Le Californien James Moser et sa famille attendent devant le comptoir de la compagnie aérienne Delta à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, à Paris, afin de rentrer aux États-Unis. 

Coronavirus: Trump sème la confusion

WASHINGTON — Donald Trump voulait rassurer, fixer un cap, démontrer sa capacité à diriger. Il a échoué.

Messages contradictoires, approximations, vantardises, contre-vérités : depuis plusieurs semaines, le président des États-Unis sème la confusion sur le coronavirus. Sa prise de parole, mercredi soir depuis le Bureau ovale, n’a fait qu’alimenter un peu plus les inquiétudes, des investisseurs comme des autres.

Lors d’une allocution décousue de 10 minutes, oscillant entre la reconnaissance de la gravité de la crise et sa volonté d’en minimiser la portée, le dirigeant de la première puissance mondiale a mis en avant des initiatives économiques inabouties. Et annoncé, avec plusieurs erreurs qui ont dû être rectifiées par ses équipes a posteriori, des restrictions de voyage.

La principale mesure, la fermeture pour 30 jours des frontières des États-Unis à tous les voyageurs en provenance d’Europe (à l’exception des Américains), a suscité de vives interrogations sur son efficacité face une pandémie qui a fait plus de 4600 morts à travers le monde et affolé les marchés financiers.

Les critiques sont venues de ses adversaires démocrates, mais aussi de la communauté scientifique et même de son propre camp.

Thomas Bossert, son ancien conseiller à la sécurité intérieure, n’a pas caché ses réserves. «Dans deux semaines, nous regretterons d’avoir perdu du temps et de l’énergie sur ses restrictions de voyage», a-t-il tweeté, estimant qu’il aurait été infiniment préférable de se concentrer sur la «préparation des hôpitaux» et des communautés particulièrement touchées.

«“L’Amérique d’abord” est une réponse dangereusement court-termiste face à une crise mondiale de cette ampleur», a réagi Iann Bremmer, fondateur du think tank Eurasia Group.

Au-delà de ses décisions, le choix des mots a aussi fait grincer des dents. Dès le début de son allocution, Donald Trump a parlé, à dessein, du «virus étranger».

Or ce président qui, en, campagne, stigmatisait les Mexicains «violeurs», n’en est pas, loin s’en faut, à son coup d’essai sur ce thème.

«Construction en cours. Nous avons plus que jamais besoin d’un mur!» tweetait-il 10 mars en réponse à un autre tweet mettant en garde contre la propagation du «virus de Chine»

Pour Richard Haass, président du Council on Foreign Relations, le discours de mercredi soir était d’abord remarquable par sa «xénophobie».

L’appel au rassemblement formulé par l’ancien homme d’affaires de New York n’aura par ailleurs duré que quelques heures. «Nous avons un ennemi commun, l’ennemi du monde, c’est le coronavirus», tweetait-il mercredi, appelant les médias, qu’il attaque sans relâche, à l’unité.

«Virus et leadership»

Quelques heures avant l’allocution présidentielle, Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des maladies infectieuses et figure emblématique de la recherche aux États-Unis, avait, devant le Congrès, fait une série de mises au point.

Ses réponses précises, simples, directes — «basées sur la science», a-t-il insisté — ont sonné comme autant de rectifications aux approximations présidentielles sur le virus qui fait trembler la planète.

«Nous ne savons pas ce que ce virus va faire, a-t-il martelé. Nous espérerons qu’avec un temps plus chaud il ira en diminuant. Mais nous ne pouvons travailler sur la base de cette hypothèse. Nous nous devons de prendre comme hypothèse de travail que cela va devenir de pire en pire.»

+

INQUIETS, DES TOURISTES AMÉRICAINS VEULENT RENTRER EN EUROPE

AÉROPORT DE ROISSY — Fin de vacances dans la confusion : de nombreux touristes américains qui craignent d’être bloqués en Europe se sont précipités jeudi dans plusieurs aéroports européens pour rentrer au pays, après l’annonce surprise de Donald Trump d’interdire l’entrée des États-Unis aux Européens pour endiguer le coronavirus.

