Le Premier ministre portugais prône le débroussaillage des forêts depuis de longues années. Mais les campagnes se sont dépeuplées, nombre d’habitants qui ont gagné les villes ou l’étranger ne reviennent que rarement dans leurs propriétés.

Après les feux de forêt, le Portugal en opération débroussaillage

LISBONNE - Après les terribles incendies qui ont fait 112 morts l’an dernier, le gouvernement portugais a fait de la lutte contre ce fléau une priorité absolue, allant jusqu’à participer samedi à une opération de débroussaillage en forêt pour montrer l’exemple à une population parfois réticente.

Aux quatre coins du pays, le président de la République portugaise Marcelo Rebelo de Sousa, le Premier ministre Antonio Costa et une vingtaine de membres de son gouvernement ont pris part à ces travaux menés sur plusieurs hectares des forêts qui couvrent les deux tiers du territoire.

Plusieurs ministres, dont la ministre de la Justice Francisca Van Dunem, ont défriché des hectares de maquis denses et planté de jeunes pousses d’arbres autres que des eucalyptus, extrêmement inflammables.

Le chef de l’exécutif socialiste a fait de la lutte contre les feux de forêt sa première priorité après les sévères critiques émises contre la réponse du gouvernement aux vagues d’incendies meurtriers de juin et octobre 2017.

C’est jusqu’ici la seule fausse note d’un mandat débuté en novembre 2015 et marqué par la reprise encourageante de l’économie portugaise après des années de crise et de politiques d’austérité.

«Le Portugal prend pour la première fois conscience qu’il est absolument nécessaire de défricher les zones à risque afin de réduire le nombre d’incendies l’été», a déclaré M. Costa à son arrivée à Loulé, à l’extrême sud du pays.

Le Premier ministre portugais prône le débroussaillage des forêts depuis de longues années. Mais les campagnes se sont dépeuplées, nombre d’habitants qui ont gagné les villes ou l’étranger ne reviennent que rarement dans leurs propriétés, et ceux qui restent, vieillissants, ne sont plus en mesure d’effectuer les travaux.

Panique des propriétaires

Le 14 février, M. Costa a durci un décret-loi qu’il avait fait voter en 2006, quand il était ministre de l’Intérieur, et qui impute aux propriétaires de terrains la responsabilité de nettoyer les espaces boisés.

Il leur était alors donné jusqu’au 15 mars pour défricher leurs propriétés et couper les arbres dans un rayon de 50 mètres autour de toute habitation et 100 mètres en périphérie des zones peuplées.

Pour les contrevenants, les amendes prévues vont de 140 à 5000 euros pour une personne physique et peuvent atteindre 120 000 euros pour une personne morale.

Un courriel des services des impôts envoyé à tous les contribuables pour les alerter sur ces nouvelles mesures avait suscité la panique, et nombre d’élus locaux et d’associations avait critiqué le délai jugé trop court.

«Le gouvernement souhaite rattraper en trois mois ce qui aurait dû être fait au cours des cinq dernières années», s’était notamment indignée l’association de défense de l’environnement Quercus.

En réponse, le Premier ministre avait martelé que «l’objectif du gouvernement n’est pas de sanctionner [...] mais de nettoyer les forêts pour écarter toute menace contre les populations et les habitations».

Face à cette polémique, l’exécutif a décidé de prolonger le délai jusqu’au 31 mai.

Manque de moyens

L’un des autres grands chantiers d’Antonio Costa est le renforcement des effectifs de protection civile et de l’armée dans les zones présentant le plus de risques.

Mais un rapport d’une commission d’experts indépendante sur les feux de forêt de 2017, rendu public mardi, a indiqué que le déplacement d’unités militaires n’avait «pas obtenu le plein aval des autorités supérieures», sans plus d’explications.

Le mécontentement couve également chez les quelque 68 000 pompiers du Portugal, à 80% volontaires, en première ligne tous les étés.

Les feux de 2017 ont notamment mis en évidence l’insuffisance de leurs moyens de communication quand le feu détruit les lignes téléphoniques et les relais de téléphones portables.

L’hebdomadaire Expresso avançait samedi que la Ligue des pompiers volontaires envisageait d’agiter la menace d’un boycott du plan national de la protection civile.

Les autorités portugaises tentent également de réduire les surfaces plantées d’eucalyptus, pour les remplacer par des espèces plus résistantes comme le chêne-liège.

Mais elles se heurtent à l’industrie du papier, qui encourage la plantation d’eucalyptus dont vivent de nombreux petits propriétaires de l’intérieur du pays.