La rencontre entre Donald Trump et le président sud-coréen Moon Jae-In a débuté par un dîner jeudi soir à la Maison-Blanche.

Corée du Nord: Donald Trump change de ton face à Pékin

Donald Trump a changé de ton jeudi face à Pékin dans la gestion du dossier nord-coréen en annonçant, pour la première fois, des sanctions contre une banque chinoise, quelques heures avant la réception à la Maison-Blanche du président sud-coréen Moon Jae-In.
Si son administration a martelé que ces sanctions ne visaient «en aucune façon» la Chine, principal soutien économique de Pyongyang, la démarche marque un tournant pour le président américain qui a, pendant plusieurs mois, salué la bonne volonté du président Xi Jinping pour tenter de faire renoncer la Corée du Nord à ses programmes nucléaire et balistique.
L'annonce concrétise un changement de pied qu'il avait laissé entrevoir il y a 10 jours dans un tweet dans lequel il déplorait que les efforts chinois n'aient «pas fonctionné».
Accusée d'avoir facilité des transactions au profit de compagnies impliquées dans le développement de missiles balistiques, la Bank of Dandong a été mise à l'index et sera désormais privée d'accès au système financier américain.
L'administration américaine a par ailleurs mis sur sa liste noire deux ressortissants chinois, accusés de faciliter le développement d'armes de destruction massive. Selon le Trésor, ces initiatives «ont été prises en réponse au contournement continu des sanctions internationales par la Corée du Nord, ainsi qu'au développement d'armes de destruction massive».
Autre signe du changement de posture vis-à-vis de Pékin, le département d'État s'est dit inquiet pour le respect des libertés à Hong Kong, 20 ans après la rétrocession de la ville à la Chine. Par ailleurs, Washington a autorisé la vente de 1,3 milliard $ d'armement à Taïwan (tout en prenant soin de préciser qu'il n'y avait pas de changement sur la politique dite de la «Chine unique»).
La rencontre entre Donald Trump et Moon Jae-In a débuté par un dîner jeudi soir à la Maison-Blanche en présence de leurs épouses.
Au début du repas, le président américain a félicité son hôte, qui plaide pour une forme d'ouverture vis-à-vis de la Corée du Nord, pour sa victoire lors de la présidentielle de mai.
«Ce fut une belle victoire. Beaucoup de gens ne l'ont pas vue venir, mais moi si», a-t-il affirmé, soulignant que c'était un honneur de le recevoir ainsi que sa «magnifique femme».
«Augmenter la pression»
En campagne électorale, Moon Jae-In, s'était dit disposé à aller à Pyongyang avant Washington, mais les États-Unis sont finalement sa première étape à l'étranger depuis sa prestation de serment.
Le président américain et son homologue coréen se retrouveront vendredi matin pour un tête-à-tête dans le Bureau ovale. S'ils ont prévu de faire des déclarations, aucune conférence de presse n'est annoncée.
«La stratégie du président est d'augmenter de manière significative la pression - à la fois économique et diplomatique - sur la Corée du Nord afin de la faire changer d'approche», a expliqué un responsable de la Maison-Blanche. «À ce stade, nous ne voyons aucune indication d'une volonté de réduire la menace.»
Quelque 28 000 soldats américains sont déployés en Corée du Sud face à une Corée du Nord qui multiplie les essais de missiles - cinq depuis l'entrée en fonction de M. Moon - dans sa quête pour mettre au point un engin balistique intercontinental susceptible de porter le feu nucléaire sur le continent américain.
Dans l'avion qui l'emmenait aux États-Unis, M. Moon a expliqué sa vision du dossier: «Sans récompenser la Corée du Nord pour son comportement répréhensible, la Corée du Sud et les États-Unis devraient examiner ensemble ce qu'ils pourraient donner au nord en échange d'un gel de son programme nucléaire», a-t-il déclaré.
Le bouclier anti-missiles américain devrait aussi figurer en bonne place des discussions. Des éléments du système Thaad (Terminal High Altitude Area Defense) ont déjà été installés en Corée du Sud mais Séoul a gelé la poursuite du déploiement après une virulente campagne de la Chine, principal allié de Pyongyang.
La Maison-Blanche a par ailleurs promis des discussions «amicales» mais «franches» sur la question des échanges commerciaux. Le président américain entend soulever, comme il fait avec nombre de ses interlocuteurs étrangers, la question du déficit commercial des États-Unis.