Selon le secrétaire au Commerce Wilbur Ross (centre), l'objectif est d'aboutir, d'ici 90 jours, à une liste «pays par pays, produit par produit» qui devra identifier les cas de «triche», mais aussi d'accords de libre-échange qui n'ont pas tenu leurs promesses ou encore des règlements non respectés.

Commerce mondial: Trump s'attaque aux pays «tricheurs»

Donald Trump a continué son offensive pour transformer les règles du commerce mondial en demandant vendredi à son administration de désigner les pays responsables du déficit américain et de recenser les pays qui «trichent» avec les règles en place, ciblant notamment la Chine, mais aussi le Canada.
«Nous allons défendre notre industrie et créer, enfin, des conditions équitables pour les travailleurs américains», a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale en présentant deux décrets visant à désigner les causes et les responsables du déficit américain.
«Année après année, décennie après décennie, déficits commerciaux après déficits commerciaux [...], des milliers d'usines ont été volées de notre pays», a-t-il ajouté. Évoquant les exportateurs qui «trichent», il a affiché sa volonté de prendre les mesures nécessaires «pour mettre fin aux abus» sans donner plus de précisions sur les secteurs ou les pays concernés.
L'administration Trump a opté pour un changement radical en matière commerciale, envisageant de dénoncer plusieurs accords de libre-échange, aussi bien régionaux comme l'ALÉNA que mondiaux, ou de réformer l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la structure multilatérale chargée de libéraliser les échanges commerciaux.
Une liste
Pour le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, chargé de ce vaste réexamen, l'objectif est d'aboutir, d'ici 90 jours, à une liste «pays par pays, produit par produit» qui devra identifier les cas de «triche», mais aussi d'accords de libre-échange qui n'ont pas tenu leurs promesses.
Toujours selon lui, les pays potentiellement visés sont la Chine, l'Allemagne, le Japon, le Mexique, l'Irlande, le Viêtnam, l'Italie, la Corée du Sud, la Malaisie, l'Inde, la Thaïlande, la France, la Suisse, Taiwan, l'Indonésie, le Mexique ou encore le Canada.
De tous les pays visés, le Canada est celui dont le surplus commercial avec les États-Unis est le plus faible. Le pétrole et les automobiles comptent pour près de la moitié des biens canadiens importés par les États-Unis.
Mais être désigné ne signifie pas nécessairement que des mesures de représailles seront prises. «Dans certains cas, cela sera simplement qu'ils sont meilleurs que nous pour produire tel ou tel produit ou qu'ils peuvent le produire moins cher», a expliqué M. Ross.
Illustrant la ligne américaine dure, la Maison-Blanche a donné l'exemple du secteur de la sidérurgie dans lequel, selon elle, des groupes européens ou asiatiques pratiquent du dumping.
L'administration Obama avait entamé une procédure pour instaurer des droits antidumping sur certaines importations d'acier en 2016.  Avec La Presse canadienne
Trudeau pas inquiet
Le premier ministre Justin Trudeau ne semble pas s'inquiéter du nouveau décret du président américain Donald Trump.
«Chaque pays, incluant les États-Unis, examine régulièrement sa balance et ses pratiques commerciales avec ses partenaires importants, a-t-il dit. Donc, ce n'est pas nouveau.»
L'étude évaluerait les barrières non tarifaires, l'application laxiste des lois, la manipulation des devises et tout autre stratagème pour empêcher l'entrée de produits américains et augmenter les exportations vers les États-Unis.
«Nous avons souligné à quel point les bons emplois au Canada et aux États-Unis dépendent d'une circulation efficace des biens, des services et des gens de part et d'autre de la frontière de manière sécuritaire, a affirmé le premier ministre. C'est exactement ce sur quoi nous allons continuer de travailler.»
M. Trudeau a qualifié sa relation avec l'administration Trump de «constructive» et s'est dit ouvert à toute discussion sur les améliorations qui pourraient être apportées à l'ALÉNA. Celui-ci a été amélioré une douzaine de fois en 20 ans, a-t-il noté.
Le dernier rapport du Bureau du Représentant américain au commerce identifie, entre autres, la gestion de l'offre des industries laitière et de la volaille, le soutien à l'industrie aérospatiale et l'exigence de contenu local dans les appels d'offres d'Hydro-Québec comme des barrières commerciales.  La Presse canadienne

