Barack Obama lors de sa dernière conférence de presse, mercredi, à Washington.

«Ça va aller», assure Obama

À deux jours de son départ, Barack Obama a affirmé mercredi qu'il se ferait discret pour laisser Donald Trump gouverner, mais a souligné qu'il prendrait la parole si les «valeurs fondamentales» de l'Amérique - immigration, liberté de la presse, droit de vote - étaient en danger.
«Je suis profondément convaincu que ça va aller», a déclaré le président américain, 55 ans, lors de sa dernière conférence de presse à la Maison-Blanche, défendant, comme il le faisait déjà lors de sa première campagne en 2008, une forme d'optimisme sur l'avenir de la démocratie américaine.
«Ce n'est pas seulement Obama-le-calme. C'est ce que je crois vraiment», a-t-il ajouté, évoquant les interrogations récurrentes des journalistes qui veulent savoir quel est son véritable état d'esprit par rapport à la présidence Trump.
Très à l'aise dans la défense de son bilan, le ton calme, le président sortant a tracé une ligne entre le jeu politique normal, auquel il n'entend pas se mêler, et les questions qui touchent au fonctionnement même de la démocratie, lançant de fait un avertissement à son successeur.
«Je mets dans cette catégorie la discrimination systématique, les obstacles au droit de vote, les tentatives visant à faire taire les voix discordantes ou la presse ou encore l'idée d'expulser des enfants qui ont grandi ici et qui sont, à tous égards, des enfants américains.»
Abordant sa vie d'après la Maison-Blanche, Barack Obama a insisté sur son envie de prendre du recul après huit années dans la «bulle» de la Maison-Blanche.
«Je veux écrire, être un peu silencieux, je veux passer du temps avec mes filles», a énuméré le président démocrate qui partira en vacances en famille en Californie dès la cérémonie d'investiture terminée. «Je ne veux pas m'entendre parler autant», a-t-il ajouté dans un sourire.
Les deux derniers mots du 44<sup>e</sup> président des États-Unis ont été réservés aux journalistes : «Bonne chance!»
Bilan défendu
Barack Obama a aussi défendu le bilan de ses deux mandats, et en particulier la décision annoncée mardi de commuer la peine de Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison pour avoir transmis des documents confidentiels au site WikiLeaks.
«Je n'ai aucun problème à dire que justice a été rendue», a-t-il déclaré. Chelsea Manning a purgé «une dure peine de prison [...] elle a été jugée [...] elle a admis sa responsabilité pour son crime, la peine qu'elle a reçue était très disproportionnée», a-t-il ajouté, rappelant qu'il avait commué et non annulé cette peine.
Interrogé sur la volonté de Donald Trump de réchauffer les relations glaciales entre la Maison-Blanche et le Kremlin, M. Obama s'est gardé de critiquer directement son successeur républicain, mais a tenu à faire une mise au point.
«Je pense qu'il est dans l'intérêt de l'Amérique et du monde d'avoir une relation constructive avec la Russie», a-t-il insisté, tout en soulignant que cette vision s'était heurtée à une «escalade du discours anti-américain» lorsque Vladimir Poutine est revenu à la présidence russe en 2012, menant à une relation Washington-Moscou plus «antagoniste» et «difficile».
Conflit israélo-­palestinien
C'est sur le conflit israélo-­palestinien, sur lequel il s'est dit «profondément inquiet», que le président démocrate a lancé la mise en garde la plus nette à l'homme d'affaires de New York qui a promis d'installer l'ambassade américaine à Jérusalem, un geste qui sonnerait le glas d'une possible «solution à deux États».
Mettant en garde contre le fait de procéder à des décisions unilatérales «soudaines» dans un environnement potentiellement «explosif», il a aussi appelé à la reprise du dialogue, soulignant combien le statu quo était «dangereux pour Israël, mauvais pour les Palestiniens, mauvais pour la région et mauvais pour la sécurité aux États-Unis».
Au moment où l'équipe de Donald Trump a promis de revoir la nature des relations de l'exécutif américain avec les médias, Barack Obama a défendu l'importance de la salle de presse, depuis laquelle il s'exprimait, au coeur de la prestigieuse «West Wing» de la Maison-Blanche.
«Vous avoir dans ce bâtiment a permis à ce lieu de mieux fonctionner», a-t-il déclaré, appelant les médias à faire preuve avec la nouvelle administration de «la même ténacité».
Les deux derniers mots du 44e président des États-Unis ont été réservés aux journalistes : «Bonne chance!»
