Les manifestations en réaction au décret de Donald Trump sur l'immigration a suscité colère et indignation partout dans le monde. Ce rassemblement spontané à Seattle a regroupé plus de 1000 personnes.

Décret de Trump: le monde musulman indigné et en colère

La décision de Donald Trump de suspendre l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays provoque une vague d'indignation dans le monde musulman, où certains préviennent qu'une telle mesure va faire le jeu de l'extrémisme.
L'Iran est le pays qui a réagi le plus vivement à cette décision jugée «insultante» en annonçant le principe de réciprocité aux voyageurs américains.
Aucun des six autres pays concernés (Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) n'a pris une telle mesure, et certains d'entre eux n'avaient pas officiellement réagi dimanche. C'était notamment le cas de l'Irak, dont les autorités sont fortement soutenues par les Etats-Unis dans leur lutte pour chasser le groupe État islamique (EI) du pays.
Mais une importante coalition de groupes paramilitaires irakiens qui participe à la bataille pour reprendre Mossoul aux djihadistes de l'EI a appelé Bagdad à refuser désormais l'entrée des Américains en Irak.
«"Nous réclamons que les Américains soient empêchés de se rendre en Irak, ainsi que le départ de ceux qui sont déjà présent», dans le pays, a déclaré le Hachd al-Chaabi (mobilisation populaire) dans un communiqué.
«Une insulte»
En Iran, la presse tirait dimanche à boulets rouges sur le décret signé par le nouveau président américain: «Les États-Unis coupent leurs relations avec le peuple iranien», selon le grand quotidien Hamshahri; «Le mur de Trump est arrivé jusqu'en Iran», titre le journal réformateur Shahrvand, alors que le quotidien conservateur Javan dénonce «l'ordre raciste».
Pour le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, la décision de M. Trump va avoir l'effet inverse de son objectif de lutter contre le terrorisme. Car elle sera perçue «comme un grand cadeau aux extrémistes et à leurs protecteurs», a-t-il réagi dimanche dans un tweet.
«Cette discrimination collective aide les terroristes à recruter en creusant la fracture initiée par les démagogues extrémistes» alors que «la communauté internationale a besoin de dialogue et de coopération pour s'en prendre aux racines de la violence et de l'extrémisme», notamment au Moyen Orient, a-t-il ajouté.
Bien que n'étant pas concernée par l'interdiction, l'Indonésie, le pays comptant le plus grand nombre de musulmans, a également «profondément regretté» une décision qui «pourrait affecter la lutte globale contre le terrorisme». «Il est faux de lier l'extrémisme et le terrorisme à une religion en particulier», a ajouté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Arrmanatha Nasir.
Cette nouvelle politique «va causer un tort énorme à des dizaines de milliers de personnes» fuyant «la guerre et les persécutions» mais «fera peu contre le terrorisme», a estimé Hanan Salah, une experte spécialiste de la Libye à Human Right Watch (HRW).
Concernée directement puisqu'elle a été empêchée samedi soir de prendre l'avion pour les Etats-Unis, Maryam, une Iranienne de 44 ans s'interrogeait sur le choix des sept pays.
«Ils ont un problème avec les musulmans, mais pourquoi n'ont-ils pas interdit les ressortissants des autres pays musulmans comme les Emirats arabes unis, le Qatar ou l'Arabie saoudite? (...) C'est une insulte», a réagi cette femme qui avait obtenu sa «carte verte» (permis de résidence aux États-Unis) en octobre après 14 ans d'attente.
Des internautes se demandaient aussi selon quelle logique l'Afghanistan et le Pakistan n'étaient pas inclus dans la liste des pays concernés.
Une caricature publiée dimanche dans le journal iranien <em>Shahrvand</em>
«Illégitime»
Dans le Yémen en guerre, le «gouvernement» dirigé par les rebelles chiites Houthis à Sanaa, non reconnu par la communauté internationale, a dénoncé le décret de M. Trump, jugeant qu'il était «illégal et illégitime» de «classer le Yémen et ses citoyens comme étant source de terrorisme ou d'extrémisme».
