Chasse au djihadiste à Berlin

La police allemande était engagée mercredi dans une chasse à l'homme, sa principale piste s'étant écroulée plus de 24 heures après l'attaque au camion-bélier dans un marché de Noël de Berlin, revendiquée par le groupe État islamique (EI).
«Un soldat de l'EI a commis l'opération de Berlin en réponse aux appels à cibler les ressortissants des pays de la coalition internationale» luttant contre l'État islamique, a annoncé l'agence de propagande du groupe djihadiste Amaq.
Les autorités allemandes n'ont pas pour le moment authentifié la revendication de l'EI mais, selon le parquet antiterroriste, «la cible choisie et le mode opératoire peuvent faire penser» à une attaque islamiste.
Le carnage s'est déroulé au pied de l'église du Souvenir, monument phare de l'ouest de la capitale allemande au clocher éventré par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Le camion, pare-brise détruit par les chocs, a été enlevé mardi matin.
Le poids lourd «a littéralement pulvérisé la première baraque en bois», a raconté à la chaîne de télévision N1 une Bosnienne installée à Berlin, Lana Sefovac, qui prenait un verre avec ses parents. «Il voulait rouler sur les gens.»
Survenu lundi soir dans un lieu très touristique, cet attentat qui a fait 12 morts, selon le dernier bilan, a conduit les populistes de droite à renouveler leur offensive contre la chancelière Angela Merkel, l'accusant, à moins d'un an des législatives, d'avoir mis le pays en danger avec sa politique migratoire.
«Ce sont les morts de Merkel!» a dénoncé l'un des responsables du mouvement Alternative pour l'Allemagne (AfD), Marcus Pretzell, sur son compte Twitter. «L'Allemagne n'est plus sûre face au terrorisme de l'islamisme radical», lui a fait écho la figure de proue de l'AfD, Frauke Petry, en mettant en cause la décision de la chancelière allemande d'ouvrir les portes du pays aux migrants et aux demandeurs d'asile à l'été 2015.
La menace islamiste «a été importée de manière systématique et irresponsable au cours de l'année et demie écoulée», a-t-elle dénoncé.
Avant toute revendication, l'attaque avait été qualifiée de «terroriste» par Mme Merkel. De son côté, le parquet antiterroriste avait relevé que la cible et le mode opératoire semblaient signer un acte djihadiste : les circonstances rappellent en effet l'attaque, signée par l'EI, au camion-bélier le 14 juillet à Nice en France, qui avait fait 86 morts.
Confusion
Du côté de l'enquête, la plus grande confusion demeure. Après avoir annoncé l'arrestation d'un suspect, un demandeur d'asile pakistanais, les autorités ont fait marche arrière. L'homme a été remis en liberté mardi soir, faute d'éléments à charge.
Le Pakistanais de 23 ans, arrivé en Allemagne en 2015 et connu de la police pour des faits de délinquance, avait été interpellé rapidement après l'attaque. Les autorités avaient jugé alors que, «manifestement», elles tenaient leur homme.
L'auteur des faits semble donc bien en fuite plus de 24 heures après le drame et la police n'a évoqué publiquement aucune nouvelle piste.
Mais police et parquet antiterroriste avaient dès mardi après-midi reconnu que le véritable assaillant était sans doute en fuite : «Nous avons probablement un dangereux criminel dans la nature et bien sûr cela inquiète la population», avait déclaré le chef de la police berlinoise, Klaus Kandt.
La remise en liberté du suspect signifie aussi «qu'une ou plusieurs personnes responsables de l'attentat sont en fuite [...] avec une arme», sans doute celle qui a servi à tuer le chauffeur-routier polonais trouvé mort dans le camion qui lui avait été dérobé, a-t-il ajouté dans la soirée sur la chaîne publique ARD.
Mercredi, la confusion et les craintes des Berlinois restaient donc grandes et les mesures de sécurité ont été renforcées à Berlin.
Identification des victimes
Six morts sont allemands, selon la police. Les identifications des autres victimes se poursuivent. Sur les 48 blessés, 14 étaient mardi soir entre la vie et la mort, selon le ministère de l'Intérieur.
Partout dans le pays, les drapeaux des bâtiments publics ont été mis en berne et une minute de silence sera observée mercredi dans tous les stades de Bundesliga, le championnat de football, comme cela a été le cas déjà mardi. Angela Merkel, qui s'était recueillie mardi après-midi sur les lieux de l'attaque, a assisté dans la soirée à une cérémonie oecuménique en l'église du Souvenir.
Les réactions de solidarité se sont multipliées, de la France aux États-Unis, à un moment où l'Europe est régulièrement la cible d'attentats revendiqués par des groupes djihadistes comme l'EI. Mme Merkel s'est entre autres entretenue mardi avec les présidents français, turc et américain ainsi qu'avec ses homologues grec et espagnol.
Si l'Allemagne avait été jusqu'ici épargnée par les attaques d'ampleur, plusieurs attentats ont été récemment commis par des personnes isolées.
L'EI a revendiqué en juillet deux attentats séparés qui ont fait plusieurs blessés. Ils ont été respectivement commis par un Syrien de 27 ans et un demandeur d'asile de 17 ans, probablement afghan.