Contesté, Trump promet la victoire aux républicains 

Donald Trump a promis lundi soir à Cleveland la victoire aux républicains lors de la présidentielle du 8 novembre, à l'issue d'une première journée de convention chaotique marquée par la révolte de ses opposants.
«Nous allons gagner ! Nous allons gagner !»: s'en tenant à quelques mots avant son discours de jeudi, le magnat de l'immobilier a ensuite cédé la place sur scène à son épouse Melania, «une mère fantastique, une femme incroyable, la prochaine Première dame des États-Unis».
Vêtue d'une longue robe blanche, la troisième femme de l'homme d'affaires de New York a prononcé avec assurance, mais sans susciter de véritable enthousiasme, un plaidoyer appliqué en faveur de son mari, un homme «qui fera une vraie différence».
«Donald n'abandonne jamais (...) Il a toujours été un fantastique leader, maintenant il va travailler pour vous», a lancé cette ex-mannequin d'origine slovène, devenue américaine en 2006.
Quelques heures plus tôt, une véritable cacophonie s'était emparée pendant plusieurs minutes de la salle omnisports Quicken Loans Arena où près de 2500 délégués venus de 50 États s'étaient rassemblés.
Sifflets, cris: les débats ont cédé la place à un concours de décibels entre partisans et opposants de l'extravagant magnat de l'immobilier.
«Pas elle !»
L'homme d'affaires de New York, qui a créé la surprise en écartant un à un ses 16 rivaux des primaires, est encore loin d'avoir gagné son pari: donner, grâce à la convention de Cleveland, l'image d'un parti rassemblé.
En dépit des sondages négatifs, Nancy Riley, déléguée de Floride, croit elle dur comme fer à la victoire de «Donald», le 8 novembre face à la démocrate Hillary Clinton: «Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui n'osent pas dire qu'ils voteront pour lui», explique-t-elle à l'AFP.
La perspective de voir une femme accéder pour la première fois à la Maison-Blanche ?  «Je rêve de voir une femme présidente. Mais pas elle!»
Le thème politique du jour était la sécurité, aux États-Unis et à l'étranger, le fonds de commerce du candidat populiste.
«Il est direct, il est fort (...) Il n'hésitera pas à tuer les terroristes», a lancé à la tribune Patricia Smith, mère d'un des quatre Américains tués lors de l'attaque de la mission américaine à Benghazi en 2012.
Plusieurs militaires sont ensuite longuement revenus sur cette attaque pour critiquer la chef de la diplomatie américaine de l'époque: Hillary Clinton.
Rudy Giuliani réveille la salle
Mais dans une atmosphère plutôt atone, seul l'ancien maire de New York Rudy Giuliani a réussi à réveiller la foule, appelant à rejeter les caricatures «du camp Clinton et des médias» et de soutenir Trump, «un homme au grand coeur».
Interrogée lundi sur CBS, sa rivale démocrate a mis en garde contre la «rhétorique démagogique» de son adversaire, «qui propose des réponses simplistes» aux questions des Américains.
Des délégués ont manifesté bruyamment contre l'adoption du règlement gouvernant les travaux de la convention républicaine, un texte qui n'inclut pas l'une de leurs revendications: la possibilité pour les délégués de s'affranchir des résultats des primaires et de voter contre Donald Trump à l'occasion du vote d'investiture formel.
«Chemises brunes»
Plus tôt dans la journée, l'amphithéâtre a résonné au son d'une véritable cacophonie. Gordon Humphrey, délégué du New Hampshire, se tient près d'un micro installé dans la salle. Quand le président de séance, Steve Womack, demande à la convention d'approuver le règlement, Gordon Humphrey s'époumone pour interpeller l'homme au marteau et déposer une objection. Mais son micro reste éteint et sa requête, ignorée. Dans le brouhaha de l'immense salle omnisports Quicken Loans Arena, personne ne l'entend. Le règlement est déclaré adopté.
«Voilà comment les chemises brunes se comportent», dit entre ses dents à l'AFP Gordon Humphrey, traitant les chefs républicains de fascistes. «Je ne suis pas surpris, mais je suis dégoûté».