Un président qui pleure: un atout plutôt qu'une faiblesse
Barack Obama a sorti son mouchoir en rendant hommage à sa femme et à ses filles lors de son discours d'adieu à Chicago, le 11 janvier dernier.
Les larmes peuvent être un plus en politique. Barack Obama a pleuré de nombreuses fois en public lors de ses mandats sans que cela lui nuise. Verra-t-on un jour Donald Trump se laisser gagner par l'émotion?
Pendant ses huit années de présidence, Obama a pleuré plusieurs fois en public. En janvier 2016, les larmes coulaient sur ses joues tandis qu'il se remémorait la tuerie de l'école primaire Sandy Hook et annonçait des mesures pour encadrer l'accès aux armes à feu. Début janvier, il a sorti son mouchoir en rendant hommage à sa femme et à ses filles lors de son discours d'adieu à Chicago.
«Les pleurs sont liés à une expérience émotionnelle intense. Il est clair qu'Obama éprouvait une émotion importante à ces moments-là. Et il n'a pas eu peur de le montrer», déclare à l'AFP Lauren Bylsma, professeur adjoint au département de psychiatrie de Pittsburgh, auteur de plusieurs études sur les larmes.
«Sur le plan du caractère, le fait de pleurer est associé à des personnalités qui ont beaucoup d'empathie», ajoute-t-elle.
À quoi pourrait ressembler la présidence Trump sur le plan lacrymal?
Le milliardaire, qui prendra ses fonctions vendredi, «est sans doute quelqu'un d'émotif au fond de lui-même», considère Judi James, auteur de The Body Language Bible. «Mais il a un tel vernis de mâle dominant que je pense qu'il faudrait qu'il aille chercher dans les tréfonds de son être», poursuit cette experte britannique très médiatique.
«Pourtant, pleurer pourrait être une très bonne chose pour lui (...) Les gens attendent un signe montrant son humanité». «Si pendant son investiture, il pouvait verser une larme, les gens pourraient changer d'opinion à son égard rapidement», assure-t-elle. «Les larmes peuvent avoir beaucoup de puissance».
Le psychanalyste français Jean-Pierre Friedman, spécialiste des relations de pouvoir, n'imagine pas Donald Trump se mettant à pleurer en public. À 70 ans, «Trump est un vieux cow-boy endurci», estime-t-il. C'est aussi «une question de génération». «Il y a 50 ans, on disait aux garçons "tu es un homme, un homme ne pleure pas"».
Trump s'est d'ailleurs moqué des pleurs de ceux qui regrettaient sa victoire.
«L'Homme nouveau»
Ces dernières décennies, plusieurs grands dirigeants de ce monde se sont laissés aller à pleurer en public. Y compris le président russe Vladimir Poutine - qui cultive pourtant son image d'homme fort - au moment de sa réélection en 2012 ou en écoutant l'hymne russe lors d'une visite en Mongolie en 2014.
Les présidents américains Bill Clinton et George W. Bush ont eux aussi pleuré plusieurs fois en public.
Le temps semble loin où des pleurs pouvaient casser l'image d'un leader. Les analystes politiques estiment qu'en 1972 les «larmes» d'Edmund Muskie (contestées par son entourage) alors qu'il ripostait à des attaques ont sans doute contribué à sa défaite à la primaire démocrate américaine.
«Pleurer peut montrer une forme de vulnérabilité que certains sont susceptibles de percevoir comme une faiblesse. Mais ne pas se sentir gêné par sa vulnérabilité peut aussi être considéré comme une force», relève LaurenBylsma.
«Certaines recherches suggèrent qu'un homme qui pleure est souvent perçu comme plus amical, plus proche et digne de confiance qu'un homme qui ne pleure pas», souligne la jeune femme.
Encore faut-il que les pleurs soient sincères. «Les gens savent très bien faire la différence entre de vraies larmes et des larmes simulées», note Judi James.
Tout dépend aussi de la cause. «Si les larmes sont provoquées par de l'apitoiement sur soi-même ou par de la colère, les gens n'apprécieront pas», ajoute-t-elle.
En France, «les hommes politiques pleurent lorsqu'ils perdent le pouvoir», assure Jean-Pierre Friedman, auteur du livre Du pouvoir et des hommes. «Les Américains sont toujours en avance...».
«Obama est un intellectuel. Les larmes aident à le descendre de son piédestal. C'est un peu l'Homme nouveau», considère Judi James.
Obama sait aussi toucher par ses mots et faire pleurer les autres. Son vice-président Joe Biden n'a pas réussi à retenir ses larmes lorsque le président sortant lui a remis par surprise début janvier la médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine.