétif aux changements.

Pour le politologue Philippe Braud, «la France était mûre» pour le changement: «Les planètes étaient alignées ; il y a eu tellement de réformes avortées depuis 20 ans !».

Face à des Français partagés, selon lui, entre «une forme de résignation» et «la conviction intime qu’il faut aller de l’avant», le président n’hésite pas à en mécontenter certains: retraités, fonctionnaires, cheminots... Il fait un pari: «Le moment est dur à passer, mais, in fine, lorsque viendra le temps des élections, les résultats seront là», commente l’éditorialiste du quotidien économique Les Échos, Cécile Cornudet.

Et si, en effet, sa popularité est en forte baisse, «seul le bilan à long terme compte: sera-t-on resté dans l’immobilisme et la stagnation ou a-t-on un peu rattrapé nos écarts de compétitivité ?», veut aussi croire Philippe Braud. Si L’Allemagne, qui était «dans un triste état» au début du millénaire, «caracole aujourd’hui en tête», c’est bien, estime-t-il, grâce aux réformes du social-démocrate Gerhard Schröder.

La méthode Macron: aller vite, sur tous les fronts

«Il y a une dimension tactique qui lui réussit. En ouvrant constamment de nouveaux chantiers, il rend obsolète la contestation sur le premier, quand il a déjà ouvert le deuxième», souligne M. Braud.

«Les syndicalistes, les parlementaires ou ses opposants politiques sont pris de court», renchérit le chercheur Jean-Marie Pernot, spécialiste du syndicalisme, dans le quotidien catholique La Croix.

Et, surtout, il avance dans un paysage politique neuf après l’effondrement des partis traditionnels, pointe l’historienne Isabelle Clavel.

«Ces partis ne sont plus en capacité de mobiliser leurs militants ni, a fortiori, leur électorat», notamment dans le camp de la gauche, explique cette spécialiste des réformes dans le champ politique.

«L’électorat de gauche, très dispersé, ne s’identifie plus à un parti, est perdu», souligne-t-elle.

«OVNI politique»

En outre, «il est difficile d’analyser qui est Emmanuel Macron», «un peu un OVNI politique». Or, «cette perte de boussole» joue en sa faveur, d’autant qu’»il occupe une position en creux, le centrisme, même s’il ne s’en revendique pas», estime-t-elle.

Le candidat Macron avait fait campagne en se positionnant «ni de gauche, ni de droite» (mais pas centriste): «son objectif est de rendre ces positionnements obsolètes», selon Mme Clavel. Pour incarner la «modernité».

«Bon communicant», le président Macron «est en train d’opérer un glissement sémantique : la réforme serait la modernité et ce discours de modernité est très vendeur pour une partie de l’électorat», ajoute-t-elle.

Plutôt que de communication, le président préfère parler de «pédagogie» et presse le gouvernement d’en redoubler.

Lui-même n’hésite pas à aller au contact des Français: on l’a vu, pendant la campagne présidentielle, rendre visite à des ouvriers hostiles et repartir en serrant des mains.

Récemment, il battait les records de présence d’un président au salon de l’Agriculture, pour parler «droit dans les yeux» à une profession vent debout contre ses conditions de vie, la fin du glyphosate, un projet d’accord de libre-échange (UE/Mercosur).

Mais jusqu’au bout, il tient le cap fixé. Un style empreint d’autorité, parfois décriée comme de «l’autoritarisme».

«Attention au chamboule-tout décidé dans la précipitation et sans réel dialogue», a ainsi averti Laurent Berger, le patron de la CFDT, syndicat dit réformiste, pour lequel «la méthode Macron c’est : vous discutez, je tranche».

Pour Philippe Braud, c’est précisément parce qu’il sait trancher qu’il «a de bonnes chances de réussir la nouvelle vague de réformes». Son prédécesseur, le socialiste François Hollande, «a su ouvrir les bons chantiers, mais s’en tenait à ce qui avait été décidé avec les partenaires sociaux qui ont intérêt au statu quo. Cette méthode le condamnait au statu quo».

Reste à savoir si la «méthode Macron» fonctionnera avec des cheminots partis pour un printemps de mobilisation contre la réforme de leur entreprise, un des derniers bastions du mouvement syndical.