Au Soudan, autre pays concerné par le décret, le ministère des Affaires étrangères a déploré que cette décision intervienne après la levée «historique» de sanctions économiques américaines le 13 janvier.
En Syrie, ni le régime ni les différents groupes rebelles n'avaient réagi à l'annonce. Le silence était également de mise en Libye, où les États-Unis risquent de voir leur influence reculer.
«Cela va créer un vide (...) qui sera rempli par des acteurs régionaux comme l'Égypte, l'Algérie, la Turquie, des pays du Golfe, ou des puissances comme la Russie qui joue un rôle de plus en plus actif en Libye», souligne Mohamed Eljareh, chercheur à l'Atlantic Council.
L'Amérique a besoin de «frontières fortes» et de «vérifications extrêmes» a déclaré Donald Trump dimanche sur son compte Twitter, dans une apparente réaction au revers judiciaire imposé à son décret sur l'immigration par une juge américaine.
«Regardez ce qui se passe en Europe et, en effet, dans le monde - chaos horrible»" a ajouté le président américain, fidèle à une routine désormais établie de commenter l'actualité de la veille depuis son compte personnel sur Twitter.
Sa réaction semble avoir été provoquée par la couverture de cette affaire par le New York Times auquel il a consacré son premier tweet de la matinée pour qualifier le quotidien de référence de «FAKE NEWS» (fausses informations) en suggérant que quelqu'un le rachète pour le «remettre en ordre ou l'enterrer dignement».
Un juge fédéral de Brooklyn, saisi par plusieurs associations de défense des droits de l'homme, a ordonné samedi soir l'arrêt des expulsions de ressortissants des sept pays musulmans concernés par le décret présidentiel - Iran, Irak, Yémen, Somalie, Libye, Syrie, Soudan - disposant des papiers les autorisant à entrer aux États-Unis.
Irak: appel à refuser les Américains
BAGDAD - Une importante coalition paramilitaire irakienne, dominée par les milices chiites qui combattent les djihadistes, a appelé dimanche Bagdad à interdire d'entrée les Américains en réaction à la décision de Washington d'empêcher les citoyens de plusieurs pays, dont l'Irak, de se rendre aux États-Unis.
 La Maison-Blanche a annoncé vendredi avoir interdit pendant trois mois l'arrivée aux États-Unis de ressortissants de sept pays majoritairement musulmans, dont l'Irak, une mesure visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux».
Ces groupes paramilitaires rassemblés sous l'ombrelle du Hachd al-Chaabi (Mobilisation populaire) sont engagés aux côtés des troupes américaines pour reprendre la deuxième ville du pays, Mossoul, aux djihadistes du groupe État islamique (EI).
«Après la décision du président américain d'interdire l'entrée aux citoyens irakiens aux États-Unis, nous réclamons que les Américains soient empêchés de se rendre en Irak, ainsi que le départ de ceux qui sont déjà présent» dans le pays, a plaidé le Hachd dans un communiqué.
Soldats américains
Le texte ne précise pas si cet appel concerne le personnel militaire américain déployé en Irak, et le porte-parole n'était pas disponible dans l'immédiat pour réagir.
Les États-Unis, qui comptent plus de 4800 soldats en Irak, sont à la tête depuis septembre 2014 d'une coalition internationale antidjihadiste qui soutient les forces irakiennes dans leur guerre contre l'EI. Washington fournit notamment un appui aérien et stratégique dans la vaste offensive lancée le 17 octobre pour chasser les djihadistes de leur fief de Mossoul.
De son côté, le Hachd al-Chaabi a joué un rôle majeur pour stopper l'avancée des djihadistes dans le pays en 2014, mais a ensuite fait l'objet d'accusations répétées pour des exécutions sommaires, enlèvements et destruction de propriétés au cours de la lutte anti-EI.
La décision de M. Trump a conduit à l'arrestation de nombreux réfugiés arrivant dans les aéroports américains, suscitant de vives protestations et la condamnation des organisations de défense des droits de l'Homme.
Ces restrictions risquent d'aliéner les citoyens et le gouvernement d'un pays qui combat les djihadistes, présentés par le président américain comme une menace majeure pour les États-Unis.