Le président américain, Donald Trump

13 jours de juillet qui ont changé la Maison-Blanche

WASHINGTON — Ce sont 13 jours qui ont transformé la Maison-Blanche. Même pour une administration qui a passé l’année 2017 à faire les manchettes, ces deux semaines à la fin du mois de juillet ont été particulièrement riches en actualité.

Pendant ces deux semaines, Donald Trump s’est départi de deux membres influents de son cabinet, l’enquête sur l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle s’est rapprochée de son orbite et l’une de plus grandes promesses du président a frappé un mur.

Pour les employés de la Maison-Blanche, ces quelques jours du mois de juillet ont été difficiles, mais selon eux, ils ont aussi préparé le terrain à de grands succès pour l’avenir. Une vingtaine de représentants de l’administration, de conseillers externes et d’élus ont accepté d’en parler à l’Associated Press, mais la plupart ont requis l’anonymat, car ils ne pouvaient pas discuter de conversations privées.

Voici leur récit des événements:

Le baiser

Avec son complet parfaitement ajusté et ses cheveux lissés, Anthony Scaramucci a conclu sa première séance d’information quotidienne à la Maison-Blanche en envoyant un baiser soufflé aux journalistes.

Le nouveau directeur des communications de M. Trump, appelé par ses amis «The Mooch», est apparu devant les journalistes pour la première fois le 21 juillet et promettait d’entamer une nouvelle ère à la Maison-Blanche, plombée par les conflits et les tensions avec la presse.

Il sera resté en poste pendant... 11 jours.

La brève incursion d’Anthony Scaramucci a mis en lumière les conflits qui dominaient la Maison-Blanche et paralysaient fréquemment l’aile ouest.

Les employés du président se querellaient entre eux en lançant des allégations dans les médias et cherchaient désespérément à obtenir l’attention de M. Trump, qui laissait sa porte ouverte. Des nationalistes autoproclamés, dont le stratège en chef Steve Bannon, étaient dressés contre une équipe de «globalistes» dirigée notamment par le puissant gendre du président, Jared Kushner.

Donald Trump suivait de très près comment ces conflits étaient exposés dans les médias. Pendant des mois, il demandait à ce que l’on organise son horaire pour qu’il regarde la séance d’information quotidienne à la Maison-Blanche et s’en plaignait régulièrement à ses employés depuis sa salle à manger privée, entre deux gorgées de Coke Diète.

M. Trump dénonçait les médias, mais aussi Sean Spicer, son porte-parole, qui selon lui ne le défendait pas correctement. Donald Trump a déjà confié qu’il se reconnaissait en Anthony Scaramucci, un riche homme d’affaires de New York qui paraissait bien à la télévision. Quelques heures après l’embauche de M. Scaramucci, Sean Spicer a démissionné.

Ce n’était que le début. Le nouveau directeur des communications a congédié un employé et a menacé de sévir contre d’autres. Il a aussi poussé vers la sortie le chef de cabinet Reince Priebus et Steve Bannon, convaincu qu’ils l’avaient empêché d’entrer à la Maison-Blanche.

M. Scaramucci a lui-même été congédié quelques jours plus tard. Donald Trump ne voulait apparemment pas partager les projecteurs avec lui.

Le général

Lorsque Air Force One s’est posé à la base aérienne d’Andrews le 28 juillet, une nouvelle phase de la présidence venait de commencer.

Dans une série de micromessages, Donald Trump a annoncé qu’il avait nommé John Kelly, un ancien général, pour remplacer Reince Priebus comme chef de cabinet.

M. Priebus n’était pas parvenu à résoudre les conflits qui s’étaient propagés à la Maison-Blanche, et le président avait ouvertement envisagé de le remplacer.

Donald Trump avait précédemment offert l’emploi à John Kelly, qui avait refusé au départ. Il a finalement changé d’idée, car il trouvait que le règne du président avait été affecté par le mauvais travail de ses employés.

L’une des premières décisions de M. Kelly a été de congédier Anthony Scaramucci. Dans les mois suivants, plusieurs autres employés controversés ont été dégommés: Steve Bannon, Sebastian Gorka et Omarosa Manigault-Newman.

Fait plus important: l’ancien général a travaillé à restreindre l’accès au bureau ovale et à contrôler la transmission d’informations à M.Trump.

