70 000 Paraguayens ont dû être évacués ces derniers jours.

Au Paraguay, la crue du fleuve fait fuir les plus pauvres

NANAWA — Les rives du Rio Paraguay sont submergées d'eau en raison d'une crue, lente et préoccupante : dans le bourg de Nanawa, en face de la capitale Asuncion, les habitants ont dû abandonner leur maison en raison de la montée du fleuve, qui atteint par endroit 7 mètres au-dessus du niveau normal.

Sur une pirogue où sont empilés un lit, une armoire, une table de chevet et son chien Pirulin, Graciela Acosta est en cours d'évacuation.

Cette mère au foyer de 39 ans s'apprête à traverser la frontière, en compagnie de sa fille, pour se réfugier dans un centre d'accueil de Clorinda, la ville voisine située en Argentine.

«J'en ai assez, c'est la troisième fois que je dois tout déménager à cause des inondations», se désole-t-elle. «Je prie dieu pour que ça se termine. Chaque fois, c'est beaucoup d'argent».

«Dès que l'eau baisse, assure-t-elle, je reviens chez moi».

70 000 évacués

Comme Graciela Acosta, 70 000 Paraguayens ont dû être évacués ces derniers jours. À Nanawa, petite ville de 6000 habitants, seulement un demi-millier d'habitants ont pu rester chez eux : ceux qui ont des maisons à étage.

Chaque année, le Rio Paraguay, un des fleuves les plus importants d'Amérique, déborde et affecte des quartiers pauvres édifiés dans des zones inondables.

Dans les rues de Nanawa, l'eau marron atteint presque les plaques indiquant le nom des rues. Selon les endroits, il y a 1 à 2 mètres d'eau.

Le sous-directeur du service public de météorologie et hydrologie, Nelson Perez, précise que la crue n'est pas aussi importante que celle de 1983, restée dans la mémoire des Paraguayens.

«Ce n'est pas la plus grave crue du Rio Paraguay, mais l'impact est plus important car il y a plus de populations vivant près du fleuve», relève l'expert.

«Ce sont les pires inondations que j'ai vues», affirme Ruben Acosta, 55 ans, qui loue ses services de piroguier-déménageur.

En janvier et février, le niveau du Rio Paraguay était tellement bas que la navigation y était difficile. «Il a beaucoup plu en mars, trois fois plus que d'habitude, et il a encore beaucoup plu en avril et en mai», explique Nelson Perez, qui évoque aussi la déforestation comme facteur aggravant.

«Comme à Venise»

De l'eau jusqu'à la poitrine, Rigoberto Nunez sort du cimetière de Nanawa, en portant à bout de bras un chandelier, un vase, des crucifix et des portraits de défunts, provenant du caveau familial. «Je préfère les emporter, par précaution», confie ce commerçant ambulant de 47 ans.

La ville étant sans électricité, sans policiers, les habitants essaient de tout emporter, par peur des vols.

Rigoberto Nunez se dirige vers un centre d'accueil installé dans une favela de Clorinda par les autorités argentines, où il a déjà mis ses meubles à l'abri.

Enrique Cardozo, un forgeron de 51 ans, constate les dégâts dans son atelier, sous un mètre d'eau. «J'ai perdu mon canapé, le placard, je n'avais pas d'endroit où les mettre», raconte ce père de quatre enfants. La famille a migré au premier étage de la maison, située à 15 mètres du fleuve.

«Il a plu pendant une semaine sans s'arrêter. Un jour, l'eau est montée d'un mètre, c'était impressionnant, on n'a pas pu tout sauver. Il n'y a pas un endroit où on peut poser le pied sur terre. Nous sommes comme à Venise, on se déplace en gondole», plaisante le Paraguayen.

Sur l'autre rive du Rio Paraguay, Asuncion n'est pas épargnée. Plusieurs zones basses ont été évacuées.

Dans le quartier résidentiel de Sajonia, les commerçants et habitants disposent des sacs de sable sur les trottoirs, à titre préventif, pour contenir les inondations.

L'expert en hydrologie Nelson Perez se montre plutôt rassurant. Le niveau du Rio Paraguay n'a que faiblement monté lundi. Il prévoit encore une faible montée des eaux dans les prochains jours, puis une décrue la première quinzaine de juin.