Tom Price aurait effectué pas moins de 26 déplacements en avions privés, des voyages qui ont coûté plus de 400 000 $ depuis le début de l'année. Le ministre démissionnaire n'aurait remboursé que 51 887 $ de ce montant.

Démission du secrétaire d'État à la santé américain

Donald Trump avait laissé entendre que ses jours étaient comptés, puis le couperet est tombé vendredi soir : Tom Price, secrétaire d'État américain de la Santé, a été contraint à la démission après les révélations sur son goût pour d'onéreux déplacements en jets privés.
Le nom de l'ancien élu de Géorgie vient s'ajouter à une longue liste de hauts responsables nommés puis limogés par le président américain au cours des derniers mois : Steve Bannon (ex-conseiller stratégique), Reince Priebus (ex-secrétaire général de la Maison-Blanche), Sean Spicer (ex-porte-parole) ou encore Michael Flynn (ex-conseiller à la sécurité nationale).
La polémique enflait depuis plusieurs jours à Washington et plaçait M. Trump, arrivé au pouvoir il y a huit mois sur la promesse d'un amaigrissement de l'administration fédérale, dans une situation de plus en plus inconfortable.
M. Price «a présenté sa démission et le président [Donald Trump] l'a acceptée», a indiqué l'exécutif américain dans un bref communiqué.
Quelques minutes plus tôt, le locataire de la Maison-Blanche avait clairement laissé entendre que M. Price pouvait se préparer à quitter la capitale fédérale.
«Je ne suis pas content, je peux vous le dire», avait-il déclaré lors d'un échange avec les journalistes depuis les jardins de la Maison-Blanche, affirmant avoir été «déçu» par son ministre.
Politico, qui a révélé l'affaire, avait décompté pas moins de 26 déplacements de Tom Price en avions privés depuis le début de l'année, pour un total dépassant 400 000 $.
Tentant de clore la polémique, M. Price avait annoncé jeudi soir qu'il rembourserait les frais correspondant à son siège et s'était engagé à ne plus voyager que sur des lignes régulières.
Mais il n'a fait qu'attiser les braises : selon Fox News, citant une source proche du ministre, le montant remboursé par le ministre n'était que de 51 887 $. Comme s'il considérait qu'il n'était pas concerné par les frais engagés pour ses collaborateurs.
Dès mercredi, nombre d'élus avaient réclamé sa démission. «Des voyages de luxe sur des jets privés ne sont pas une utilisation acceptable de l'argent des contribuables», a déclaré la sénatrice démocrate Patty Murray.
Les déplacements étaient de nature gouvernementale, a souligné le ministère, défendant la légalité des dépenses, mais ils incluaient des lieux où Tom Price possède des propriétés ou a des amis et de la famille. Par comparaison, les deux prédécesseurs au portefeuille de la Santé sous Barack Obama voyageaient exclusivement sur des lignes régulières.
Bouc émissaire?
Cet orthopédiste de 62 ans, qui fut élu de la Géorgie à la Chambre des représentants, paie aussi probablement le mécontentement de Donald Trump sur l'échec de la réforme d'Obamacare, loi emblématique de son prédécesseur démocrate.
En annonçant la nomination de M. Price, le président américain avait affirmé qu'il était «exceptionnellement qualifié pour mener à bien notre engagement d'abroger et de remplacer l'Obamacare».
Toutes les tentatives en ce sens ont depuis capoté au Congrès. Le dernier échec en date a eu lieu mardi lorsque les républicains ont renoncé, en l'absence des voix nécessaires, à soumettre au vote un texte en ce sens. Les promoteurs de l'abrogation ont affirmé qu'ils reviendraient à la charge l'an prochain. Mais à moyen terme, cette page est tournée.
En juillet, M. Trump avait menacé, dans une formule qu'il utilise régulièrement dans un demi-sourire qui met l'audience mal à l'aise, de limoger son ministre de la Santé s'il n'obtenait pas les votes nécessaires pour tenir cette promesse de campagne centrale.
«Il ferait mieux de les avoir, il ferait mieux de les avoir...» avait-il lancé, M. Price à ses côtés. «Sinon, je dirai : Tom, vous êtes viré!» avait-il ajouté dans une allusion à sa phrase-culte de l'émission de télé-réalité L'apprenti, dont il fut longtemps l'animateur.
Vendredi soir, la formule a pris une autre dimension.
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Le dernier d'une longue liste
Démissionnaire vendredi, Tom Price rejoint une longue liste de collaborateurs écartés par le président Trump. Voici les autres principaux personnages de l'administration Trump qui ont dû quitter leur fonction depuis l'entrée du président américain à la Maison-Blanche, le 20 janvier dernier.
Sebastian Gorka, le polémiste
Conseiller controversé du président américain, Sebastian Gorka a été accusé par ses détracteurs d'avoir des liens avec des groupes d'extrême droite. D'autres ont mis en doute les compétences qu'il dit avoir dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Il a quitté la Maison-Blanche le 25 août.
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Steve Bannon, le stratège
Le «président Bannon», comme était surnommé ce discret, mais très influent conseiller de l'ombre, a joué un rôle crucial dans la dernière ligne droite de la présidentielle remportée par Donald Trump, lorsqu'il a donné un virage résolument populiste à la campagne du milliardaire.
Proche de l'extrême droite, sa cohabitation avec d'autres ténors à la Maison-Blanche a tourné à la guerre interne, mais même hors de Pennsylvania Avenue, il a assuré qu'il continuera à se battre «pour Trump». Il a démissionné le 18 août, après 210 jours à la Maison-Blanche.
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Anthony Scaramucci, le communicateur
«The Mooch» était arrivé à la Maison-Blanche le 21 juillet pour en diriger la communication et colmater les fuites vers la presse, que Donald Trump ne supportait plus. Ironie du sort, c'est sa conversation quelques jours plus tard avec un journaliste du New Yorker, lors de laquelle il a tenu des propos insultants envers ses collègues de la Maison-Blanche, qui a précipité sa chute. Il a effectué le plus court séjour dans la Maison-Blanche version Trump : 10 jours.
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Reince Priebus, le secrétaire général
Ancien président du parti républicain, le discret Reince Priebus avait hérité du rôle stratégique de secrétaire général de la Maison-Blanche, mais n'a jamais réussi à imposer la discipline parmi les collaborateurs du président. Traité de «schizophrène paranoïaque» par Anthony Scaramucci (au New Yorker), il a quitté le navire le 31 juillet après 189 jours, face au manque de soutien de Donald Trump.
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Sean Spicer, le porte-parole
Il avait probablement le travail le plus délicat de la Maison-Blanche : sous-titrer pour la presse et le monde entier les propos du président Trump, un individu parfois brouillon, souvent provocateur, toujours imprévisible.
Dès le premier jour, la tâche est apparue complexe lorsqu'il a dû défendre contre toute évidence l'ampleur de la foule venue assister à l'investiture du milliardaire. Il a quitté les arcanes du pouvoir après 182 jours, le 21 juillet, poussé à la sortie par l'arrivée de «The Mooch».
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Michael Flynn, le conseiller
L'ex-conseiller à la sécurité nationale n'a tenu que 22 jours. Ancien chef du renseignement militaire américain très apprécié de Donald Trump, Mike Flynn a fait les frais, le 13 février, de l'affaire russe, dans laquelle son nom est cité et dont il est l'un des principaux protagonistes.