Actuellement, une quinzaine de suspects sont visés par la justice française, pour les attentats les plus meurtriers ayant frappé la France au cours des dernières décennies.

Attentats de novembre 2015 en France: l’enquête dans la dernière ligne droite

PARIS - Trois ans après les attentats qui ont visé Paris et Saint-Denis, au nord de la capitale, le 13 novembre 2015, l’enquête tentaculaire menée par des juges d’instruction antiterroristes entre dans sa dernière ligne droite et, même si des zones d’ombre demeurent, elle devrait être bouclée d’ici un an.

Actuellement, une quinzaine de suspects sont visés par la justice française, pour les attentats les plus meurtriers ayant frappé la France au cours des dernières décennies.

Ce jour-là, neuf hommes avaient attaqué en plusieurs points la capitale française et Saint-Denis, aux abords du Stade de France, à des terrasses de restaurants et dans la salle de concerts du Bataclan, faisant 130 morts et plus de 350 blessés.

Les investigations ont mis au jour une cellule jihadiste bien plus importante derrière ces attentats, avec des ramifications à travers l’Europe, essentiellement en Belgique. Le 22 mars 2016, elle avait aussi frappé à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles, faisant 32 morts.

Onze des suspects sont aux mains de la justice et mis en examen, à commencer par Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des trois commandos jihadistes qui ont perpétré ces attaques.

Au moins six autres font l’objet d’un mandat d’arrêt, dont les frères Fabien et Jean-Michel Clain, des figures de l’organisation dont les voix ont été identifiées dans la revendication de l’organisation État islamique (EI).

«On est en train d’approcher de la fin du dossier. Bien évidemment, j’aimerais qu’on puisse arrêter des figures emblématiques comme les frères Clain mais ce n’est pas l’essentiel aujourd’hui. Nous sommes déjà pratiquement dans la phase du procès et il faut réfléchir aux conditions dans lesquelles il va se tenir», a expliqué à l’AFP Me Gérard Chemla, avocat de parties civiles.

Ce procès, qui pourrait avoir lieu en 2020, s’annonce inédit en raison du nombre exceptionnel de parties civiles (1.700) et d’avocats (300). Sans oublier les mesures de sécurité strictes qui seront à mettre en place. Un des enjeux sera notamment de trouver un lieu adapté.

«Ce sera un procès très long qui va durer six mois, voire plus. Il est important qu’il ait lieu dans une enceinte judiciaire pour que les victimes et les mis en cause ressentent qu’on est face à la justice. Et, sauf erreur de ma part, une salle aussi importante n’existe pas. Il faut que dans les six mois qui viennent les pouvoirs publics se saisissent de cette question», a relevé Me Géraldine Berger-Stenger, également avocate de parties civiles.

«Savoir arrêter les investigations» 

Pour l’heure, les enquêteurs sont parvenus à reconstituer une grande partie de la logistique des attaques, notamment le parcours à travers l’Europe des membres de la cellule, revenus de Syrie, et les planques qui ont été louées.

Mais des questions demeurent, comme l’évocation d’une cible dans le 18e arrondissement de Paris dans la revendication de l’EI ou le rôle exact de Salah Abdeslam. Il avait déposé les trois kamikazes du Stade de France le soir des attaques, avant d’abandonner une ceinture explosive, laissant penser qu’il devait lui aussi mener une attaque-suicide.

Muré dans le silence pendant plusieurs mois, le détenu le plus surveillé de France a bénéficié d’un assouplissement de ses conditions de détention, même s’il reste encore à l’isolement complet à la prison de Fleury-Mérogis.

Il avait finalement pris la parole en mars 2018 devant les juges d’instruction pour dédouaner un suspect, Ali Oulkadi, remis en liberté sous contrôle judiciaire quelques semaines plus tard.

Depuis, Salah Abdeslam, condamné en avril à 20 ans de prison par la justice belge pour une fusillade le 15 mars 2016 à Bruxelles, trois jours avant son arrestation, s’est de nouveau exprimé en juin, pour justifier les attaques jihadistes au cours d’une déclaration spontanée.

«Il ne faut rien attendre de particulier de Salah Abdeslam, il ne faut pas se laisser prendre en otage par lui. Même si des éléments restent à éclaircir, à un moment, il faut savoir arrêter les investigations. On peut très bien découvrir des choses après le procès, ce n’est pas un problème», fait valoir un avocat de parties civiles.