Un Boeing 737 MAX 8 de SilkAir sur le tarmac de l'aéroport international Changi de Singapour, mardi

Boeing 737 MAX 8: toujours permis de vol dans le ciel nord-américain

Le Boeing 737 MAX 8 continue de voler dans le ciel nord-américain, mais l’Union européenne, ainsi que l’Australie, la Chine et d’autres États lui ont interdit leur espace aérien dans la foulée de l’écrasement d’un avion du transporteur Ethiopian Airlines, qui a coûté la vie à 157 personnes dimanche.

L’accident d’Ethiopian Airlines, qui a coûté la vie à 157 passagers — dont 18 Canadiens — a été comparé à l’écrasement du même modèle d’avion de Lion Air, en Indonésie, en octobre dernier, qui avait coûté la vie à 189 personnes.

Plus tôt mardi, les autorités britanniques, françaises, allemandes et irlandaises ont tour à tour annoncé des ordres de maintien au sol ou des interdictions d’espace aérien. Elles ont été suivies par des décisions similaires aux Pays-Bas, en Pologne et de la part de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). Le transporteur Turkish Airlines a également annoncé mardi le maintien au sol de tous ses appareils Boeing 737 MAX jusqu’à nouvel ordre.

Robert Kokonis, président de la société de conseil torontoise AirTrav, a estimé que la suspension de tous les avions 737 MAX 8 et MAX 9 par l’AESA mettait «une pression énorme» sur M. Garneau. «Cela va vraiment faire réfléchir le ministre», a-t-il estimé. «Je pense qu’ils ressentent une pression sans précédent de la part des médias sociaux — tant les compagnies aériennes que des organismes de réglementation de l’aviation.»

Air Canada et WestJet volent toujours, Sunwing suspend ses vols

Le transporteur Sunwing a annoncé, mardi soir, qu’il suspendait temporairement «les opérations de ses quatre avions Boeing 737 MAX 8».

Dans un message relayé sur Twitter, Sunwing a écrit que l’entreprise était confiante «quant au processus d’enquête mené par Transport Canada» et qu’elle prenait cette décision pour des raisons commerciales «non liées à la sécurité».

Ajoutant à la pression, le Syndicat canadien de la fonction publique — qui représente plus de 8000 agents de bord d’Air Canada — a déclaré mardi soir que ses membres avaient des inquiétudes relativement à la sécurité à la suite du récent écrasement et qu’ils ne souhaitaient pas être obligés de prendre place à bord d’un 737 MAX 8.

«La composante Air Canada du SCFP qui représente les agents de bord de la ligne principale et de Rouge demande, à tout le moins, à la compagnie de continuer à offrir des réaffectations aux agents de bord qui ne veulent pas voler sur ces appareils», a déclaré le président de la composante, Wesley Lesosky, dans un communiqué. «La sécurité des passagers et des membres d’équipage doit être la priorité.»

Air Canada n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande pour commenter cette déclaration du syndicat.


« La composante Air Canada du SCFP qui représente les agents de bord de la ligne principale et de Rouge demande, à tout le moins, à la compagnie de continuer à offrir des réaffectations aux agents de bord qui ne veulent pas voler sur ces appareils »
Wesley Lesosky, président de la composante Air Canada du SCFP

Air Canada compte 24 avions Boeing 737 MAX 8, principalement utilisés pour les vols nationaux et américains, même si certains traversent également l’Atlantique. Sa rivale WestJet Airlines, de Calgary, compte 13 Boeing 737 MAX 8 dans sa flotte, tandis que la ligne torontoise Sunwing Airlines en compte quatre.

Un ordre de maintien au sol au Canada coûterait très cher aux compagnies aériennes du pays, a observé Karl Moore, professeur à la faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. «Cela aurait un impact considérable sur les deux, car il y a beaucoup de vols chaque jour», a-t-il souligné.

«Ils devraient annuler certains vols. Ils pourraient tenter d’utiliser d’autres avions, qui ne sont pas optimaux. Le Q400 est trop petit. Ils pourraient utiliser deux gros avions, ce qui signifie qu’ils gaspilleraient de l’argent en carburant et ils ne feraient pas d’argent.»

