«Alep est le vrai tournant de la guerre, c'est l'équivalent de Stalingrad», affirme le géographe français et expert de la Syrie Fabrice Balanche, en référence à la ville russe qui avait résisté durant six mois aux troupes allemandes, leur infligeant une défaite qui a renversé le cours de Seconde Guerre mondiale.

Alep, «le vrai tournant» de la guerre en Syrie

La prise inéluctable d'Alep marque un moment décisif dans la guerre en Syrie, car elle conforte le régime victorieux dans sa volonté de reconquérir le pays, tandis que les rebelles auront du mal à se relever, estiment les analystes.
«Alep est le vrai tournant de la guerre, c'est l'équivalent de Stalingrad», affirme le géographe français et expert de la Syrie Fabrice Balanche, en référence à la ville russe qui avait résisté durant six mois aux troupes allemandes, leur infligeant une défaite qui a renversé le cours de Seconde Guerre mondiale.
Pour lui, le président Bachar Al-Assad a besoin de cette victoire, car «sans Alep, il était un demi-président».
Il lui était «difficile de présider aux destinées de la Syrie sans tenir la seconde ville du pays. Avec sa victoire, il peut se présenter comme le président de toute la Syrie», ajoute ce chercheur au Washington Institute.
Le contrecoup va être considérable pour les rebelles, car «ils vont perdre leur légitimité» d'après lui. «Le mythe d'une rébellion modérée à Alep capable de représenter une alternative politique et militaire, c'est fini.»
Depuis le début, le 15 novembre, de l'offensive menée à coups de violents bombardements d'artillerie et aériens, les forces du régime ont pris 85 % de la partie est de la ville.
«Briser le dos de l'opposition»
«La prise d'Alep représente un grand succès pour le régime, et même s'il ne prend pas rapidement toute la ville, Alep a déjà cessé d'une certaine façon d'être une place forte de l'opposition», assure Yezid Sayigh, le principal analyste du Centre Carnegie Moyen-Orient.
Pour le chercheur, la conquête d'Alep est «politiquement très importante», et «aura pour effet de briser le dos de l'opposition armée».
Plus de cinq ans et demi après le début de la guerre, «l'idée que le régime puisse être renversé militairement est définitivement abandonnée», souligne-t-il.
Le président syrien peut désormais se targuer de contrôler les trois principales villes du pays, Damas Homs et Alep, et la quasi-totalité de la Syrie «utile», c'est-à-dire l'ouest du pays, le reste étant en grande partie du désert. Ses alliés russe et iranien peuvent aussi largement revendiquer cette victoire.
Les rebelles, eux, ont perdu leur ville symbole dont la conquête surprise en juillet 2012 leur avait permis de se poser comme une alternative aux forces du régime. Leurs alliés du Golfe, la Turquie et les Occidentaux n'ont plus les moyens de leur porter secours.
Le pouvoir va notamment prouver qu'il est «en position de rouvrir l'axe reliant la frontière jordanienne [dans le sud] à quasiment la frontière turque [dans le nord]», souligne M. Sayegh.
D'après M. Balanche, au sein des rangs rebelles «les redditions vont se multiplier autour de Damas, en particulier dans la Ghouta», bastion de la rébellion à l'est de la capitale. Douma, principale ville dans cette région, «ne veut pas connaître le même sort qu'Alep-Est», en étant totalement dévastée par les bombardements.
Effet «boule de neige»
Pour Joshua Landis, directeur du Centre d'études pour le Moyen-Orient de l'Université d'Oklahoma, «la victoire d'Alep aura un effet boule de neige». Une fois que les groupes anti-régime «auront compris que les jours de la rébellion sont comptés, ils seront plus enclins à négocier les moyens de se rendre», dit-il.
Reste à savoir quelle sera la prochaine étape pour le régime.
Car s'il contrôle les principales villes, le pays reste très morcelé, avec notamment le groupe djihadiste État islamique (EI) et les Kurdes contrôlant toujours de larges zones.
Pour les experts, l'armée a deux options, l'est ou l'ouest. Pour Fabrice Balanche, la priorité du régime c'est Al-Bab, une place forte de l'EI, au nord-est d'Alep, mais qui est convoitée par les forces turques et leurs alliés rebelles.
«Il n'est pas question de laisser la ville aux Turcs, car elle est trop proche d'Alep, et cela ouvrirait la voie aux rebelles vers Raqa», la capitale de facto de l'EI, plus à l'est.
Autre possibilité, faire mouvement vers l'ouest pour faire pression sur la province rebelle d'Idleb (nord-ouest).
«La fin de la rébellion à Alep va libérer environ 30 000 hommes pour lancer des offensives», souligne Fabrice Balanche.
Yezid Sayigh va dans le même sens. M. Assad voudra soit «montrer sa capacité à être un partenaire efficace de lutte contre l'EI [à Raqa], soit assurer sa mainmise sur Alep et faire pression sur l'opposition dans la province d'Idleb en menant des opérations récurrentes de grignotage», d'après lui.