Lundi soir, Rome a décidé de limiter strictement les déplacements de tous les Italiens, et d’interdire tout rassemblement, en étendant à tout le pays les mesures confinant chez elle déjà, dans le Nord, un quart de la population nationale.
Lundi soir, Rome a décidé de limiter strictement les déplacements de tous les Italiens, et d’interdire tout rassemblement, en étendant à tout le pays les mesures confinant chez elle déjà, dans le Nord, un quart de la population nationale.

Coronavirus: l'Italie tente d'éviter «l'infarctus économique»

ROME — Déjà vacillante, l’économie italienne risque de tomber en récession, l’épidémie de Covid-19 paralysant les régions les plus productives du pays, entièrement concerné maintenant par des mesures drastiques de confinement. 

Lundi soir, Rome a décidé de limiter strictement les déplacements de tous les Italiens, et d’interdire tout rassemblement, en étendant à tout le pays les mesures confinant chez elle déjà, dans le Nord, un quart de la population nationale.

«Les mesures restrictives qui ont été prises concernant des territoires d’une grande importance pour l’économie italienne auront des conséquences sur les activités économiques liées aux transports, au divertissement et à la vie sociale», reconnaissait lundi le ministère italien de l’Économie dans un communiqué.

«Il faut souligner cependant que les activités de production et l’administration publique continueront à fonctionner normalement», rappelle le ministère.

À Rome ou Naples, des supermarchés de nuit ont été pris d’assaut par des Italiens apeurés par le décret gouvernemental, ont constaté des médias italiens.

Pommes de terres, biscottes, lait, sucre, farine, mais aussi savons et désinfectants, partent en premier des rayonnages, comme en temps de guerre, souligne un vendeur interrogé par l’agence de presse Ansa.

Les trois régions les plus riches et les plus dynamiques d’Italie sont également les plus touchées par le coronavirus: la Lombardie, la Vénétie et l’Emilie-Romagne.

Selon des chiffres datant de 2017 de l’Institut national des statistiques (Istat) ces trois régions, sur les 20 que compte l’Italie, représentaient 40,1% du produit intérieur brut (PIB) mais seulement 31,5% de la population, et sont donc les plus productives de la péninsule.

Le gouvernement avait pris dimanche des mesures inédites pour endiguer l’épidémie qui a déjà contaminé 9.172 personnes et causé 463 morts dans le pays.

Les entrées et sorties d’une vaste zone dans le nord qui allait de Milan, capitale économique, à Venise, haut lieu du tourisme mondial, étaient étroitement limitées. Le reste du pays va maintenant s’aligner.

Toutes les manifestations culturelles, sportives ou religieuses sont interdites et les discothèques, pubs, écoles de danse et autres lieux similaires devront également fermer leurs portes jusqu’au 3 avril, selon le décret.

Risque de récession 

L’Italie maintient ses échanges avec le reste du monde. «Le secteur manufacturier ne peut pas se permettre le télétravail et dans des secteurs essentiels, comme l’alimentation et la pharmacie, les conséquences du blocus du pays auraient été dramatiques, un “infarctus économique”, selon un banquier», cité lundi par le Corriere della Sera, principal tirage de la péninsule.

Pour éviter ce scénario catastrophe, «le gouvernement prépare des mesures de soutien en faveur des travailleurs et des entreprises sur tout le territoire national et, en particulier, dans les secteurs et les territoires les plus touchés», précise le ministère de l’Économie.

«Les mesures de politique économique qui sont en phase de définition seront donc vigoureuses, mais proportionnelles aux exigences et limitées dans le temps», assure le ministère.

«Personne n’a une idée précise des conséquences économiques du coronavirus. Beaucoup dépendra de sa durée et de la capacité du système économique à récupérer après la crise», écrit Il Sole-24 Ore, le principal quotidien économique.

«Dans le cas italien, les problèmes sont aggravés par le fait que le choc produit par le virus vient se greffer sur une économie déjà en difficulté et une situation des finances publiques très fragile», poursuit le titre.

«Pour l’Italie, dans le meilleur scénario, nous prévoyons une croissance nulle (en 2020). Avec un premier trimestre négatif, suivi d’une lente récupération», a déclaré il y a une semaine la chef économiste de l’OCDE, Laurence Boone.

En 2019, la péninsule a connu, avec +0,3%, son pire chiffre de croissance depuis 2014, année où le produit intérieur brut (PIB) avait fait du surplace.

L’économie italienne, la troisième de la zone euro, est traditionnellement tirée par l’export et a été déjà durement affectée par le ralentissement européen, notamment de l’Allemagne, par les tensions commerciales au niveau mondial et les incertitudes au niveau politique, avant même d’être touchée par l’épidémie de coronavirus.

Lors d’une journée noire pour les marchés financiers mondiaux, la Bourse de Milan avait terminé lundi la séance sur une chute de 11,17%, à 18.476 points.