Serge Dassault

Décès de Serge Dassault: un avionneur et patron de presse au parcours entaché par les affaires

PARIS — L'industriel de l'armement français, Serge Dassault, décédé lundi à 93 ans, a construit sa vie dans les pas de son père, grand avionneur militaire et patron de presse, et su faire fructifier son héritage, mais les affaires politiques ont fini par éclipser ses réussites.

L'héritier de l'empire Dassault a longtemps vécu dans l'ombre imposante du pionnier de l'aéronautique Marcel Bloch-Dassault, déporté, génial ingénieur des Ouragan, Mystère IV, Mirage et Rafale, patron du magazine Jours de France, député gaulliste, décédé en 1986 à l'âge de 94 ans.

Entré à l'âge de 26 ans dans l'entreprise familiale, son fils, polytechnicien, ingénieur aéronautique, né le 4 avril 1925, n'a pu longtemps ne faire ses preuves qu'au sein de la filiale Dassault Électronique dont il devient PDG en 1967.

«Quand je suis entré dans l'entreprise, j'ai senti que ça l'embêtait», avait-il confié à l'hebdomadaire VSD à propos de son père.

Serge «tombé dans la marmite» de l'aviation, «voulait entreprendre, il voulait des postes plus importants. Mais il n'y avait pas de place pour deux», raconte à l'AFP l'historien Claude Carlier, auteur de plusieurs livres sur Marcel et Serge Dassault.

Chez Dassault Électronique, ses capacités suscitent des jugements contradictoires. Sagace et rusé pour certains, naïf, sans diplomatie et «au style plutôt abrupt», pour d'autres.

Quand Marcel Dassault disparaît, Serge est jugé trop falot par l'État, actionnaire à 46% de Dassault Aviation et majoritaire en droits de vote. Il réussira néanmoins, après six mois de bataille, à lui succéder.

Il s'imposera ensuite en courant la planète pour vanter ses Mirage et Rafale mais aussi ses avions d'affaires Falcon. Cela lui vaut des déboires avec la justice belge, qui le condamne en 1998 à deux ans de prison avec sursis pour corruption active.

En 2000, il décide de céder la présidence de Dassault Aviation, mais conserve celle de la holding familiale Groupe Industriel Marcel Dassault (GIMD).

Entre temps, Serge Dassault, engagé dans les partis de droite RPR puis UMP, à la fois tenant du libéralisme et de la participation, se lance dans la vie politique.

Patron de presse sur le tard

Conseiller général de l'Essonne, dans la région parisienne, de 1988 à 2004 -un siège qu'il retrouve en 2015 à la suite de la démission de son bras droit Jean-Pierre Bechter-, il prend en 1995, à l'issue d'une lutte de 18 ans, la mairie de Corbeil-Essonnes, près de Paris, au Parti communiste, avant de devenir sénateur en 2004.

Les ennuis commencent en 2009 et l'annulation de sa réélection un an plus tôt comme maire par le Conseil d'Etat qui le déclare inéligible pour un an en raison de "dons d'argent". Il passe alors le relais à M. Bechter.

Le milliardaire reste profondément attaché à Corbeil et en 2015, la municipalité baptise une avenue Serge Dassault, pour ses 90 ans.

Son nom a été associé à des scandales liés à des affaires d'achat de votes, de blanchiment et de comptes dissimulés.

En février 2017, il écope d'une peine de cinq ans d'inéligibilité et 2 millions d'euros d'amende pour avoir caché au fisc pendant 15 ans des comptes à l'étranger.

Quelques mois plus tard, Serge Dassault, sénateur LR (droite) de l'Essonne, renonce à briguer un nouveau mandat. Il devait être jugé la semaine prochaine en appel pour cette affaire.

En 2014, il est inculpé dans une enquête sur des soupçons d'achat de votes à Corbeil-Essonnes en faveur de Jean-Pierre Bechter en 2009 et 2010.