Les différents fronts de la guerre commerciale

La guerre commerciale lancée par Donald Trump va se dérouler sur plusieurs fronts allant de la Chine au Mexique en passant aussi par l'Europe, mêlant protectionnisme et mesures fiscales destinées à favoriser les exportateurs américains. Survol.
Premier front : Chine Le président chinois Xi Jinping doit visiter Donald Trump, la semaine prochaine, et ce dernier a déjà annoncé une rencontre très difficile. Le déficit commercial avec la Chine était de 310 milliards $ l'an dernier, soit près des 2/3 du total, même s'il s'est légèrement réduit entre 2015 et 2016. Les États-Unis estiment que le yuan est maintenu artificiellement bas par les autorités chinoises pour favoriser leurs exportations. Ils jugent aussi que Pékin protège son marché, notamment automobile, en maintenant des taxes élevées sur les importations.
Deuxième front : ALÉNA 
L'Accord de libre-échange nord-américain unit depuis 1994 les États-Unis, le Canada et le Mexique. Donald Trump affirme qu'il a contribué à délocaliser au Mexique des millions d'emplois industriels américains et veut le renégocier, voire imposer une taxe à la frontière sur les produits fabriqués au Mexique. Le déficit commercial avec le Mexique atteignait en 2016 quelque 62 milliards $. Le président américain adopte un ton plus conciliant avec le Canada, premier fournisseur de pétrole des États-Unis; en 2016 , les États-Unis ont eu avec nous un excédent commercial de 8 milliards $.
Troisième front : Asie
L'une des premières décisions de Donald Trump après son arrivée au pouvoir a été de retirer les États-Unis de l'accord TPP (Trans Pacific Partnership) qui les unissait à 11 pays riverains du Pacifique en Asie, mais aussi en Océanie et en Amérique du Sud. Cet accord, négocié à grand peine par Barack Obama n'avait pas encore été ratifié par le Congrès et n'était donc pas encore entré en vigueur. Il n'incluait pas la Chine, qui a fait depuis savoir qu'elle entendait mettre en place une zone de libre-échange dans cette région, ce qui contribuerait à accroître les tensions avec Washington.
Quatrième front : Europe
Donald Trump vise particu-lièrement l'Allemagne et ses excédents commerciaux. En 2016, le déficit commercial des États-Unis avec l'Allemagne a atteint 68 milliards $. Un des conseillers de Trump pour la politique commerciale, Peter Navarro, s'en était pris en janvier à Berlin, qu'il accuse «d'exploiter» ses partenaires commerciaux, notamment les États-Unis, en affirmant que l'euro était sous-évalué. Il y a d'autres  disputes avec l'Union européenne, notamment sur les subventions à l'avionneur Airbus et les importations de boeuf aux hormones américain, interdites par l'Union européenne.
Cinquième front : OMC
L'Organisation mondiale du Commerce, que les États-Unis avaient pourtant appelé de leurs voeux lors de sa création en 1995, se retrouve aujourd'hui dans le collimateur de l'administration Trump. Lors de la réunion du G20, le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin n'a pas exclu de renégocier les accords commerciaux multilatéraux qu'elle est censée appliquer. Les règlements de l'OMC pourraient notamment empêcher les États-Unis d'appliquer leur projet de «Border Adjustement Tax» qui avantagerait leurs exportateurs et pénaliserait les importateurs. Mais il divise l'administration américaine elle-même, Donald Trump le trouvant notamment «trop compliqué».  AFP