Les compagnies aériennes sont également confrontées à des passagers inquiets qui souhaitent modifier leurs réservations pour éviter de monter à bord des Boeing 737 MAX 8.

L’agence de voyages Flight Centre a indiqué que les compagnies aériennes canadiennes ne renonçaient pas aux frais de modification ou d’annulation de vol pour les passagers qui souhaitaient changer d’appareil.

Air Canada et WestJet n’ont pas répondu aux demandes de commentaires au sujet de ces frais.

«Nous continuons à surveiller la situation et, selon les informations actuelles et les recommandations des autorités réglementaires du gouvernement, de Transports Canada, de la FAA et du constructeur, nous continuerons à exploiter notre programme B737 habituel, et nos politiques actuelles en matière de réservation restent en place», a affirmé mardi Air Canada dans un message sur Twitter.

Au moins quatre des vols de la compagnie aérienne ont été touchés. Les vols 860, 861, 822 et 823 entre Halifax et l’aéroport Heathrow de Londres, ainsi qu’entre Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador, et Londres, ont été annulés entre le 12 et le 14 mars.

Gare aux conclusions hâtives

La société montréalaise fait partie du réseau Star Alliance, dont les compagnies aériennes sont dotées d’environ 75 avions 737 MAX 8. La plupart de ces transporteurs se trouvent dans des pays qui ont interrompu les vols de cet avion.

M. Kokonis indique que les compagnies aériennes peuvent soit recourir à d’autres avions de leur flotte, soit rechercher des contrats de location à court terme d’appareils de remplacement, soit rediriger leurs passagers vers des concurrents. «Cela signifie qu’il faut renoncer aux revenus de ces billets», a-t-il noté.

Larry Vance, consultant en aviation et ancien enquêteur du Bureau de la sécurité des transports du Canada, a toutefois lancé une mise en garde en ce qui a trait aux comparaisons entre la catastrophe de dimanche et celle du vol 610 de Lion Air, qui a plongé dans la mer de Java le 29 octobre.

Les principales similitudes semblent être le modèle d’avion et la façon dont l’avion a rapidement perdu de l’altitude après le décollage, pour brièvement récupérer avant de plonger au sol.

«Si j’avais un billet pour voler cet après-midi et que c’était dans cet avion, j’irais à l’aéroport, je m’enregistrerais normalement, j’embarquerais à bord de l’avion, je m’endormirais, je profiterais de mon vol et de la journée», a soutenu M. Vance. «La probabilité de mourir sur ce vol est aussi près de zéro que possible.»

Boeing a indiqué lundi soir que la FAA avait annoncé à l’avionneur américain qu’il devait installer des mises à jour logicielles relatives à la sécurité des 737 MAX 8.

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GARNEAU FERA LE POINT MERCREDI

Le ministre canadien des Transports Marc Garneau

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, fera le point sur le dossier des avions Boeing 737 MAX 8, mercredi avant-midi, à Ottawa, lui qui a affirmé mardi qu’il ne prévoyait pas immobiliser la flotte canadienne de ces appareils, mais que «toutes les options [étaient] sur la table».

Une convocation envoyée aux médias relativement à ces appareils et à la sécurité de l’aviation indique que le ministre sera accompagné d’un sous-ministre adjoint de Transports Canada et du directeur général associé de l’Aviation civile, François Collin.

Le ministre disait mardi vouloir rencontrer des experts sur la manière de gérer le dossier des appareils 737 MAX 8 de Boeing, qui sont actuellement cloués au sol ou interdits d’espace aérien par un nombre croissant de pays.

M. Garneau a affirmé mardi que «toutes les options [étaient] sur la table».

«[Cela] peut inclure clouer les avions au sol, mais en même temps, je veux évaluer toutes les possibilités et ne pas sauter à des conclusions avant qu’on puisse évaluer clairement la situation», a déclaré M. Garneau, soulignant qu’il ne serait «pas influencé par les émotions».  

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Des pays qui interdisent leur espace aérien 

- L’Australie :

L’aviation civile australienne a interdit mardi tous les Boeing 737 MAX dans son espace aérien avec effet immédiat. Aucune compagnie australienne n’exploite le Boeing 737 MAX mais deux transporteurs étrangers desservent l’Australie avec ces types d’appareils, SilkAir, filiale régionale de Singapore Airlines qui exploite six appareils, et Fiji Airways.

