Une semaine après le début du confinement généralisé, l’Italie a enregistré 475 décès en 24 heures, le plus grave bilan quotidien dans un seul pays.
Une semaine après le début du confinement généralisé, l’Italie a enregistré 475 décès en 24 heures, le plus grave bilan quotidien dans un seul pays.

Coronavirus: l’«ennemi de l’humanité»

ROME — L’Italie a enregistré mercredi un record quotidien absolu de décès dus au nouveau coronavirus, devenu plus meurtrier en Europe qu’en Asie, suscitant de nouvelles déclarations martiales à travers le monde à l’instar d’un Donald Trump mué en président de «temps de guerre».

Qualifié d’«ennemi de l’humanité» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus a refait plonger les bourses en dépit des milliards d’aide économique annoncée.

Partie de Chine en décembre, la maladie COVID-19 a déjà tué plus de 8700 personnes à travers le monde et plus de 209 500 cas ont été recensés dans 150 pays et territoires. Ce qui a incité plusieurs pays encore réticents à prendre des mesures draconiennes voire de confinement, qui concernent déjà plus d’un demi-milliard de personnes appelées à rester chez elles dans le monde.

Le Royaume-Uni, où le seuil des 100 morts a été franchi, a ainsi ordonné la fermeture des écoles à compter de vendredi. Selon l’UNESCO, plus de 850 millions de jeunes dans le monde, soit près de la moitié des élèves et étudiants, doivent déjà rester chez eux.

Premier mort en Afrique subsaharienne

Les frontières d’Israël seront fermées, comme celle entre les États-Unis et le Canada, après bien d’autres.

Tandis que le Portugal s’apprête à décréter l’état d’urgence et le Pérou instaure un couvre-feu nocturne, les Belges, après les Italiens ou les Français, ont à leur tour découvert la vie à la maison, avec des exceptions pour les courses indispensables ou l’activité physique.

Le centre de Paris, avec ses grands boulevards habituellement grouillants de vie, a des allures de ville morte. Le trafic automobile est quasi nul.

Gare aux contrevenants : la police française a dressé mercredi 4095 amendes pour non-respect du confinement obligatoire.

La pandémie a en effet encore accéléré sa progression en Europe, avec 107 nouveaux décès en Espagne en un jour et 89 en France.

Mais c’est en Italie, désormais en toute première ligne, que la planète guette le «pic» de l’épidémie pour savoir à quoi s’attendre dans chaque pays. Et il ne semble pas encore atteint : une semaine après le début du confinement généralisé, la péninsule a enregistré 475 décès en 24 heures, le plus grave bilan quotidien dans un seul pays, dépassant même les données chinoises au plus fort de la maladie à Wuhan, son premier épicentre.

Danger «sous-estimé» 

Mercredi à 18h30, au moins 8784 décès ont été recensés dans le monde, la majorité en Europe (4112) et en Asie (3384).

Le coronavirus a aussi fait un premier mort en Afrique subsaharienne, au Burkina Faso.

L’Afrique doit «se réveiller» et se «préparer au pire», a prévenu le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Au-delà, il a appelé la planète à se «rassembler» contre cet «ennemi commun, un ennemi de l’humanité».

Après avoir peut-être tous «sous-estimé» le danger, de l’aveu de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les dirigeants multiplient les déclarations tonitruantes pour afficher leur prise de conscience.

Lors d’une allocution solennelle et inédite à la télévision, la chancelière allemande Angela Merkel évoqué «le plus grand défi» qu’ait connu son pays depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et Donald Trump, qui a minimisé la menace selon 52 % Américains interrogés dans un sondage, a confirmé son changement de ton en invoquant l’exemple des «sacrifices» faits par la génération qui a combattu les nazis.

«Maintenant c’est notre tour. Nous devons nous sacrifier ensemble», a-t-il ajouté depuis la Maison-Blanche, se comparant à «un président en temps de guerre» face à un «ennemi invisible».

Dans la foulée, le Congrès américain a adopté un plan d’aide sociale de 100 milliards de dollars pour les travailleurs touchés par l’impact de l’épidémie, tandis que les négociations se poursuivaient pour un plan de relance autrement plus ambitieux qui pourrait atteindre 1300 milliards.

Mais cette pluie de milliards promise dans de nombreux pays et la bouffée d’oxygène également octroyée par les banques centrales restent insuffisantes pour calmer les marchés : les principales places boursières européennes et Wall Street ont balayé leur rebond de la veille et creusé leurs pertes.

Car le monde économique est de plus en plus à l’arrêt. General Motos et Ford ont ainsi annoncé la suspension de leur production de voitures en Amérique du Nord.

La pandémie menace jusqu’à 25 millions d’emplois à travers le monde, en l’absence de réponse coordonnée à l’échelle internationale, a averti l’Organisation internationale du travail.

De nombreux événements culturels ont déjà été annulés. Dernier en date : le concours de l’Eurovision de la chanson, prévu en mai aux Pays-Bas.

Mais aucune décision n’a encore été prise concernant les Jeux olympiques de Tokyo, rendez-vous sportif le plus attendu au monde, aux énormes enjeux financiers, prévu cet été.

«Gestes de tendresse»

En Grande-Bretagne et en Norvège, les gouvernements tentent d’obtenir des pouvoirs extraordinaires pour faire face au virus, pendant que d’autres tentent de faire face à l’afflux de malades dans les hôpitaux.

L’Allemagne va doubler le nombre de lits d’assistance respiratoire et transformer des hôtels et des halles en hôpitaux afin de diminuer la pression sur les services de soins intensifs, tandis que Donald Trump va envoyer à New York un navire-hôpital doté de 1000 chambres et de salles d’opération.

Plus original, le plus grand stade d’Irlande, Croke Park, va servir de laboratoire «drive-in» où les Irlandais pourront se faire tester sans sortir de leur voiture.

S’il reste recommandé d’éviter les contacts physiques, le pape François a rappelé aux familles confinées l’importance «des gestes de tendresse», comme «un plat chaud, une caresse, un câlin, un appel téléphonique».

Pendant que l’Europe se terre, la Chine sort prudemment de son hibernation virale : le nombre de nouvelles contaminations se rapproche chaque jour de zéro et le pays commence à renouer avec un semblant de vie.

«J’ai eu très peur», confie Zhang Min, entrepreneur de 50 ans, croisé à Shanghai. «À présent tout va bien. Pas comme à l’étranger, où les gens dévalisent les supermarchés.»