Evo Morales, 60 ans, est au pouvoir depuis 2006. Il a été réélu pour un quatrième mandat allant jusqu'en 2025, mais l'opposition ne reconnaît pas cette élection qu'elle estime entachée de fraude et réclame sa démission.

Dans une Bolivie sous haute tension, Morales lance un appel au dialogue

LA PAZ — Dans une Bolivie sous haute tension, avec des mutineries d'unités policières et l'occupation de médias d'État par des manifestants, le président Evo Morales a lancé samedi un appel au dialogue qui a aussitôt été rejeté par l'opposition.

«Je lance un appel au dialogue avec les partis qui ont obtenu des sièges au Parlement lors des dernières élections générales, soit quatre partis», a déclaré M. Morales, 60 ans, dans un discours à la nation prononcé sur la base aérienne d'El Alto, au cours duquel il a aussi appelé les policiers mutinés à mettre fin à leur mouvement.

Outre l'élection de nouveaux parlementaires, le scrutin du 20 octobre dernier a abouti à la réélection à la présidence du leader indigène de gauche, au pouvoir depuis 2006, pour un quatrième mandat jusqu'en 2025.

Mais l'opposition ne reconnaît pas cette élection, qu'elle estime entachée de fraude et réclame sa démission. La vague de contestation qui a éclaté dès le lendemain du scrutin a fait trois morts et 200 blessés.

En revanche, M. Morales n'a pas appelé au dialogue les puissants comités de la société civile qui ont lancé le mouvement de protestation contre sa réélection.

«Rien à négocier»

Quelques minutes après cette allocution, Carlos Mesa, ancien président bolivien et principal rival de M. Morales lors du scrutin d'octobre, a rejeté sa proposition. «Je n'ai rien à négocier avec Evo Morales et avec son gouvernement», a-t-il déclaré.

Parmi les autres dirigeants politiques invités au dialogue, Ruben Costas, du parti Bolivia Dijo No, a également refusé d'y participer.

Les deux autres partis concernés sont le Mouvement vers le socialisme (MAS) de M. Morales et le Parti démocrate chrétien, une formation d'opposition.

Nouveau signe de la montée des tensions en Bolivie, une foule de manifestants hostiles à M. Morales a occupé samedi à La Paz les sièges de deux médias d'État, Bolivia TV et Radio Patria Nueva, et a contraint leurs employés à quitter les lieux.

«Nous avons été chassés par la force après avoir reçu des menaces de personnes qui s'étaient rassemblées» devant l'immeuble dans lequel se trouvent ces deux médias, a déclaré par téléphone à l'AFP Ivan Maldonado, le directeur de Radio Patria Nueva.

Insultes

Plusieurs dizaines d'employés ont été vus en train de quitter le bâtiment en se tenant par les mains et sous les insultes de quelque 300 personnes rassemblées sur place. Par la suite, Bolivia TV et Radio Patria Nueva ne diffusaient plus que de la musique.

M. Morales a condamné l'occupation de ces médias par des manifestants. «Ils disent défendre la démocratie, mais ils agissent comme en dictature», a-t-il écrit sur Twitter.

Peu après, une radio du syndicat paysan CSUTCB à La Paz a également été envahie par des manifestants, selon un autre tweet de M. Morales qui a condamné «une attaque lâche et sauvage». «Dans le style des dictatures militaires, les putschistes attaquent des sièges syndicaux», a écrit le président.

«La situation en Bolivie est très grave. Le dialogue convoqué aujourd'hui est urgent», a écrit sur Twitter le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, confiant que son pays avait «déjà des demandes d'asile en cours», sans plus de précision.

Dans la soirée, des incidents avaient toujours lieu à El Alto, ville collée à La Paz et considérée comme un bastion d'Evo Morales, selon des médias locaux.

Vendredi, 17 jours après le début des manifestations contre la réélection de M. Morales, trois unités de la police se sont mutinées dans la ville de Cochabamba (centre), puis à Sucre (sud, capitale constitutionnelle de la Bolivie) et à Santa Cruz, une région riche de l'est du pays et un bastion de l'opposition.

«Coup d'État»

Les mutineries se sont étendues dans la nuit de vendredi à samedi aux autres régions, selon les médias locaux.

«Notre démocratie est en danger à cause du coup d'État en cours que des groupes violents ont lancé contre l'ordre constitutionnel. Nous dénonçons devant la communauté internationale cette attaque contre l'État de droit», avait écrit M. Morales sur Twitter vendredi soir.

Le ministre de la Défense Javier Zavaleta a toutefois exclu une intervention militaire contre les mutins.

Le Mouvement vers le socialisme (MAS) au pouvoir a appelé militants, organisations sociales et sympathisants à se rassembler samedi à La Paz pour défendre la réélection de M. Morales.

Jusqu'à maintenant les rues de La Paz ont été surtout occupées par des manifestants de l'opposition.

Un des principaux dirigeants régionaux de l'opposition, qui réclame la démission de M. Morales, a assuré samedi que la pression sur le président ne faiblirait pas. «Aujourd'hui, la pression [dans la rue] se poursuit, nous ne pouvons pas nous reposer, nous ne pouvons pas faire un pas en arrière», a lancé Marco Pumari, de Potosi (sud-ouest).