Moment insolite de l'agitée campagne reférendaire catalane : les renforts policiers envoyés par le gouvernement central sont arrivés à Barcelone dans un navire de croisière peinturé aux couleurs des Looney Tunes.

Ce qu'il faut savoir sur le référendum en Catalogne

Le référendum sur l'indépendance de la Catalogne est parfois comparé à une «collision de trains», qu'on voit venir sans pouvoir l'arrêter. D'un côté, le gouvernement espagnol déclare le scrutin «illégal». De l'autre, le gouvernement régional de la Catalogne encourage les citoyens à voter, le 1er octobre.
La situation
Jusqu'ici, l'Espagne a tout fait pour empêcher la tenue du scrutin. Quatorze responsables ont été arrêtés. Ceux-là s'exposent à des amendes de 12 000 euros [17 500 $CAN]. Plus de 10 millions de bulletins de vote ont été confisqués.
Madrid menace d'arrêter les maires, les fonctionnaires et même les policiers qui contribuent à l'organisation du référendum. Ce qui n'empêche pas les situations cocasses. À Barcelone, les renforts policiers de Madrid sont arrivés dans un navire de croisière décoré avec des personnages de Bugs Bunny. Ça ne s'invente pas.
Un peu d'histoire
Les tensions entre l'Espagne et la Catalogne ne datent pas d'hier. Sous la dictature du général Franco (1939-1975), la langue catalane est interdite en public. La sardane, une danse traditionnelle, est mise à l'index. Un général parle même de transformer Barcelone en «terrain vague».
La culture catalane survit en exil. Et parfois dans le stade de l'équipe de soccer FC Barcelone, où les partisans défient Franco en déployant des bannières dans leur langue interdite.
Avec la fin de la dictature, en 1975, la Catalogne retrouve une existence officielle. Malgré des hauts et des bas, son autonomie s'élargit. En 2006, la «nation» catalane est reconnue. Son gouvernement obtient de nouveaux pouvoirs, notamment pour assurer la «prépondérance» du catalan dans l'administration.
À partir de 2009-2010, les choses se mettent pourtant à déraper. La justice réduit les nouveaux pouvoirs de la Catalogne. La crise financière mêle aussi les cartes. La Catalogne est plus riche que le reste du pays. À tort ou à raison, les Catalans ont le sentiment qu'ils donnent beaucoup, sans être payés en retour.
Le soutien à l'indépendance atteint un sommet chez les jeunes. Une affaire de génération, mais aussi de culture. En 2011, 60 % des plus de 60 ans parlent le catalan. Chez les jeunes de 14 à 29 ans, la proportion atteint 96 %.
Et maintenant?
Depuis son élection, en 2011, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, joue les durs. Il veut empêcher la tenue d'un référendum. Quitte à prendre un pari risqué. Pour l'instant, l'indépendance recueille seulement 41 % des suffrages, selon les derniers sondages. Mais plus 70 % des citoyens veulent voter.
Qui sait si l'attitude autoritaire de Madrid ne poussera pas une majorité dans le camp du Oui pour défendre les institutions catalanes? 
Du côté de Madrid, le référendum réveille des peurs historiques. L'Espagne redoute que le départ de la Catalogne entraîne celui de plusieurs régions, notamment le Pays basque.
Du côté des indépendantistes, le simple fait que le référendum ait lieu constituerait une victoire. Une majorité de Oui, doublée d'une forte participation, les placerait en position de force.
Quoi qu'il arrive, on sait seulement que les deux adversaires sont condamnés au dialogue. Ne serait-ce que pour partager la vaisselle et les bijoux de famille?