Plusieurs estiment que l’arrivée de John Kenny a été un moment décisif pour l’administration, qui apparaît plus en ordre.

«Une fois que moi, Reince et Steve sommes partis, je crois que cela a éliminé la cible. Ça a amené les gens à se concentrer», s’est souvenu Sean Spicer.

Le pouce vers le bas

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, était assis dans la chambre les bras croisés et le visage impassible.

À 1h29, le matin du 28 juillet, le sénateur républicain John McCain est arrivé dans la chambre du Sénat. Le sénateur de 80 ans, qui venait de recevoir un diagnostic de cancer au cerveau, devait donner le vote victorieux aux républicains pour abroger l’Obamacare.

M. McCain a pris une pause, et a finalement mis son pouce vers le bas, suscitant l’émoi de ses collègues. Le projet de loi était mort, un revers important pour la Maison-Blanche.

Donald Trump avait passé la campagne présidentielle à répéter qu’il allait abroger et remplacer la loi sur les soins de santé le plus rapidement possible, mais son parti en a décidé autrement. Cette nouvelle a démontré que la Maison-Blanche éprouvait de la difficulté à faire valoir ses priorités, même dans un contexte où le parti du président contrôle les deux chambres du Congrès.

Le président était incohérent avec ses employés et avec les élus du Congrès. M. Trump se plaignait en privé de M. McConnell et du président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, et a exposé ses doléances en public, sur Twitter.

Le président a pu se réjouir quelques mois plus tard, en décembre, lorsque les deux chambres ont approuvé sa réforme fiscale — la première loi importante de son administration.

La perquisition

Le soleil ne s’était pas encore levé le 26 juillet lorsque des agents du FBI sont arrivés sans prévenir à la maison de Paul Manafort, à Alexandria, en Virginie.

Ayant en main un mandat de perquisition, ils sont sortis de la résidence de l’ancien président de campagne de M. Trump avec une riche récolte. Un nouveau chapitre, plus dangereux, de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur la possible collusion entre l’équipe Trump et la Russie venait de commencer.

Ce nouveau rebondissement était un rappel, pour la Maison-Blanche, que peu importe les échecs et succès du moment, la menace de l’enquête sur la Russie était toujours présente. M. Trump était furieux de cette distraction, répétant à ses employés qu’il n’avait rien fait de mal et qu’il s’agissait d’un complot des démocrates.

Une semaine avant la perquisition, M. Trump s’était assis avec les journalistes du New York Times et s’était livré à une fronde contre son procureur général, Jeff Sessions, l’un de ses plus proches alliés. Il lui a reproché de s’être récusé de l’enquête sur la Russie, ce qui a mené à la nomination de Robert Mueller.

Dans sa première semaine en poste, John Kelly a appelé M. Sessions pour le rassurer. Mais le fossé entre MM. Trump et Sessions est resté profond. Récemment, Donald Trump a blâmé entre autres M. Sessions pour la défaite du candidat républicain lors de l’élection spéciale en Alabama.

Plusieurs proches du président, dont Jared Kushner et l’aîné de M. Trump, Donald fils, ont été questionnés par Robert Mueller et le Congrès. En octobre, Paul Manafort a été accusé de blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers liés à son travail de consultant en Ukraine.

D’autres associés de M. Trump ont été accusés par M. Mueller, dont l’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, qui a reconnu avoir menti au FBI et qui coopère à l’enquête.

Bien que l’enquête sur la Russie lui ait porté ombrage, le président Trump a émergé de ces 13 jours éprouvants avec une Maison-Blanche mieux organisée et libérée de certains conflits, et en a tiré des leçons qui lui ont permis d’obtenir des victoires législatives.

Mais Donald Trump, lui, n’a pas changé.

Impulsif et non conventionnel, il a passé sa première année en poste à rejeter les normes et les conventions. Avec Twitter comme arme de prédilection, le président a montré qu’il n’avait aucune volonté de tolérer le moindre affront et de changer le style qui l’a porté au pouvoir.

«J’ai déjà dit qu’à l’exception d’Abraham Lincoln, je peux être plus présidentiel que n’importe quel président ayant déjà occupé ce poste», a-t-il lancé lors d’un rassemblement en Ohio le 25 juillet. «C’est si facile d’agir de façon présidentielle, mais ça ne veut pas dire que ça se fera.»