S’il est donné gagnant par les sondages, la popularité de Boris Johnson ne masque pas ses faiblesses, en particulier son rapport à la vérité. Lors d’un débat télévisé pour la campagne électorale, le public a éclaté de rire lorsqu’il a répondu «oui» au journaliste qui lui demandait si «la vérité importe.»

Boris Johnson, le Brexit à portée de main

LONDRES — Son avenir politique est en jeu : le premier ministre conservateur Boris Johnson, partisan sans états d’âme d’une sortie de l’Union européenne, saura à l’issue des législatives de jeudi s’il a les moyens de mettre en œuvre sa version du Brexit, voté en 2016 par les Britanniques.

Tignasse blonde savamment ébouriffée et dérapages verbaux pas toujours contrôlés, «Bojo», 55 ans, aura mis toute son énergie et son bagout dans la campagne électorale, qui l’a vu tondre des moutons, changer le pneu d’une Formule 1 ou flatter un taureau. Une manière de polir son image d’homme de terrain proche du peuple — bien qu’il soit passé par les plus grandes universités britanniques.

Après avoir joué un rôle moteur dans la campagne du référendum de juin 2016, remporté par le camp du Brexit à 52 % des voix, il s’est fixé pour objectif depuis son accession au pouvoir en juillet de le mettre en œuvre «coûte que coûte».

Il compte à présent sur le scrutin de jeudi pour lui donner une majorité absolue au Parlement, dont les divisions ont jusqu’ici contribué à bloquer la mise en œuvre de la sortie de l’UE, repoussée à trois reprises, et maintenant fixée au 31 janvier. Cette majorité lui permettrait de faire adopter l’accord sur les modalités du divorce qu’il a négocié avec Bruxelles.

«Roi du monde»

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est né à New York dans une famille cosmopolite et compte un arrière-grand-père qui fut ministre de l’Empire ottoman, une origine qu’il ne manque pas d’évoquer lorsqu’on accuse son parti d’islamophobie.

Depuis tout petit, il veut être le «roi du monde», a confié sa sœur Rachel à son biographe, Andrew Gimson. Aîné d’une fratrie de quatre, il suit le parcours classique de l’élite britannique : Eton College puis l’université d’Oxford.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour une citation inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l’envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994. À coup d’outrances et d’approximations, il bouscule la couverture des institutions européennes et devient «le journaliste favori» de la Dame de fer, Margaret Thatcher.

À cette époque, son premier mariage se délite et il renoue avec une amie d’enfance, Marina Wheeler, avec qui il aura quatre enfants. Le couple se sépare en 2018. Boris Johnson fréquente depuis Carrie Symonds, une spécialiste en communication de 24 ans sa benjamine.

Élu député en 2001, il ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 et acquiert alors une stature internationale. Avec quelques réussites emblématiques, comme l’organisation des Jeux olympiques. Et des échecs, comme son projet de pont-jardin sur la Tamise, qui aura coûté des dizaines de millions de livres sans aboutir.

Boris croit en... Boris

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment. «Je ne pense pas qu’il ait une opinion extrêmement sophistiquée sur le Brexit», confie Pascal Lamy, l’ancien patron de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui connaît la famille Johnson. «La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c’est Boris Johnson.»

Dans la campagne de 2016, il promet au Royaume-Uni, débarrassé des «entraves» de l’UE, un avenir radieux coloré de splendeur impériale, où il contrôlera son immigration et récupèrera les millions versés à l’UE pour les consacrer à son système de santé — un engagement basé sur un chiffre faux. Une fois voté le Brexit, il s’apprête à briguer Downing Street, mais il est trahi par son allié Michael Gove, qui se met sur les rangs et le proclame inapte à la fonction. Il renonce, Theresa May est choisie par le Parti conservateur et lui confie les Affaires étrangères.

Il y reste deux ans, s’attirant la réputation de dilettante gaffeur. Sans se priver de mettre des bâtons dans les roues de Theresa May, avant de lui ravir le pouvoir.

S’il est donné gagnant par les sondages, sa popularité ne masque pas ses faiblesses, en particulier son rapport à la vérité. Lors d’un débat télévisé pour la campagne électorale, le public a éclaté de rire lorsqu’il a répondu «oui» au journaliste qui lui demandait si «la vérité importe.»