Les funérailles de la directrice d’école primaire Elsa Mendoza, une des 22 victimes de la fusillade à El Paso, ont eu lieu jeudi à Ciudad Juárez au Mexique.

Après les fusillades aux États-Unis: le pays toujours divisé sur les armes à feu

EL PASO — Cinq jours après deux fusillades meurtrières, le débat sur l’accès aux armes continuait jeudi à tourner à vide aux États-Unis, la visite de Donald Trump dans les villes endeuillées ayant de nouveau illustré les profondes divisions de la société américaine.

Le débat persistait aussi sur ce qui aurait pu être fait pour empêcher les deux tueries, perpétrées à 13 heures d’intervalle à El Paso, au Texas, et à Dayton, dans l’Ohio, par deux jeunes hommes armés de fusils d’assaut qui ont fait 31 morts.

Inquiète, la mère du tireur d’El Paso avait, selon les médias, prévenu la police que ce jeune Blanc aux motivations racistes possédait un fusil d’assaut des semaines avant qu’il n’abatte 22 personnes, en majorité hispaniques.

Un agent lui avait répondu que son fils étant majeur, la situation n’était en rien illégale.

À Dayton, dans l’Ohio, les motivations de l’assaillant, dont la sœur figure parmi les neuf victimes tuées en 30 secondes, restent incertaines.

Lors d’une visite millimétrée, Donald Trump s’est rendu mercredi dans ces deux villes meurtries.

Pour justifier la tenue à distance des médias, la Maison-Blanche a invoqué le respect pour les victimes et leurs familles.

Mais le président républicain a plus tard tweeté des vidéos montrant un personnel hospitalier souriant, accompagnées d’une musique dramatique au pur goût hollywoodien.

Dans une séquence filmée par un particulier, Donald Trump s’éloigne rapidement — apparemment insensible à la solennité du moment — des mots d’hommage adressés aux médecins pour leur vanter la taille de la foule qui l’avait attendu dans la même ville en février.

«Trump a réussi hier [mercredi] à faire de ses visites un événement centré sur sa personne», s’est indigné le parti démocrate.

Chez les manifestants anti-Trump à El Paso, on a rappelé ses propos incendiaires sur l’immigration clandestine hispanique, qu’il qualifie régulièrement d’«invasion». Un terme repris dans un manifeste du tireur publié en ligne avant son massacre.

«Tout ce que le président dit et fait encourage les partisans de la suprématie blanche», a déclaré jeudi Joe Biden, favori de la primaire démocrate pour la présidentielle de 2020.

L’ancien vice-président de Barack Obama a ajouté que s’il était élu, il rétablirait l’interdiction des fusils d’assaut appliquée aux États-Unis entre 1994 et 2004.

Mais pour l’instant, parlementaires républicains et démocrates semblent encore très loin de parvenir à un accord autour des armes à feu, responsables de près de 40 000 morts aux États-Unis en 2018 (en incluant les suicides).

En pleines vacances parlementaires, plus de 200 maires des deux partis — dont ceux d’El Paso et de Dayton — ont demandé jeudi que le Sénat, à majorité républicaine, se réunisse en urgence pour voter sur deux mesures déjà approuvées en février par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a écrit directement à Donald Trump pour lui demander d’employer ses prérogatives présidentielles et de convoquer le Sénat afin qu’il vote sur ces textes, qui prévoient d’étendre les contrôles des antécédents des acheteurs et d’allonger à dix jours la durée entre ce contrôle et la livraison des armes.

Ces mesures n’ont jamais été inscrites à l’ordre du jour du Sénat par le chef de la majorité, Mitch McConnell, habile stratège qui sait d’ordinaire finement jauger les chances de passage d’un texte.

Or les parlementaires républicains sont largement opposés à toute loi entravant selon eux le droit constitutionnel des Américains à porter une arme.

M. McConnell a bien déclaré jeudi que le Sénat se pencherait sur des propositions, mais pas avant la rentrée parlementaire.

«Quand nous rentrerons, j’espère que nous pourrons nous mettre d’accord et adopter quelque chose», a-t-il avancé sur une radio, sans préciser quelle mesure avait sa préférence.

Après plusieurs allers-retours sur le sujet, Donald Trump a fait savoir mercredi qu’il était favorable à une disposition qui permettrait de confisquer les armes de personnes souffrant de troubles mentaux.

Mais, a-t-il souligné, il n’y a «pas d’appétit politique» à Washington pour une interdiction des fusils d’assaut.

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LA NRA S'OPPOSE À DES RÉFORMES SUR LES VENTES D'ARMES

WASHINGTON — Le puissant lobby américain des armes NRA a exprimé jeudi son opposition à des réformes visant à renforcer les contrôles sur les ventes d’armes, réclamées par de nombreux acteurs depuis les fusillades meurtrières du week-end.

L’influent directeur général de la National Rifle Association, Wayne La Pierre, s’est entretenu mardi avec le président Donald Trump pour lui rappeler que sa base de partisans n’appréciait pas les réformes en discussion au Congrès, a rapporté le Washington Post.

«Je n’aime pas discuter de mes conversations privées avec le président Trump ou qui que ce soit», a réagi Wayne La Pierre sur Twitter.

«Mais je peux confirmer que la NRA s’oppose à toute loi qui empiéterait injustement sur les droits des honnêtes citoyens», a-t-il ajouté.

«Une vérité dérange, a-t-il poursuivi : les propositions en discussions n’auraient pas empêché les tragédies horribles d’El Paso et de Dayton».

Ces villes du Texas et de l’Ohio ont été le théâtre ce week-end de deux fusillades, qui ont coûté la vie à 31 personnes et fait une cinquantaine de blessés.

Depuis, la pression monte sur le leader de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, pour qu’il fasse voter son assemblée sur deux propositions de loi adoptées en février par la Chambre des représentants contrôlée par les démocrates.

Avant son échange avec Wayne La Pierre, Donald Trump avait évoqué dans un tweet son soutien à ces réformes, liant toutefois leur adoption à l’approbation par l’opposition démocrate de mesures qu’il réclame en matière d’immigration.

Depuis, il n’est pas revenu sur le sujet, se contentant de prôner une réforme pour confisquer les armes des personnes jugées dangereuses par leur entourage.

La NRA, qui revendique cinq millions de membres, avait contribué à hauteur de 30 millions de dollars à la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016. AFP