70 dirigeants provenant du monde entier se sont réunis à Paris pour souligner la sacrifices des soldats durant la Première Guerre mondiale.

100 ans de l'Armistice: grand-messe internationale pour la paix à Paris

PARIS - À la onzième heure du onzième jour du onzième mois, 70 dirigeants venus du monde entier ont remonté les Champs-Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe au son des cloches des églises de Paris.

Ils sont silencieux. L’Allemande Angela Merkel est aux côtés d’Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte, parapluie à la main sous un ciel pluvieux de novembre. Quelques minutes après les rejoignent Donald Trump avec son épouse Melania, puis Vladimir Poutine, qui donne une petite tape amicale sur l’épaule du président américain.

Arrivés d’Australie, du Liban ou du Sénégal, ces chefs d’État et de gouvernement sont réunis à Paris parce que leur pays a déployé des combattants durant la guerre de 14-18. Sont ainsi présents Benjamin Netanyahu, Recep Tayyip Erdogan, Justin Trudeau, Mohammed VI et son fils ou Denis Sassou Nguesso.

La plupart d’entre eux se sont retrouvés à l’Élysée en début de matinée pour venir ensemble, à bord de huit bus, jusqu’aux abords de l’Arc de Triomphe où ils sont abrités de la pluie par un toit amovible transparent.

À distance, autour de la place de l’Étoile, une foule clairsemée tente de les apercevoir derrière les barrières. Les strictes mesures de sécurité n’empêchent pas trois militantes Femen, les seins nus où est inscrit «hypocrisy parad», de courir au passage de la voiture de Donald Trump, avant d’être interpellées.

Dans le public, Sylvie Daley Le Merer, directrice d’une école, est venue honorer «ceux qui se sont battus pour la paix» et «prendre le relais de la mémoire maintenant que ceux qui ont fait cette guerre sont morts».

L’Américaine Jessie Rumbaugh, 25 ans, est venue de l’Idaho spécialement pour le centenaire avec son fils. «Il n’a que trois ans, mais c’est important de commencer à lui transmettre ce devoir de mémoire» car «nous devons tout faire pour que ça n’arrive plus jamais».

«N’oublions pas !» 

«1918, c’était il y 100 ans. Cela semble loin. Et pourtant, c’était hier», déclare Emmanuel Macron, le seul président à prendre la parole durant la cérémonie.

«Souvenons-nous! N’oublions pas!», exhorte le président français en s’adressant aux dirigeants.

Pour redonner chair et voix aux combattants, dont les derniers survivants ont disparu il y a une dizaine d’années, huit jeunes se succèdent pour lire des témoignages de ce 11 novembre 1918. Comme celui de l’officier britannique Charles Neville, qui écrit à ses parents depuis Mons (Belgique): «Quelle parfaite et merveilleuse journée. Les rues débordaient de civils fous de joie».

«Chaque fille exigeait un baiser de chaque soldat qu’elle croisait», témoigne le capitaine américain Charles Normington défilant en France ce jour-là.

«Les armes sont déposées: on ne les reprendra pas», veut croire l’adjudant français Alfred Roumiguières, dont la lettre est lue par Myriam, élève d’un lycée de région parisienne.

La cérémonie est aussi rythmée par des intermèdes musicaux qui renforcent sa gravité. Après le violoncelliste Yo-yo Ma, la Béninoise Angélique Kidjo chante un vibrant «Blewu», un chant en langue mima en hommage aux troupes coloniales ayant combattu en France. Et elle se termine avec des extraits du Boléro de Maurice Ravel, qui a servi comme ambulancier près de Verdun en 1916.

Lorsque l’orchestre des jeunes de l’Union européenne cesse de jouer, le président français ravive la flamme du Soldat inconnu, qui ne s’est jamais éteinte depuis son installation en 1923.

Puis la sonnerie «Aux Morts» résonne, l’assistance se fige pour une minute de silence que rompt la sonnerie au clairon du «Cessez le feu».

Les dirigeants remontent alors dans les bus pour rejoindre l’Élysée pour un déjeuner dans les salons donnant sur le parc. Leurs conjoints sont reçus dans le même temps au château de Versailles.