Des officiers procèdent à l’arrestation de manifestants participant à une marche mercredi à Moscou pour protester contre les abus de la police.

Affaire Golounov: 423 arrestations

MOSCOU — Au lendemain de la libération-surprise du journaliste russe Ivan Golounov, qui avait suscité des espoirs d’ouverture, la société civile a renoué avec son bras de fer habituel avec le Kremlin, marqué par plus de 400 arrestations mercredi à Moscou.

Contrastant avec la clémence inhabituelle dont elles ont fait preuve les jours précédents, les autorités n’ont pas traîné pour mettre fin à la marche organisée dans le centre de la capitale russe contre les abus de la police, qui n’avait pas reçu l’autorisation officielle de la mairie.

Au moins 423 manifestants ont été interpellés, parmi lesquels plusieurs journalistes et les organisateurs de la marche, a rapporté l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations.

Cette manifestation fait suite à une mobilisation quasiment sans précédent de la société civile pour obtenir la libération mardi d’Ivan Golounov, journaliste du site d’information indépendant Meduza. Réputé pour ses enquêtes fouillées sur la corruption des élites et les malversations dans des secteurs opaques et mafieux comme le microcrédit ou les pompes funèbres, il faisait face à des accusations de trafic de drogue montées de toutes pièces, finalement abandonnées.

La marche a rassemblé plus d’un millier de personnes et donné lieu à des arrestations particulièrement musclées, ont constaté des journalistes de l’AFP. La police est allée jusqu’à fermer au public la Place Rouge, l’une des principales artères du centre et un populaire parc de la capitale.

Plusieurs personnes arrêtées, dont un photographe de presse, ont affirmé avoir été passés à tabac par la police, qui leur refuse l’accès à un médecin, selon OVD-Info.

«Solidarité fantastique»

Parmi les personnes arrêtées figurait le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui a fait l’objet de nombreuses procédures judiciaires et détentions ces dernières années. Il a finalement été libéré dans la soirée.

«Le pouvoir a terriblement peur de la démonstration de solidarité fantastique et unanime dans l’affaire Golounov. Il est donc important pour eux de détruire d’abord la solidarité générale, puis d’intimider et d’emprisonner ceux qui insistent», a déclaré plus tôt sur Twitter M. Navalny. Plusieurs journalistes ont également été arrêtés.

Une enquête a été ouverte sur les agissements des policiers ayant interpellé Ivan Golounov, qui ont été suspendus de leurs fonctions le temps de l’enquête, tandis que deux responsables de haut rang de la police moscovite seront limogés.

Il s’agit d’un dénouement hors norme en Russie, où les services de sécurité et la police sont souvent accusés de monter des affaires de drogue de toutes pièces pour se débarrasser des voix critiques.