Le premier ministre chinois, Li Keqiang, et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui se sont rencontrés jeudi à Berlin, font partie des nombreux chefs d'États et dirigeants d'entreprises à avoir déplorer la décision américaine de se retirer de l'accord de Paris sur le climat.

Climat: réactions hostiles au retrait américain

Les leaders de la France, de l'Allemagne et de l'Italie ont uni leurs voix pour dire au président américain Donald Trump que l'accord de Paris sur le climat ne peut pas être renégocié comme il l'a demandé.
Le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre italien Paolo Gentiloni ont fait savoir dans une déclaration commune publiée jeudi qu'ils prennent acte «avec regret» de la décision de l'administration américaine de tourner le dos à l'accord conclu en 2015.
En annonçant sa décision très attendue, jeudi, M. Trump a relevé qu'il serait prêt à s'engager dans des négociations pour s'assurer que l'accord de Paris soit modifié «selon des termes qui sont justes pour les États-Unis et ses travailleurs».
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a qualifié le retrait des États-Unis de «déception majeure». Par l'entremise d'un porte-parole, Stéphane Dujarric, il a fait valoir qu'il est «crucial que les États-Unis demeurent un leader sur les enjeux environnementaux.
Selon M. Dujarric, M. Gutterez a bon espoir que les villes, les États et les entreprises de partout dans le monde «continueront à démontrer leur vision et leur leadership en travaillant pour une croissance économique faible en carbone [...] qui créera des emplois de qualité et des marchés pour la prospérité du XXIe siècle.
S'adressant aux journalistes lors d'une visite à Berlin, le premier ministre chinois Li Keqiang a affirmé que le réchauffement de la planète est un «consensus mondial» et une «responsabilité internationale».
Sans mentionner spécifiquement les États-Unis, M. Li a dit que «la Chine, au cours des dernières années, est restée fidèle à ses engagements». Il a ensuite rappelé qu'elle a été l'un des premiers pays à ratifier l'Accord de Paris en 2015.
La chancelière allemande Angela Merkel - qui a déjà été surnommée «la chancelière climatique» pour ses efforts dans la lutte au réchauffement planétaire - a applaudi les commentaires de M. Li lors de leur conférence de presse commune.
Foudres des entrepreneurs
La décision de M. Trump a par ailleurs a semblé lui attirer les foudres de plusieurs entrepreneurs milliardaires qui ont pu le soutenir par le passé. C'est notamment le cas du fondateur de SpaceX et de Tesla, Elon Musk, qui a écrit sur Twitter qu'il quitterait les comités consultatifs présidentiels dans lesquels il siège, notamment celui sur l'infrastructure et les emplois dans le secteur manufacturier.
Le président et directeur général de General Electric Jeff Immelt - qui agit aussi à titre de conseiller dans de tels comités - a déclaré sur le même réseau social qu'il était «déçu» de l'annonce de M. Trump.
Même son de cloche du côté du président de Microsoft, Brad Smith, qui a affirmé que son entreprise continuerait de travailler pour l'atteinte de ses objectifs relatifs à l'accord de Paris.
L'ancien président mexicain Vicente Fox a envoyé une série de messages sur Twitter pour signifier son mécontentement face au retrait des États-Unis.
Il a soutenu que M. Trump «déclare la guerre à la planète en elle-même», accusant le président américain de «laisser un sombre legs simplement pour satisfaire sa cupidité».
La mairesse de Paris, Anne Hidalgo, a soutenu que les changements climatiques constituent une menace pour l'avenir de la planète et mettent en péril la santé, la sécurité et la survie «de nos enfants et petits-enfants».
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Le Canada «profondément déçu»
Le Canada est «profondément déçu» de la décision de l'administration Trump de se retirer de l'accord de Paris sur les changements climatiques, a déclaré le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, jeudi. Il a ensuite réitéré que «le Canada reste ferme dans son engagement à lutter contre les changements climatiques et à appuyer une économie axée sur la croissance propre». M. Trudeau a qualifié la décision américaine de «désolante». Le cabinet du premier ministre avait précédemment publié un premier communiqué pour souligner que M. Trudeau avait même téléphoné à Donald Trump pour lui exprimer «sa déception» et lui affirmer «la volonté soutenue du Canada de travailler à l'échelle internationale en vue de lutter contre les changements climatiques».  La Presse canadienne
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La résistance intérieure s'organise
Aux États-Unis, plusieurs dizaines de villes et d'États ont immédiatement organisé la résistance après la décision de Donald Trump de retirer le pays de l'accord, promettant qu'au niveau local l'Amérique continuerait d'avancer vers une économie verte.
De l'Atlantique au Pacifique, maires et gouverneurs ont multiplié jeudi les alliances ou les appels pour faire barrage, de l'intérieur, au retrait choc du président américain.
Les gouverneurs démocrates des puissants États de New York, de Washington, sur la côte ouest, et de la Californie, qui représentent à eux trois un cinquième de la population américaine, ont ainsi décrété une «alliance pour le climat».
Ensemble, ils sont «déterminés à atteindre l'objectif américain de réduction de 26 à 28 % des émissions de gaz à effet de serre» par rapport à 2005, a promis le gouverneur de New York, Andrew Cuomo.
L'alliance, assurent les trois États, devrait servir de «forum pour soutenir et renforcer les programmes existants contre le changement climatique» ou encore «mettre en oeuvre de nouveaux programmes de réduction des émissions de carbone».
Prendre les rênes
Face aux réserves de Donald Trump quant au changement climatique, les collectivités préparent déjà le terrain depuis quelques temps. Une trentaine d'Etats ont par exemple fixé des normes forçant les compagnies d'électricité à fortement accroître leur part d'énergies renouvelables dans la prochaine décennie.
Et les initiatives dépassent les traditionnels bastions démocrates pour s'étendre jusque dans des États républicains, comme l'Ohio, le Texas ou l'Iowa.
Le maire démocrate de la ville de Pittsburgh, érigée par Donald Trump en exemple de sa priorité donnée aux Américains, n'a pas hésité à s'en prendre au milliardaire sur Twitter, devenant en l'espace de quelques minutes la coqueluche des réseaux sociaux et le symbole de la résistance locale.
«Les États-Unis rejoignent la Syrie, le Nicaragua et la Russie, en décidant de ne pas participer à l'accord mondial de Paris. C'est maintenant aux villes de prendre les rênes» de l'économie verte, a d'abord écrit Bill Peduto.
«En tant que maire de Pittsburgh, je peux vous assurer que nous suivrons les directives de l'accord de Paris pour nos administrés, notre économie et notre avenir», a-t-il ajouté.
Donald Trump «dit que les États-Unis sortent de l'accord de Paris», a quant à lui écrit sur Twitter Marty Walsh, le maire de Boston. «Il ferait mieux de réviser sa géographie, parce que Boston ne va pas faire cela», a-t-il lancé.
«L'accord de Paris reste la meilleure arme au monde pour combattre la menace existentielle» du changement climatique, a pour sa part expliqué Mitchell Landrieu, le maire démocrate de La Nouvelle-Orléans qui reste à la merci des phénomènes météorologiques.
Même son de cloche à la ville de New York, où le maire démocrate Bill de Blasio s'est «engagé à honorer les objectifs de l'accord de Paris en prenant une ordonnance municipale dans les prochains jours».  AFP