À 36 ans, Pete Buttigieg a tout juste l’âge minimum pour être président des États-Unis. Mais à l’extérieur de South Bend, dans l’Indiana, dont il est maire depuis l’âge de 29 ans, rares sont ceux qui connaissent son nom.

Démocrates en 2020: un mélange de vieux loups et de jeunes guerriers

SOUTH BEND, Ind. — Joe Biden, Bernie Sanders, Michael Bloomberg, Pete Buttigieg? Julian Castro? Tulsi Gabbard? Si les premiers sont bien connus, on ne peut pas en dire autant des autres, mais cela pourrait ne pas durer puisque les vieux loups démocrates qui brigueront la candidature de leur parti en vue de la présidentielle de 2020 risquent de devoir tout d’abord affronter de jeunes loups affamés.

À 36 ans, Pete Buttigieg a tout juste l’âge minimum pour être président des États-Unis. Mais à l’extérieur de South Bend, dans l’Indiana, dont il est maire depuis l’âge de 29 ans, rares sont ceux qui connaissent son nom.

Mais cela ne dissuade pas M. Buttigieg d’envisager une candidature à la présidentielle de 2020 contre une foule de législateurs bien plus connus, plus expérimentés et mieux financés.

Il fait partie des candidats potentiels qui estiment que les élections de 2016 et 2018 ont démontré que les électeurs recherchent un visage nouveau et que les anciennes règles de la politique - qui disent que les législateurs travaillent durement pendant des années dans les coulisses de l’État ou au Congrès avant d’aspirer à des postes plus élevés - ne s’appliquent plus. Ils profitent aussi des hésitations de certains démocrates à envoyer un autre membre de la vieille garde du parti affronter Donald Trump en 2020.

Julian Castro, l’ancien maire de San Antonio âgé de 44 ans, et Tulsi Gabbard, une femme de 37 ans qui représentent Hawaï au Congrès, se sont déjà lancés. D’autres continuent à réfléchir, comme l’ancien représentant Beto O’Rourke, 46 ans, qui a offert une chaude lutte au sénateur texan Ted Cruz, et Eric Swalwell, un représentant californien de 38 ans qui a visité certains des États qui seront les premiers à voter.

M. Castro pourrait devenir le premier Latino à remporter la nomination de son parti. M. Buttigieg, qui a épousé son mari l’année dernière, serait le premier candidat ouvertement homosexuel issu d’un grand parti politique.

«Je pense que la plupart des gens se disent, ‘pourquoi pas?’. Ils pensent que toutes les règles ont été fracassées et que tout le monde peut se présenter, a expliqué M. Buttigieg, qui annoncera ses intentions sous peu. Je pense que certaines règles ont été brisées, mais il n’y a qu’un seul moyen de savoir lesquelles.»

Il ne fait aucun doute que ces nouveaux venus risquent d’en arracher face à des poids lourds comme l’ancien vice-président Joe Biden, l’ancien maire de New York Michael Bloomberg et le sénateur du Vermont Bernie Sanders. Plus d’une demi-douzaine de sénateurs américains seront aussi de la fête.

Certains se demandent si des politiciens comme MM. Buttigieg et Castro sont vraiment sérieux et s’ils essaient de se positionner en vue d’un éventuel poste au sein du Cabinet, ou peut-être même de vendre plus de livres (celui de M. Castro a été publié à l’automne, celui de M. Buttigieg le sera le mois prochain).

Mais leurs candidatures ne sont pas écartées aussi facilement qu’elles l’auraient été dans le passé.

Les élections de 2018 ont contribué à briser ce moule, quand un groupe diversifié de néophytes, dont plusieurs briguaient leur premier poste politique, ont alimenté le retour des démocrates à la Chambre. Le taux de participation des électeurs âgés de 18 à 29 ans a augmenté pour atteindre 31 pour cent, son niveau le plus élevé depuis un quart de siècle lors d’élections à mi-mandat, selon une analyse du vote effectuée par l’université Tufts.

M. Buttigieg a renforcé son profil national lorsqu’il a quitté son emploi pour servir en Afghanistan en 2014, puis quand il a brigué (sans succès) la présidence du Comité national démocrate en 2017. Le président Barack Obama l’a mentionné après 2016 comme politicien à surveiller. (La sénatrice américaine Kamala Harris, une autre candidate possible pour 2020, en était une autre.)

En 2018, M. O’Rourke a utilisé les médias sociaux pour se bâtir un nom et récolter des millions de dollars, et pas seulement au Texas. Le mois prochain, il sera interviewé par Oprah Winfrey.

«Il est certain que les résultats de 2018 ont incité des candidats comme Pete (Buttigieg) à se dire, ‘il y a une place pour moi’», a expliqué Doug House, le président du comté démocrate de Rock Island, dans l’Illinois.

M. Buttigieg, qui aura 37 ans samedi, croit qu’il est possible que les jeunes électeurs se rallient autour d’un candidat plus jeune. Il dit qu’il a également bénéficié du soutien des électeurs plus âgés, qui l’ont aidé à remporter facilement deux mandats.

Les électeurs plus âgés sont «une composante importante de la façon dont j’ai été élu ici», a-t-il déclaré en déjeunant dans un café caché dans le marché des fermiers de South Bend, un des sites qui, selon lui, ont permis de redonner vie à la ville d’environ 100 000 habitants. La ville, voisine de l’Université Notre-Dame, a été durement touchée par le déclin de l’industrie manufacturière depuis la fermeture de l’usine Studebaker en 1963. Ce campus abrite à présent un parc technologique.

Ses parents travaillaient tous les deux à Notre-Dame, mais il a quitté la ville pour aller à Harvard, en partie parce qu’il a cru ceux qui disaient qu’il n’y avait pas d’avenir à South Bend.

M. Buttigieg fait valoir que, en tant que jeune candidat, il apporte une vision avant-gardiste de la politique et une conscience personnelle que les conséquences des changements climatiques ou des énormes déficits seront pas que théoriques.

«Vous avez simplement un certain état d’esprit basé sur le fait que - disons-le franchement - vous avez l’intention d’être ici en 2050», a-t-il lancé.

Il parle de faire partie d’une génération qui a fourni la plupart des troupes pour les guerres en Irak et en Afghanistan. Et il dit qu’il y a des avantages à ne pas être le candidat vedette dès le départ.

«Plus longtemps vous pourrez participer à ce processus sans être connu, plus vous pourrez conduire votre Chevrolet et dire bonjour aux gens», a illustré M. Buttigieg, qui conduit une Chevrolet Cruze.

M. House a fait la connaissance de M. Buttigieg l’année dernière lorsque le maire a remplacé Joe Biden en tant que conférencier lors d’un rassemblement annuel de démocrates de l’Illinois.

Par la suite, les 3000 personnes présentes dans la foule «ont déclaré à maintes reprises avoir assisté à l’événement pour voir un personnage historique important de notre parti - Joe Biden - mais qu’elles y ont rencontré l’avenir de notre parti», a dit M. House.