Des policiers faisaient le guet en face du tribunal de Stockholm où Rakhmat Akilov a comparu, mardi.

Akilov avoue l'attentat de Stockholm

Rakhmat Akilov, un Ouzbek aux «sympathies» jihadistes, dont les enquêteurs tentent d'identifier les éventuels complices, a reconnu mardi avoir commis l'attentat au camion bélier de Stockholm qui a fait quatre morts et 15 blessés.
Akilov, 39 ans, est soupçonné d'avoir volontairement fauché vendredi après-midi, au volant d'un camion volé, une vingtaine de personnes sur l'artère piétonne la plus fréquentée de la capitale suédoise, à une heure de forte affluence.
Deux Suédoises de 69 et 11 ans, un Britannique de 41 ans et une Belge de 31 ans ont péri dans l'attentat, le troisième en Europe en deux semaines après ceux de Londres (cinq morts) et Saint-Pétersbourg (13 morts). Huit blessés étaient toujours hospitalisés mardi à Stockholm, dont deux dans un état critique.
Interpellé dans l'agglomération quelques heures après la tragédie, Rakhmat Akilov a comparu mardi, à l'issue de sa garde à vue, devant un juge chargé de statuer sur son placement en détention provisoire.
Il «reconnaît avoir commis un acte terroriste et accepte son placement en détention provisoire», a déclaré Johan Eriksson, son avocat commis d'office, en présence de son client menotté qui ne s'est pas exprimé, a constaté une journaliste de l'AFP.
L'homme est entré sous escorte dans une salle en sous-sol du tribunal de Stockholm en état de siège, gardé par de nombreux policiers lourdement armés et dont les accès avaient été fermés à la circulation, des mesures de sécurité sans précédent pour la capitale suédoise.
Le visage dissimulé sous une polaire verte, il a été enjoint par la juge Malou Lindblom de se découvrir, ce qu'il a fait. Les cheveux grisonnants, le visage fermé, il était assisté d'un interprète russophone.
La juge a ordonné qu'il soit écroué à l'issue de l'audience qui s'est tenue en grande partie à huis clos à la demande du Parquet. Le mis en cause encourt la prison à vie.
Cet ouvrier du BTP avait été débouté en juin 2016 de sa demande de permis de séjour, présentée en 2014. Il était ensuite entré en clandestinité pour éviter son expulsion.
Père de quatre enfants, il vivait seul en Suède, sans sa famille restée en Ouzbékistan, selon des informations de presse.
L'avocat de Rakhmat Akilov, Johan Erikson, a pris la parole à l'extérieur d'un tribunal de Stockholm, mardi.
«Ordre» du groupe État islamique 
Les enquêteurs ne laissent quasiment rien filtrer sur les interrogatoires, se contentant de répéter que le suspect affichait «un intérêt pour les groupes extrémistes, dont l'État islamique (EI)».
Rakhmat Akilov était apparu sur les radars du renseignement intérieur mais rien, selon la police, n'indiquait qu'il pouvait commettre un acte violent. Des proches ou des collègues interrogés par la presse ont assuré qu'il n'était pas radicalisé.
Selon les quotidiens Aftonbladet et Expressen, qui citent des sources proches du dossier, il a affirmé au cours de sa garde à vue avoir agi sur «ordre» de l'EI pour venger «le bombardement de la Syrie». L'attentat n'a toujours pas été revendiqué.
Face aux enquêteurs, il a apporté des éclaircissements sur les raisons de son geste, selon son avocat, mais ce dernier s'est refusé à les rendre publics.
«Nous ferons le nécessaire pour amener devant la justice tous les coupables de cet acte», a déclaré le procureur Hans Ihrman, à l'issue de l'audience de mardi.
Le magazine d'investigation Expo, spécialisé dans la surveillance des mouvements d'extrême droite, a eu accès à son compte Facebook avant sa fermeture vendredi.
Selon Expo, «en ressort une image fragmentée» de Rakhmat Akilov qui a «aimé» une page bouddhiste, une page mormone, affiché son soutien à l'opposant russe Alexeï Navalny, mais aussi au Premier ministre Dmitri Medvedev.
En mars 2016, il publie une vidéo condamnant le terrorisme islamiste, mais partage des vidéos de propagande à la gloire de l'EI et proclame abondamment son adhésion aux idées du groupe islamiste radical Hizb ut-Tahrir, interdit en Russie.
Ce groupe, qui se dit non-violent et affirme vouloir atteindre ses buts par des moyens pacifiques, cherche à rétablir un califat dans les régions musulmanes de Russie et dans les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale.
Rakhmat Akilov a demandé le remplacement de son défenseur par un avocat «musulman sunnite», une requête rejetée par la justice «faute de raisons valables».
Le Parquet a par ailleurs annoncé mardi avoir levé la garde à vue d'un homme -un Ouzbek selon la presse- arrêté dimanche dans le cadre de l'enquête. Il reste détenu en vue de son expulsion du territoire pour séjour irrégulier.