Supun Thilina Kellapatha et sa femme Nadeeka avec leur bébé Danath et leur fille de 4 ans Sethumdi.

À Hong Kong, les réfugiés Snowden rêvent... du Canada

Comme beaucoup d'enfants de quatre ans, Sethumdi rêve de rencontrer le père Noël. Ses parents, des réfugiés qui avaient caché à Hong Kong le lanceur d'alerte Edward Snowden, rêvent, eux, d'une vie nouvelle à l'étranger.
L'histoire de ces migrants pauvres qui avaient aidé en 2013 l'ancien consultant de l'agence de sécurité américaine NSA à échapper aux autorités n'a fait surface qu'en septembre, ce qui les a propulsé sous les feux de la rampe médiatique.
Edward Snowden est à l'origine de l'une des plus grande fuites de données de l'histoire des États-Unis.
Dans sa chambre d'hôtel de l'ex-colonie britannique, il avait livré à des journalistes des milliers de documents mettant en lumière la surveillance américaine tentaculaire sur les communications dans le monde. 
Puis, Snowden avait fui son hôtel pour passer dans la clandestinité, trouvant refuge parmi les 11 000 migrants de Hong Kong. Il vit aujourd'hui en exil en Russie, où le Kremlin lui a accordé l'asile jusqu'en 2017.
Chercher l'asile
Mais ses hôtes sont toujours à Hong Kong et cherchent désespérément à trouver asile à l'étranger.
Sethumdi est SriLankaise. Elle vit dans un appartement d'à peine 14 m2 avec son père Supun Thilina Kellapatha, 32 ans, sa mère Nadeeka, 33 ans et son petit frère Danath.
La famille espère que la publicité due à l'affaire Snowden les aidera dans leur quête d'un avenir meilleur, idéalement au Canada.
Supun est fier d'être venu en aide à Edward Snowden et heureux que cela se sache.
«Avant, on essayait juste de survivre au jour le jour. Maintenant, on a de l'espoir», dit-il.
Hong Kong n'est pas signataire de la convention de l'ONU sur les réfugiés et n'octroie pas l'asile. Mais la mégapole est tenue par la Convention de l'ONU contre la torture et les traitements dégradants d'examiner les demandes de protection.
À l'instar de ces réfugiés srilankais, de nombreux migrants passent des années dans l'incertitude à attendre que le gouvernement hongkongais leur accorde sa protection. Dans ce cas, leur dossier est transmis au Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), à charge d'essayer de leur trouver l'asile dans un pays tiers.
Mais moins de 1 % des demandes de protection sont satisfaites et les migrants vivent dans la peur de l'expulsion.
Supun et Nadeeka, qui se sont rencontrés à Hong Kong, disent que leur vie serait en péril s'ils rentraient au Sri Lanka. Sur leurs demandes de protection, Nadeeka explique avoir fui après avoir été violée plusieurs fois, Supun dit avoir été visé par des violences politiques.
Ils attendent sans pouvoir travailler, faute de statut officiel. Ils reçoivent du gouvernement une aide insuffisante pour vivre, selon eux.
La branche hongkongaise de l'ONG Services sociaux internationaux (ISS) sous contrat avec le gouvernement de Hong Kong, a interrogé Nadeeka au sujet de Snowden, dit-elle.
Elle affirme aussi que l'assistance sociale de l'ISS lui a conseillé d'avorter alors qu'elle était enceinte de Danath.
Laissez-nous travailler
L'ISS «dément totalement» cette assertion et nie avoir failli à sa mission d'aide humanitaire, comme l'en accuse l'avocat des réfugiés, Robert Tibbo.
Sunpun déclare cependant que les réfugiés de Hong Kong sont traités «comme des animaux». «Donnez-leur plus de nourriture, donnez-leur plus d'argent. Nous voulons travailler, laissez-nous travailler», dit-il.
Au départ, les réfugiés ne savaient pas qui était Edward Snowden, dit M. Tibbo, qui a été critiqué pour les avoir impliqués dans la fuite du consultant.
L'avocat a grandement contribué à la protection de Snowden en le mettant en relation avec ses clients réfugiés.
Les réfugiés «ont juste vu un homme qui était désespéré, dans le besoin. Ils voulaient l'aider», déclare l'avocat, qui estime avoir une «dette morale» envers eux. «Sans ces familles héroïques, je ne suis pas sûr que M. Snowden aurait pu s'en sortir.»
La Philippine Vanessa Rodal ne regrette pas, elle non plus, s'être occupée du fugitif. Elle aussi bataille avec l'ISSHK pour dénoncer des aides insuffisantes.
Mme Rodel, 46 ans, vit tant bien que mal à Hong Kong avec sa fille de quatre ans, Keana, et sa mère Rosalina. Keana espère pour Noël une figurine de poney tandis que sa mère songe au Canada. «L'année prochaine, mon rêve c'est d'aller dans un autre pays, pour ma sécurité, pour ma liberté», dit-elle. «Je veux de bonnes choses pour ma fille.»