Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées lundi au pied du palais de Westminster pour les derniers «bongs» du Big Ben avant une cure de jouvence de quatre ans pour la tour et l'horloge.

Big Ben plonge dans le silence

À midi lundi, Big Ben a sonné 12 derniers coups avant de se taire pour des travaux de rénovation censés durer quatre ans, mais qui pourraient être abrégés face au mécontentement de nombre de Britanniques.
«Je peux la voir d'où je vis, j'ai vécu ma vie à côté d'elle. Nous perdons une partie de Londres. J'ai 72 ans et je crains que ce soit la dernière fois que je l'entends! On doit tous partir un jour! C'était très émouvant», a confié à l'AFP Denise Wiand, qui vit de l'autre côté de la Tamise.
Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées lundi au pied du palais de Westminster sous un ciel menaçant, siège du Parlement britannique, pour les derniers «bongs» avant une cure de jouvence de 29 millions de livres (47 millions $) qui concernera la tour et l'horloge.
«La foule écoutait vraiment attentivement. Nous sommes là, nous voulons écouter le moindre son. C'est presque un moment historique», a déclaré à l'AFP Thomas Moser, un touriste allemand de 54 ans.
Cette tour victorienne de 96 mètres, un des monuments les plus photographiés du Royaume-Uni, est souvent dénommée Big Ben, alors que le surnom ne désigne en fait que son imposante cloche de 13,7 tonnes.
Celle-ci va être déconnectée et ne sonnera plus les heures comme elle l'avait fait depuis 158 ans presque sans discontinuer, accompagnée d'un carillon de quatre cloches plus petites pour les quarts d'heure.
L'horloge continuera néanmoins de fonctionner grâce à un mécanisme électrique de substitution, et au moins un de ses quatre cadrans restera toujours visible au public.
Le Brexit sans Big Ben?
Plusieurs élus, jusqu'au sommet du gouvernement britannique, se sont indignés à la perspective de ne plus entendre résonner jusqu'en 2021 les coups qui ouvrent en direct plusieurs émissions de la BBC - sauf pour des événements importants comme le Nouvel An.
C'est une mesure «dingue» pour le ministre du Brexit, David Davis, un chantier «complètement fou» pour le député conservateur James Gray. «Dites à ces pauvres petits de mettre un casque», a réagi dans la presse le député conservateur Nicolas Soames, petit-fils de Winston Churchill, en allusion aux ouvriers dont l'ouïe pourrait être sérieusement endommagée par les 118 décibels de Big Ben.
Même la première ministre Theresa May est intervenue: «Il n'est pas raisonnable que Big Ben soit réduite au silence pendant quatre ans», a-t-elle déclaré mercredi. Elle a exigé des responsables de la Chambre des Communes qu'ils reprennent d'urgence le calendrier des travaux.
Pour les partisans du Brexit, il serait même inconcevable que Big Ben ne marque pas la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne le 29 mars 2019. «Il serait très étrange si à minuit, ce jour-là, elle ne sonne pas, très bizarre. C'est le coeur de notre nation», a estimé le député conservateur Peter Bone dans le Daily Mail.
Marche arrière?
Face à ces réactions virulentes, le Parlement a annoncé dans un communiqué qu'il pourrait faire marche arrière, alors qu'il avait validé la rénovation en 2015. Plusieurs élus ont fait valoir que la durée des travaux n'avait pas été précisée.
«À la lumière des inquiétudes exprimées par un certain nombre de députés, la commission de la Chambre des Communes va réévaluer la durée pendant laquelle les cloches resteront silencieuses» à la reprise parlementaire en septembre, selon le Parlement.
Les «bongs» de Big Ben «font partie intégrante de la vie parlementaire, et nous nous assurerons qu'ils retrouvent leur rôle de gardien du temps de la nation aussi vite que possible», a-t-il précisé.
Il a toutefois rejeté la proposition de faire sonner Big Ben en dehors des heures de travail des ouvriers, la mise en marche et l'arrêt du mécanisme pouvant nécessiter une demi-journée de travail.
Selon un sondage de l'institut YouGov, les Britanniques penchent plutôt (44 %) pour la mise sous silence de Big Ben pendant les travaux, sauf occasions spéciales, que pour une solution permettant de la maintenir en activité.