Un enfant reçoit des traitements après une attaque chimique dans le fief rebelle et jihadiste de Khan Cheikoun, mardi, dans le nord-ouest de la Syrie.

Attaque chimique meurtrière en Syrie

Une attaque chimique dans une ville contrôlée par les rebelles dans le nord de la Syrie a tué des dizaines de personnes, mardi, et a laissé des résidants à bout de souffle et en convulsion dans les rues et les hôpitaux bondés. L'administration Trump a blâmé le gouvernement syrien de Bachar el-Assad pour l'attaque, et a affirmé que la Russie et l'Iran avaient une «grande responsabilité morale» à l'égard des victimes.
Si la nature de l'attaque est confirmée, ce serait l'attaque chimique la plus meurtrière en quatre ans. L'Observatoire syrien des droits de la personne, à Londres, a indiqué que l'attaque chimique dans la province d'Idlib avait fait au moins 58 morts, dont au moins 11 enfants. Le Centre médiatique d'Idlib rapporte de son côté que des dizaines de personnes ont été tuées. Des témoins ont affirmé que l'offensive, à l'aube, avait été menée par des avions-chasseurs Soukhoï appartenant aux gouvernements syrien et russe.
Des médecins peinaient à suffire à la tâche et des vidéos du secteur ont montré des infirmiers bénévoles utilisant des boyaux d'incendie pour tenter d'enlever les produits chimiques des corps des victimes. Des images horribles d'enfants morts entassés reflétaient l'ampleur de l'attaque, rappelant celle en 2013 ayant fait des centaines de morts, la pire dans le terrible conflit syrien des six dernières années.
On ne sait pas si toutes les victimes de mardi ont été asphyxiées ou si certaines ont été tuées par l'explosion. Un militant médical de Sarmin a ajouté que le chlore gazeux ne cause pas de tels symptômes et que les médecins croient que plus d'un gaz, et probablement du gaz sarin, a été utilisé.
Le gouvernement syrien a «rejeté catégoriquement» toute responsabilité dans l'attaque, disant ne pas posséder d'armes chimiques, ne pas en avoir fait usage par le passé et ne pas avoir l'intention d'en utiliser à l'avenir. Il a rejeté le blâme sur les rebelles, les accusant d'avoir inventé l'attaque et de tenter de piéger le gouvernement syrien. Le ministère russe de la Défense a aussi nié toute implication.
À la suite de l'attaque en 2013, le gouvernement du président Bachar el-Assad avait accepté de détruire son arsenal chimique et d'adhérer à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques.
À leur arrivée sur les lieux de l'attaque, les secouristes ont trouvé des dizaines de morts et des résidents à bout de souffle et en convulsion dans les rues.
Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira d'urgence mercredi matin pour discuter de ces événements, à la demande de la France et du Royaume-Uni. L'Organisation des Nations unies (ONU) a dit ne pas être en mesure de vérifier de manière indépendante les informations sur cette présumée attaque chimique dans la province d'Idlib, mais le secrétaire général Antonio Guterres s'est dit «profondément troublé» par les événements.
Un porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a indiqué que l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques avait commencé à recueillir des renseignements pour déterminer si des armes chimiques avaient été utilisées.
Mardi, les condamnations sont venues rapidement de plusieurs dirigeants dans le monde, incluant la Maison-Blanche, qui a parlé d'un acte «odieux» ne pouvant «pas être ignoré par le monde civilisé».
Le secrétaire d'État des États-Unis, Rex Tillerson, a affirmé que la Russie et l'Iran avaient une «grande responsabilité morale» relativement aux victimes de l'attaque chimique alléguée en Syrie.
Le secrétaire d'État américain a ajouté qu'ils ne devraient pas se faire d'illusions sur les intentions de Bachar el-Assad. Il a estimé que quiconque utilise des armes chimiques pour s'en prendre à sa propre population devait être imputable pour un «mépris fondamental de la décence humaine».
Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a déclaré que cette attaque portait «l'empreinte» du régime syrien. L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft avait précédemment déclaré qu'il s'agissait «clairement d'un crime de guerre».
Gaz sarin, moutarde, VX ou chlore: des armes chimiques, toxiques et meurtrières
Cette image tirée d'une vidéo montre un enfant syrien de la province d'Idleb possiblement intoxiqué par une arme chimique en train de recevoir les soins d'un médecin.
Rappel des principaux types d'armes chimiques létales, après l'attaque meurtrière aux «gaz toxiques» sur une ville rebelle de la province d'Idleb, pour laquelle le régime de Bachar al-Assad a été mis en cause.
En 2013, le gouvernement syrien a ratifié la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. Et la Syrie est censée avoir détruit son arsenal chimique aux termes d'un accord américano-russe. Mais le régime a été suspecté d'avoir à nouveau utilisé des armes chimiques et mené des attaques au chlore.
Gaz sarin 
Le gaz sarin est un puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible, découvert en 1938 en Allemagne. Le régime syrien a été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin le 21 août 2013 dans l'attaque de localités aux mains des rebelles en périphérie de Damas, ayant fait au moins 1429 morts, dont 426 enfants, selon les États-Unis.
