Première Rom à être admise à la Sorbonne, Anina Ciuciu pourrait devenir dimanche la première sénatrice rom de l'histoire de la France.

Anina Ciuciu, la Rom qui rêve de devenir sénatrice

Des bidonvilles aux ors de la République? À seulement 27 ans, l'élève avocate Anina Ciuciu rêve de devenir dimanche la première sénatrice rom de France. Pour «redonner de la fierté à ceux qui sont obligés de baisser la tête».
«J'ai été mendiante, j'ai été humiliée à jamais. Mon parcours prouve que tout est possible», résume celle qui mène une liste indépendante en banlieue parisienne avec la bénédiction de la sénatrice écologiste sortante, Aline Archimbaud. Ses chances sont minces, mais elle veut «ouvrir la voie».
Quelque 20 000 Roms vivent actuellement en France, le plus souvent dans des conditions très précaires. Les évacuations forcées des campements où ils se sont installés sont régulièrement dénoncées par les associations.
Anina est âgée de 7 ans quand ses parents - père comptable, mère infirmière - fuient la Roumanie post-communiste ravagée par la crise. Avec leurs trois fillettes, les Ciuciu traversent à pied les champs minés de l'ex-Yougoslavie pour gagner Rome, «au péril de leur vie, comme les migrants d'aujourd'hui».
Après six mois de vie «inhumaine» dans un campement géant, la famille part pour la France. «Mon père voulait nous offrir un avenir dans le pays des droits de l'homme», raconte l'étudiante à la longue chevelure brune.
Mais en France, déboutés du droit d'asile et sommés de quitter le territoire, ils sont chassés de l'hôtel social où ils vivent, mais aussi de l'école. «Le directeur en pleurait.»
Un jour, à Bourg-en-Bresse, dans le sud-est de la France, sa mère fait une rencontre qui va changer le cours de leur histoire : l'institutrice Jacqueline de la Fontaine.
«Elle était sur la place du marché, avec une fillette dans les bras», se souvient Mme de la Fontaine. L'institutrice prend la famille sous son aile et l'accompagne dans ses démarches avec une priorité : la scolarisation des enfants.
À 8 ans, Anina intègre l'école élémentaire et apprend le français. «Douée» et «tenace» selon l'enseignante, elle finit par décrocher un bac scientifique avec mention et choisit le droit, «pour lutter contre les injustices».
Dure bataille
Naturalisée en 2013 grâce à la publication d'un livre, Je suis tzigane et je le reste, la jeune femme est aujourd'hui la seule de sa famille à être Française.
«Nous avons eu la chance de faire la bonne rencontre au bon moment. Pourtant, ce n'est pas le rôle de la chance, mais celui des institutions de permettre un tel parcours», s'énerve-t-elle.
Si elle est élue, Anina martèle qu'elle ne sera pas «la Rom de service», mais accepte le fait qu'elle deviendrait un symbole : «Ce serait historique qu'une jeune femme française d'origine rom soit élue. Surtout au Sénat, majoritairement composé d'hommes et où la moyenne d'âge est de 64 ans!»
«Je la soutiens, car elle représente des combats difficiles, pour la justice et l'écologie. Mais la bataille va être dure, car elle est jeune et qu'il y a aussi beaucoup de préjugés sur les Roms», prédit la sénatrice Aline Archimbaud.
«C'est un modèle pour les Roms en général, et les filles en particulier. Elle aide à casser cette barrière de l'estime de soi, très présente dans la communauté», estime Cristian Padure, un trentenaire venu assister mercredi à un rassemblement.
«Cette candidature est très tardive, mais c'est le début de quelque chose. En Suède ou en Europe centrale, il y a déjà des députés roms», rappelle Pierre Chopinaud, directeur de la Voix des Roms.
Pourquoi n'y a-t-il pas davantage d'Anina Ciuciu? «Anina a eu un parcours scolaire normal, répond le militant. Mais, malheureusement, elle est une exception en Seine-Saint-Denis, banlieue nord de Paris où se présente la jeune femme. À cet endroit, 80 % des enfants roms sont déscolarisés.