Dans une vidéo postée sur YouTube une semaine avant ses crimes, supprimée depuis, Tobias Rathjen avait appelé en anglais «tous les Américains» à «se réveiller», prétendant que leur «pays est sous le contrôle de sociétés secrètes invisibles» qui utilisent des «méthodes maléfiques inconnues comme le contrôle des esprits».

Attentat de Hanau: un tireur raciste, paranoïaque et complotiste

BERLIN — L’unique suspect de la double fusillade de Hanau, qui a fait neuf morts mercredi soir dans le centre de l’Allemagne, apparaît comme un paranoïaque au discours raciste et complotiste, éduqué mais socialement isolé.

Avant d’être retrouvé mort auprès de sa mère tuée par balle, Tobias Rathjen, 43 ans, a laissé derrière lui une vidéo et un manifeste de 24 pages, que l’AFP a pu consulter.

Voilà ce que l’on sait de lui et de ses mobiles :

Tobias Rathjen se présente sur son site Internet comme un Allemand né en 1977 à Hanau, une ville de près de 100 000 habitants du centre de l’Allemagne. Il y a grandi et effectué sa scolarité.

Après son baccalauréat, il a suivi une formation de conseiller bancaire à Francfort, puis a fait des études de gestion à Bayreuth (Bavière) entre 2000 et 2007. 

Il a ensuite travaillé chez un prestataire de services financiers, puis comme conseiller clientèle pour un comparatif en ligne à Munich où il louait un appartement, selon le Spiegel.

Éternel célibataire, il vivait à Hanau avec ses parents, tous deux âgés de 72 ans, tout près du deuxième bar visé, dans un quartier populaire.

Membre de deux clubs de tir sportif et d’un club de soccer à Munich, il restait socialement isolé, relate le Spiegel. Ses anciens collègues de travail décrivent un «bourreau de travail», avec parfois des journées de 12h, «très ambitieux» qui «prenait même les matchs de ping-pong au sérieux» mais avec un relationnel «proche de zéro».

«Surveillé depuis toujours»

Dans son manifeste, où apparaissent des dessins méticuleux et inexpressifs censés le représenter dans différentes situations de sa vie, il assure avoir été espionné depuis l’enfance par une «organisation secrète» qui pouvait «lire dans ses pensées».

Parmi les «pensées» qu’il prétend avoir vu se réaliser, il évoque pêle-mêle : les guerres en Irak et en Afghanistan déclenchées par les États-Unis; son souhait, «réalisé» en 2004, de voir Jürgen Klinsmann devenir sélectionneur de l’équipe allemande de soccer et plusieurs films hollywoodiens dont il avait imaginé le scénario (Allô maman, ici bébé, The Cell, Starship Troopers).

«Rien de tout cela ne peut être une coïncidence», estime-t-il, précisant qu’il a porté plainte à trois reprises, en vain. Pour tenter d’affronter cette «menace», il avait contacté un préparateur mental. «Je pense qu’il a vu en moi quelqu’un qui avait des réponses à ses questions», explique à Bild Bernd Gloggnitzer, qui lui avait répondu ne pas pouvoir l’aider.

Motivations racistes

Interrogés par le Spiegel, ses anciens collègues connaissaient ses penchants racistes : «pour lui, l’extrême droite AfD n’était pas assez radicale».

Dans son manifeste, il appelle à «anéantir» la population d’au moins 24 pays, allant du Maghreb au Moyen-Orient en passant par Israël, avançant des thèses suprémacistes.

Convaincu de la suprématie du peuple allemand et admirateur du président américain Donald Trump, il enjoint les États-Unis à prendre la tête du combat pour «sauvegarder l’Occident», notamment pour contrer l’influence grandissante de la Chine.

Dans une vidéo postée sur YouTube une semaine avant ses crimes, supprimée depuis, il avait appelé en anglais «tous les Américains» à «se réveiller», prétendant que leur «pays est sous le contrôle de sociétés secrètes invisibles» qui utilisent des «méthodes maléfiques inconnues comme le contrôle des esprits».

Filmé devant un fauteuil marron, un mur de classeurs vieillots et un petit lit, il parle également de l’existence de «bases militaires souterraines» dans lesquelles certaines personnes font «l’éloge du diable», «maltraitent, torturent et tuent de petits enfants».

Son site Internet comportait également des sections sur des personnes disparues, sur les recherches prétendument secrètes du gouvernement américain concernant les extraterrestres ou sur les expériences psychologiques de la CIA dans les années 1950 et 1960.