Il avait soumis plus tôt une pétition, signée selon lui par des délégués issus de neuf États, afin de réclamer un scrutin formel des délégués sur ce règlement. Ce vote aurait permis aux anti-Trump de se compter et d'infliger un camouflet au candidat, qui rêve d'une convention sans fausses notes.
C'est à ce moment que les hurlements ont commencé. Diana Shores, une mère au foyer de 37 ans venue de Virginie, est montée sur sa chaise, criant, devant les caméras: «Un vote! Un vote!»
«Vous devez nous écouter, c'est la convention du peuple!»
La délégation du Colorado décide de quitter la salle en guise de protestation.
Des hommes de Trump, coiffés de casquettes jaune fluo, font eux aussi monter les décibels et encouragent les délégués pro-Trump à se lever et crier à leur tour: «Trump! Trump!»
D'autres scandent, comme dans les grands rassemblements décoiffants du candidat: «USA! USA!»
«Je suis scandalisée, Donald Trump a gagné sans tricher, il a battu tous les autres candidats et signé la plus grande victoire de l'histoire des primaires républicaines», se lamente Barbara Kois, la soixantaine, déléguée de l'Illinois qui s'écharpe un moment avec une déléguée de Virginie, deux rangées de sièges derrière elle.
Le tollé se poursuivant, quelques minutes plus tard le président de séance revient sur scène et annonce que le vote doit recommencer. Qui est pour l'adoption? demande-t-il. «Aye!» crient des milliers de délégués, employant le «oui» ancien utilisé au Congrès américain. Qui est contre? «No» crie un plus petit contingent de délégués rebelles. La motion est de nouveau adoptée.
Steve Womack demande ensuite si un délégué souhaite être entendu. Oui, répond Phill Wright, président de la délégation de l'Utah.
Son micro s'allume: il demande un vote formel et non par ovation, en vertu de la pétition déposée plus tôt. Mais sans donner de détails, le président de séance déclare que trois délégations d'États se sont retirées de la pétition, ce qui ne suffit plus. Les anti-Trump ont perdu.
Phill Wright et le sénateur de l'Utah Mike Lee échangent un regard et secouent la tête, suspectant un mauvais coup. «Nous avons le droit de savoir quels États se sont retirés», plaide-t-il, en vain. Son micro a d'ailleurs été coupé.
À 16h30, l'insurrection prend fin. La convention passe à autre chose et s'ajourne bientôt.
<p>«Voilà comment les chemises brunes se comportent. Je ne suis pas surpris, mais je suis dégoûté», a déclaré le délégué du New Hampshire Gordon Humphrey, au sujet de la façon dont a été adoptée le règlement gouvernant les travaux de la convention républicaine, lundi.</p>
Nombreux absents
À l'heure du grand rassemblement républicain, la liste des absents est cependant impressionnante.
Les grands noms du parti ne participeront pas à la convention: ni les anciens présidents Bush, ni les anciens candidats du parti à la présidence John McCain et Mitt Romney ne seront là, hérissés par la personnalité de M. Trump.
En dépit des promesses du magnat de l'immobilier, les têtes d'affiche sont peu nombreuses. Et l'attention se portera principalement sur sa famille: outre sa femme, quatre de ses cinq enfants (Ivanka, Tiffany, Eric, Donald Jr) monteront tour à tour à la tribune.
<p>Des manifestants anti-Donald Trump sautent par-dessus une barrière dans les rues de Cleveland, où se tinet la convention nationale du Parti républicain.</p>
Faible mobilisation dans la rue 
À Cleveland, les autorités locales et fédérales ont pris des mesures de sécurité exceptionnelles pour la convention.
De nombreuses manifestations y sont attendues. Mais les premières ont rassemblé pacifiquement quelques centaines de personnes, beaucoup moins que prévu.
Les forces de l'ordre étaient déjà inquiètes après les attentats de Paris et Bruxelles, et celui d'Orlando (Floride). La mort le 7 juillet de cinq policiers à Dallas abattus par un ancien combattant américain, l'attentat de Nice jeudi soir et la mort dimanche de trois autres policiers à Baton Rouge (Louisiane), tués par un ancien Marine ayant servi en Irak, ont encore ajouté à la tension ambiante.