«C’est confirmé, on a des sièges?» s’enquiert à Roissy auprès de sa mère Kate Mendhan, une Américaine de 22 ans venue passer une semaine de vacances à Paris pendant la relâche. Cette étudiante en droit devait initialement regagner Minneapolis dimanche, mais elle a avancé son départ à vendredi matin.

Aux yeux de Carole Mendhan, la mère de Kate, «si Donald Trump fait ça, c’est juste pour être réélu» en 2020. «C’est politique, c’est tout», dit-elle à l’AFP, dépitée de raccourcir son voyage sans avoir eu le temps de «voir Versailles».

En cause : l’annonce surprise de Donald Trump d’une suspension pour 30 jours de l’entrée aux États-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe, afin d’endiguer la pandémie de coronavirus que le président américain a qualifié de «virus étranger».

La mesure entrera en vigueur vendredi à minuit, heure de Washington.

Elle s’appliquera à toute personne ayant séjourné dans l’espace Schengen au cours des 14 jours précédant leur arrivée prévue aux États-Unis, mais fait une exception pour les Américains et les résidents permanents.

Cela a pourtant semé la confusion parmi les touristes américains, dont des dizaines ont afflué quelques heures après l’annonce dans plusieurs aéroports européens.

«C’est un peu décevant. Il y a plusieurs personnes ici pour qui c’est la première visite à Paris, ça va être triste», déplore ainsi Michelle, touriste originaire de Salt Lake City, qui devait séjourner à Paris et Londres.

À l’aéroport londonien d’Heathrow, de longues files d’attente s’étaient formées devant les comptoirs des compagnies American Airlines, Virgin et Delta — qui ont toutes plusieurs vols par jour en direction de villes américaines.

«On vient de sortir de l’avion et on va repartir tout de suite, c’est pas croyable !» lance Tiara Streng, 29 ans, originaire du Colorado, qui fait la queue pour réserver un vol avec trois amis. «C’est vraiment ridicule», peste-t-elle à propos de l’annonce de Trump.

Son groupe d’amis a voyagé depuis le Colorado dans la nuit pour un séjour de 10 jours en Europe, notamment une excursion en Irlande à l’occasion de la Saint-Patrick et qui a été annulée.

«On a reçu tous ces messages seulement lorsqu’on a atterri...» témoigne une autre touriste, Brooke Ward, 32 ans. «On s’est demandé si on devait rester. Évidemment, on n’a aucune envie de repartir, mais on s’est dit que c’était préférable...».

Son compagnon de voyage Deepi, 28 ans, ajoute : «notre famille, British airways, en fait tout le monde nous a conseillé de rentrer; ils disent que c’est mieux», soulignant qu’il craignait aussi que les États-Unis «annoncent demain qu’il faut qu’on rentre tous à la maison».

«Le plus vite possible»

«Nos employeurs nous ont déjà dit que l’on devrait être en quarantaine en rentrant», confie Streng, qui voyage avec ses amis Brooke et Deepi. Ils travaillent tous les trois dans un hôpital.

Ils espèrent que la compagnie British Airways échangera leurs billets sans frais.

À l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, des passagers tentaient aussi jeudi de trouver un vol pour les États-Unis — certains portant des masques —, faisant notamment la queue devant le comptoir de la compagnie néerlandaise KLM.

«Je devais aller voir ma famille à New York lundi, mais maintenant, je ne sais pas ce que je vais faire...», lâche Morena, 30 ans, qui vit à Rotterdam.

À Roissy Charles-de-Gaulle, la fréquentation a déjà chuté à environ 100 000 passagers contre 200 000 à 260 000 habituellement, selon une source aéroportuaire. L’annonce de Trump impacte en particulier quatre compagnies aériennes : Delta, American Airlines, Air France et Norwegian, a précisé cette source. AFP