Le candidat de droite à la présidentielle française, François Fillon, a confirmé mercredi sa convocation devant les juges le 15 mars, tout en continuant toutefois de nier les faits qui lui sont reprochés.

Bientôt inculpé, Fillon refuse de se retirer de la course

Le candidat de droite à la présidentielle française François Fillon a annoncé, mercredi, son maintien coûte que coûte dans la course malgré sa prochaine inculpation dans une affaire d'emplois présumés fictifs, dénonçant un «assassinat politique» à six semaines du premier tour.
«Je ne céderai pas, je ne me rendrai pas, je ne me retirerai pas, j'irai jusqu'au bout», a martelé le candidat dans une allocution depuis son quartier général de campagne à Paris, en annonçant lui-même sa convocation devant les juges, le 15 mars, «afin d'être mis en examen».
Visée dans la même affaire liée à des soupçons d'emplois fictifs payés sur des deniers publics, son épouse Penelope doit elle aussi être convoquée par la justice en vue d'une éventuelle inculpation.
Ces annonces ont provoqué le départ de son équipe de l'ancien ministre Bruno Le Maire, qui a reproché à M. Fillon d'avoir renié sa promesse du 26 janvier de se retirer en cas d'inculpation. Catherine Vautrin, vice-présidente de droite de l'Assemblée nationale, a même réclamé «un autre candidat». Le parti de centre-droit UDI a de son côté «suspendu» sa participation à la campagne de François Fillon.
À l'inverse, sa garde rapprochée a annoncé la tenue, dimanche, d'un rassemblement de soutien.
Appel au peuple
Au départ grand favori pour succéder en mai au président socialiste François Hollande, le candidat conservateur de 62 ans est en difficulté depuis que la presse a révélé à la fin de janvier qu'il avait embauché comme assistants parlementaires sa femme et ses enfants, soupçonnés de ne pas avoir fourni un réel travail.
«Je ne reconnais pas les faits. Je n'ai pas détourné d'argent public», a de nouveau martelé mercredi l'ex-premier ministre du président Nicolas Sarkozy (2007-2012), triomphalement désigné en novembre lors d'une primaire de la droite.
«Au-delà de la procédure judiciaire, c'est au peuple français et à lui seul que j'en appelle désormais [...] parce que seul le suffrage universel et non pas une procédure menée à charge peuvent décider qui sera le prochain président de la République», a argumenté le candidat de la droite.
«Une candidature à l'élection présidentielle n'autorise pas à jeter la suspicion sur le travail des policiers et des juges», a mis en garde le président François Hollande, face aux attaques de Fillon contre l'enquête.
Les magistrats sont au-dessus des «reproches outranciers» et «suivent leur rythme en toute indépendance», ont affirmé de leur côté les premier président et procureur général de la Cour de cassation, plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français. Dans un sondage, 73% des Français estiment qu'il faut laisser la justice faire son travail.
Ce feuilleton judiciaire profite à ses principaux rivaux, la patronne de l'extrême droite Marine Le Pen et l'ancien ministre de l'Économie Emmanuel Macron, repositionné au centre. Tous deux apparaissent désormais comme les mieux placés pour le second tour, le 7 mai, selon les sondages. Macron a accusé M. Fillon de perdre «ses nerfs», tandis que le socialiste Benoît Hamon a condamné «l'incroyable violence» des propos de M. Fillon.
En visite mercredi au Salon de l'agriculture, passage obligé des politiques, François Fillon a pu mesurer les réactions contrastées qu'il suscite, acclamé par ses partisans («Fillon, président») et conspué par ses adversaires («Voleur! Rends l'argent»). Les investigations portent sur des emplois occupés par Penelope Fillon comme attachée parlementaire de son mari et du suppléant de ce dernier pendant plus de 15 ans, pour un montant total de 680 380 euros. Les enquêteurs s'intéressent aussi au salaire perçu dans une revue littéraire appartenant à un proche de son époux.
Autre sujet d'enquête, les emplois d'assistants parlementaires de deux enfants du couple, Charles et Marie Fillon, auprès de leur père de 2005 à 2007.