- Singapour :

Le régulateur de l’aviation civile de l’île État a annoncé «suspendre temporairement» à partir de mardi «les opérations de toutes les variantes des appareils Boeing 737 MAX à destination et au départ de Singapour au vu de deux accidents mortels impliquant des 737 MAX en moins de cinq mois».

Les compagnies concernées par cette mesure sont SilkAir, ainsi que China Southern Airlines, Garuda Indonesia, Shandong Airlines et Thai Lion Air, qui desservent également Singapour en Boeing 737 MAX.

Les pays qui suspendent les vols

- La Chine :

Le Bureau chinois de l’aviation civile a demandé aux compagnies aériennes nationales de suspendre les vols de leurs Boeing 737 Max 8 jusqu’à confirmation par les autorités américaines et Boeing des «mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols».

Un total de 76 Boeing de la famille 737 MAX ont été livrés à une dizaine de compagnies aériennes chinoises, dont Air China, Hainan Airlines et Shanghai Airlines, selon des informations publiées en janvier sur le site internet du constructeur américain.

- L’Indonésie :

L’Indonésie, dont la compagnie Lion Air a perdu un Boeing 737 max 8 le 29 octobre 2018 avec 189 personnes à son bord, a décidé lundi d’immobiliser sa flotte de Boeing 737 MAX 8 au lendemain de l’écrasement de l’appareil d’Ethiopian Airlines.

Dix Boeing 737 Max 8 sont exploités par la compagnie indonésienne à bas prix Lion Air et un autre par la compagnie nationale Garuda.

- La Corée du Sud :

Le ministère sud-coréen des Transports a annoncé l’immobilisation des deux appareils de la compagnie locale à bas prix Eastar Jet dans l’attente des résultats d’une inspection.

- La Mongolie :

L’autorité de l’aviation civile mongole a ordonné au transporteur national Mongolian Airlines de clouer au sol l’unique 737 MAX 8 de sa flotte.

Des compagnies qui immobilisent leurs avions

- Ethiopian Airlines, à la suite de l’accident subi par un de ses avions dimanche, a cloué au sol toute sa flotte de Boeing 737 MAX jusqu’à nouvel ordre. La compagnie éthiopienne dispose de quatre appareils et a passé commande de 29 autres.

- Gol (Brésil, 7 avions), Aeromexico (Mexique, 6 avions), Comair (Afrique du Sud, 1 avion) et Cayman Airways (Iles Caïmans, 2 avions) ont immobilisé leurs Boeing 737 MAX 8.

- La compagnie aérienne argentine Aerolineas Argentinas a décidé la «suspension temporaire de l’exploitation commerciale» de ses cinq Boeing 737 MAX 8.

Ceux qui continuent l’exploitation

- Aux États-Unis, l’Agence fédérale de l’aviation (FAA) a dit être prête à prendre «des mesures immédiates et appropriées», si «un problème affectant la sécurité» était identifié. La FAA a demandé à Boeing d’effectuer des changements «au plus tard en avril» sur des logiciels et sur le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages.

- En Inde, les autorités ont imposé des mesures de sécurité supplémentaires aux équipes de maintenance au sol et aux équipages des avions. Deux compagnies indiennes exploitent l’appareil: Spicejet (12 avions) et Jet Airways (5), cette dernière, en difficultés financières, assurant qu’aucun de ses Boeing 737 MAX n’est actuellement opérationnel.

- Les compagnies américaines Southwest (34 appareils) et American Airlines (24) ont fait savoir que les vols de leurs Boeing 737 MAX se poursuivaient pour le moment, de même que la compagnie à bas prix Norwegian (18), Turkish Airlines (11), l’italienne Air Italy (3), l’islandaise Icelandair (3) et la russe S7 (2).

Au Canada, Air Canada (24 appareils) et Westjet (13) n’ont pas annoncé qu’elles interrompaient les vols, tout comme flydubai (10), la polonaise LOT (six appareils) ou encore la compagnie à bas prix TUIfly (13).