En septembre 2013, le régime syrien s’était engagé à démanteler ses stocks d’armes chimiques, échappant ainsi in extremis à des frappes des États-Unis et de la France.

30 pays s'unissent contre les responsables d’attaques chimiques

Une trentaine de pays vont lancer mardi à Paris une initiative contre l’impunité dans l’emploi d’armes chimiques, après les vetos russes à la poursuite d’enquêtes internationales dans le cas de la Syrie, a annoncé le chef de la diplomatie française.

«Face à cette situation [en Syrie], nous annoncerons à Paris, avec la participation d’une trentaine d’États, le lancement d’une initiative visant à lutter contre l’impunité de ceux qui se sont rendus coupables de l’utilisation d’armes chimiques», a déclaré Jean-Yves Le Drian dans une interview au quotidien français Le Figaro à paraître lundi.

«Les États qui le souhaitent tiendront des listes de personnes suspectées», a-t-il annoncé.

Ils mettront à la disposition de la communauté internationale et du public toutes les informations en leur possession sur les responsables impliqués, a précisé le Quai d’Orsay dans un communiqué. Un site internet dédié sera inauguré lors de la conférence à Paris.

«Simultanément, la France a pris des mesures de sanctions, de type interdiction des visas ou gel des avoirs financiers, contre certains individus impliqués dans ces programmes proliférants», a ajouté Jean-Yves Le Drian, une première pour Paris sur ce fondement.

«Notre détermination est totale pour obtenir que ceux qui sont responsables de crimes aussi abjects finissent toujours par rendre des comptes», a souligné le ministre français des Affaires étrangères.

À deux reprises en novembre, la Russie, alliée du président syrien Bachar al-Assad, a fait usage de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer le renouvellement du mandat d’experts internationaux chargés d’enquêter sur les armes chimiques en Syrie.

Un mois plus tôt, les enquêteurs du JIM, mission d’enquête conjointe créée en 2015 par l’ONU et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), avaient conclu à la responsabilité du régime syrien dans une attaque contre le village de Khan Cheikhoun qui a fait plus de 80 morts le 4 avril 2017.

Moscou avait rejeté ces conclusions, reprochant aux experts de ne pas s’être rendus sur place et de s’être appuyés sur des témoins accusés d’avoir des liens avec l’opposition.

En septembre 2013, le régime syrien s’était engagé à démanteler ses stocks d’armes chimiques, échappant ainsi in extremis à des frappes des États-Unis et de la France après une attaque à l’arme chimique qui avait fait des centaines de morts le 21 août 2013 près de Damas.

«En Syrie, le désarmement chimique n’a pas marché. Le régime détient encore des stocks, et a conduit après l’accord de 2013 des attaques chimiques en dépit de ses engagements», a affirmé Jean-Yves Le Drian.

Le président français Emmanuel Macron a fait «une ligne rouge» de l’utilisation d’armes chimiques et assuré que Paris prendrait des mesures de représailles en cas de franchissement de cette ligne.

Ces armes, qui avaient disparu depuis près de vingt ans, ont aussi fait leur réapparition en Irak et en Asie, entre les mains d’acteurs étatiques et non étatiques, selon le Quai d’Orsay.