Même s'il n'est pas inhalé, le simple contact avec la peau de ce gaz organophosphoré bloque la transmission de l'influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d'un demi-milligramme pour un adulte. Les victimes se plaignent d'abord de maux de tête violents et présentent des pupilles dilatées. Surviennent ensuite convulsions, arrêts respiratoires et coma précédant la mort.
Il a été aussi utilisé comme arme chimique lors du conflit Iran-Irak dans les années 80, puis par la secte «Aum Vérité Suprême» dans un attentat perpétré le 20 mars 1995 dans le métro de Tokyo.
Gaz moutarde 
Le moutarde, utilisé initialement durant la Première Guerre mondiale, est un gaz de combat asphyxiant.
En août 2016, des enquêteurs de l'ONU ont accusé le groupe jihadiste État islamique (EI) d'avoir utilisé du gaz moutarde à Marea, dans la province d'Alep (nord de la Syrie), le 21 août 2015.
Ce gaz toxique vésicant (sulfure d'éthyle dichloré) est également nommé «ypérite» du nom de la ville d'Ypres (nord-ouest de la Belgique) près de laquelle il servit pour la première fois en juillet 1917, à l'initiative des Allemands.
Le gaz moutarde a marqué la mémoire collective en raison des horribles lésions qu'il inflige et de la terreur qu'il inspire.
Par contact, il couvre la peau de cloques très douloureuses tandis que les yeux sont irrités, les paupières enflammées se ferment et rendent momentanément aveugle. Des hémorragies internes et externes se développent et détruisent les poumons. Les patients mettent 4 à 5 semaines à décéder d'un oedème pulmonaire.
VX 
Le VX, agent neurotoxique, est encore plus puissant que le sarin.
Il attaque rapidement le système nerveux. Une haute dose peut tuer en quelques minutes quand elle est inhalée, dans la mesure où le gaz innervant se répand rapidement dans les vaisseaux sanguins transportant le sang dans les poumons et les autres organes vitaux.
Selon un document de l'UE, consulté en mai 2015, des inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont découvert des traces d'éléments entrant dans la fabrication de gaz sarin et de gaz VX sur un site non déclaré en Syrie.
Chlore 
La Convention sur les armes chimiques interdit l'utilisation de produits tels que le chlore à des fins militaires.
En mars 2015, l'ONU a adopté une résolution condamnant l'utilisation du gaz de chlore comme arme chimique dans le conflit syrien. Une mission d'enquête de l'ONU et de l'OIAC a déterminé que le régime syrien avait mené au moins trois attaques au chlore en 2014 et 2015.  AFP
Pour Netanyahu, le monde doit débarrasser la Syrie des armes chimiques
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi que la communauté internationale devait agir pour éliminer les armes chimiques en Syrie.
Des photos et des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent les corps de jeunes enfants, apparemment sans vie.
«Quand j'ai vu les images des bébés suffoquant en raison d'une attaque chimique en Syrie, j'ai été choqué et scandalisé», a déclaré M. Netanyahu, cité par son bureau.
«J'appelle la communauté internationale à respecter ses engagements de 2013 et retirer entièrement et définitivement ces armes horribles de Syrie», a-t-il dit.
La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked a pour sa part appelé plus spécifiquement les États-Unis à agir.
«Nous avons l'obligation de pousser un cri aux nations du monde, et en particulier au président (américain Donald) Trump, pour mettre fin à cette atrocité», a-t-elle déclaré.  AFP
Le porte-parole de l'EI appelle à de nouvelles attaques
Le porte-parole du groupe jihadiste État islamique (EI) a appelé mardi ses partisans à s'attaquer aux pays qui luttent contre l'organisation en Irak et en Syrie, décrivant le président des États-Unis Donald Trump comme un «affreux idiot».
Dans un enregistrement sonore diffusé sur les réseaux sociaux, Aboulhassan al-Mouhajer a estimé que les États-Unis étaient «en faillite» et «s'étaient noyés» puisque le pays était désormais dirigé par «un affreux idiot qui ne sait pas ce que sont la Syrie, l'Irak, et l'islam».
Il a demandé aux «soldats» du groupe de mener des attaques notamment au Yémen, dans le Sinaï (Égypte), en Libye, dans l'ouest de l'Afrique mais aussi aux États-Unis, en Russie et en Europe.
Cet enregistrement du porte-parole de l'EI, son premier depuis décembre, intervient alors que les forces irakiennes progressent face aux combattants du groupe jihadiste dans l'ouest de Mossoul, après avoir repris en janvier la partie orientale de la deuxième ville du pays.
Les jihadistes sont également en grande difficulté près de Raqa, leur fief en Syrie.
Ces deux dernières années, le groupe jihadiste a accumulé les revers en Irak et en Syrie, perdant une large partie des territoires qu'il avait conquis en 2014 et sur lesquels il avait proclamé un «califat».  AFP